Cardinal Mathieu, V Ancien liégime , p
DOLÉANCES - T. IV
morceau de pain souvent du plus mauvais et très cher par ce défaut de police qui y règne, il faut payer à la porte, être gêné pour le vendre; on est méprisé et souvent maltraité. Voilà le sort malheureux de nos pauvres gens de campagne.
Nous osons dire que le luxe que nous voyons régner dans ces villes est la cause de notre dépérissement; ce luxe en multipliant les besoins, énerve nos campagnes, parce que la circulation du numéraire n’est plus en proportion avec nos productions, puisque ces objets de luxe sont presque tirés tous de l’étranger qui remporte notre numéraire, parce qu’encore grand nombre des meilleurs bras sont enlevés à nos campagnes pour vivre dans l’oisiveté qui amène toujours la corruption des mœurs, et cela au service des riches f1).
Espérons que cette lumière, qui va éclairer la sagesse de notre bon Monarque, découvrira les moyens de tarir ces sources de tant de maux qui nous accablent, soit en proscrivant à jamais cet infâme monopole qui nous fait trembler encore aujourd’hui à l’idée de cette scène affreuse de 1771, et en établissant un grenier d’abondance aussi sagement établi par la bienveillance du Roy Stanislas qu’indignement enlevé à la subsistance des pauvres, soit en abolissant toutes ces usuines destructives des matières de l’indispensable nécessité, particulièrement ces salines, en faisant rentrer jusqu’à nous dans le commerce par une libre circulation le sel marin, soit enfin en mettant l’équilibre dans toutes les impositions.
Nous abandonnons tous les autres objets à nos représentans, donnant pouvoir aux députés que nous allons nommer, d’aviser et de consentir à tout impôt admis par les États Généraux. Espérant dans la plus ferme confianee, que là nous obtiendrons de la bienveillance de notre souverain le prompt rétablissement de nos États Provinciaux, sous la forme dicté par la sagesse dans les circonstances actuelles, avec un retour périodique des États Généraux pour obvier à jamais à tous ces maux qui font le sujet de nos plaintes et pour affermir de plus en plus l’heureuse constitution de la Monarchie; fait et arrêté à l’assemblée les an et jour avant dits, et signé par les membres présents qui scavent signer, avec nous et notre greffier, après lecture faitte.