‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789Chapitre 93 sur 204 · CAHIER DE VAN D ŒUVRE · texte numérisé non relu

CAHIER DE VAN D ŒUVRE

sept cent quatre vingt neuf, le quinze mars sur les trois heures de relevée, les maire, sindic et membres de la commune de Vendœuvre, duement convoqués et réunis au son de la cloche en la salle d’école près de l’église comme lieu le plus propre à cette assemblée, lecture a été faitte Q) :

rédigés comme s’ensuit :

Nos sujets de plaintes et de doléances sont fondés dans cette inégalité sensible entre nos charges et nos facultés, et que trop malheureusement nous prévoyons devoir augmenter de jour en jour, si on n’y apporte un prompt remède; et nos griefs sont imprimés dans les causes de cette misère extrême où sont réduits la plus grande partie d’entre nous.

Notre coauté de Vendœuvre est composée de 105 habitants contribuables; dans ce nombre on ne compte que 8 laboureurs tous fermiers, et peu capables d’apporter du secours aux autres, partie même au dessous de leurs affaires; les propriétaires de ces fermes ne résidant point sur les lieux, nous voyons le produit de leurs terres passer ailleurs. Nos possessions particulières sont quelques jours, quelques ornées de vignes et de jardin d’un rapport médiocre; la moitié au moins, sans, nulle propriété, sont partie vignerons, maçons et manœuvres, toujours très à plaindre quand l’ouvrage manque, et dans certains momens, surtout en cas de maladie, sans autre ressource que les soins paternels de notre pasteur que nous reconnaissons, pour notre malheur commun, moins fortuné que généreux.

Entre nous tous, dans cet état, nous avons à payer la somme de 2.619 livres cours du Royaume tant en subvention que ponts et chaussées, sans y comprendre le sixième en sus de cette somme, pour l’entretien de ces ponts et chaussées (1 2).

Ces deux derniers objets ainsi rapprochés révoltent toutes nos idées. Quoi! disons-nous : autrefois, dans ces terns de calamités où, victimes de tant d’horribles vexations, nous étions regardés et traités comme de vils serfs sur ces travaux publics, on levoit déjà sur nous seuls cette somme immense

1. La suite du préambule est la répétition du texte de Houdemont.

2. Cardinal Mathieu, L’Ancien Régime , p. 177 (les deux paragraphes déjà cités en partie).

BAILLIAGE DE NANCY

qu’on a toujours appellée ponts et chaussées; aujourd’hui, délivrés de cette espèce d’esclavage par la bienveillance du Monarque régnant, on lève encore sur nous seuls la même somme, et nous payons encore aujourd’hui, seuls, le sixième de nos impositions : qu’avons nous pu y gagner nous manœuvres surtout, ou de ne plus aller quelques journées à la corvée sans salaire, ou payer aujourd’hui le prix de quelques journées pour portion de cette imposition, première et juste cause de nos griefs? Un sentier peut nous suffire pour porter tout ce que nous avons à porter; pourquoi donc payer ce que l’on n’use pas? N’avons-nous pas lieu d’espérer de la bonté du Roy et de la sagesse des États Généraux que ces sortes d’entretiens qui, dans l’ordre de la justice, ne peuvent être considérés que comme débits de ville, deviendront à la charge commune?

Le pain, le sel, et le bois sont trois choses dont on ne peut se passer pour vivre; tout le monde doit le concevoir s’il ne le sent pas; voilà cependant ce qui manque de tems en tems à plusieurs d’entre nous. Quelle cruelle position que celle d’un père d’une nombreuse famille, qui n’a pour subsister, lui et les siens, que l’œuvre de ses bras, au milieu des rigueurs d’un hyver aussi long et aussi dur !

Pourrait-on imaginer que dans une province qui est un grenier à bled, chargée de forêts, munie de salines, le tiers au moins de ses habitants se voyent si souvent réduits à cette extrême misère? Nous voyons le sol cultivé; s’il ne l’est pas aussi bien qu’autrefois, c’est pour nous désespérer encore plus, parce que les laboureurs sont devenus plus pauvres. Mais nous croyons qu’on fait encore venir plus de bled aujourd’huy qu’il y a 50 à 60 ans, à cause de ces défrichances considérables que nous avons vu faire depuis ce temps-là. D’où vient donc qu’aujourd’hui le pain est si cher et qu’on nous menace qu’il va encore augmenter de plus en plus? Nous sommes tous persuadés qu’il y a encore dans la province beaucoup plus de bled qu’il n’en faut pour nous faire vivre tous. En tout cas, si cela n’étoit pas, nous osons bien le dire, ce seroit de la seule faute de tant de gens que nous payons bien cher pour y veiller; ce n’est plus dans nos pauvres campagnes qu’on en trouvera, mais qu’on cherche dans ces grandes villes faittes pour nous ruiner tous; nous sommes assurés que le bled n’y manque pas. Oh ! si notre bon Roy scavoit tout

CAHIER DE VANDŒUVRE

ce qui se passe! nous disons-nous tous les jours les uns aux autres. Pourquoi nos pères étoient ils si heureux autrefois? C’est qu’ils avoient le bonheur de posséder leur souverain au milieu d’eux, qui voyoit tout et qu’on ne pouvoit tromper; mais pour notre malheur, nous sentons que le nôtre est trop éloigné de nous : il pense à nous, c’est le meilleur des pères; il est assuré que nous sommes des sujets les plus fidels, il veut être à ce moment instruit de tout. Ne nous désespérons pas; dans peu paroitra l’aurore de notre bonheur.

Nous manquons de bois, parce que pour en enrichir quelqu’un, nous voyons tout autour de nous de ces usuines à feu qui dévorent tout, et auxquelles on attache des privilèges les plus désastreux. Est-il croyable qu’une corde de bois que nos pères payaient autrefois 5 et 6 livres soit monté jusqu’à 25 à 30 livres? Comment se chauffer, comment cependant s’en passer? Cette cruelle menace qu’on nous faisoit autrefois de faire porter des sabots à tous ne se vérifie que trop tous les jours; mais au moins qu’on ne nous réduise pas à aller pieds nuds. Quoi ! une paire de sabots que nous payions des deux et trois sols dans les commencements, va jusqu’à 8 à 9; comment donc y subir?

Ce qui dévaste principalement nos forêts, et que nous regardons comme cause principale de cette cherté excessive du bois, ce sont ces malheureuses salines si près de nous et qui, par l’invention de l’insatiable finance, nous met dans le cas de nous épargner souvent une chétive soupe. Comment faire pour en manger deux fois par jour en le payant 12 sous 6 d. le pot, tandis que l’étranger ne le paye pas le tier, comme on l’assure? Faut-il donc qu’en consacrant nos peines, nos sueurs, au service de notre province et de l’Etat, nous soyons traités par les nôtres trois fois pire que le dernier des étrangers? De toutes parts nous ne voyons que des entraves. On ne peut avec son argent prendre même de ce sel dans tel ou tel magasin. La moindre erreur commise en cela est suivie des plus grandes peines prononcées par ceux qui sont juges et parties des saisies : des emprisonnements, la galère, etc... Oh l’heureuse liberté de nos père, qu’es-tu donc devenue 0) ! Si nous portons une hotée de bois à la vide pour acheter un

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