Quant aux impositions royales, taille, vingtièmes et
(1) Arch, de la Marne, E, 383-38^ : Terriers des seigoeurs ; droits perçus par eux sur le terroir de Germinon. — Ibid., E, 908 et suivants : Baux des fermes du mouliu à eau, etc., appartenant aux seigneurs ; des dîmes dépendant de l'abbaye de Saint-Sauveur de Vertus. — Les habitants avaient soutenu d*abord contre les dames de Giey et d'Artault, puis contre Lasnier, seigneur du lieu, un procès relatif aux droits ^ju'ils refusaient de payer. Une sentence du bailliage de Châlons-sur-Marne du 30 juin 1770 qui fut plus tard, le 11 août [1782], confirmé par le parlement de Paris, donna raison au seigneur et condamna les habitants de Germinon « à reconnaître : 1» que les terres (du côté de l'église) des contrées Girault et Thirache étaient chargées envers le seigneur d'une redevance d'un boisseau d'avoine, mesure de Vertus, par vingtdeux denrées ; que celles (de l'autre côté de la rivière), étaient également chargées d'une redevance d'un boisseau d'avoine, mesure de Vertus, par vingtquatre denrées ; 2» que chaque maison habitée dudit Germinon était redevable d'une poule ; 3» que les maisons situées dans la contrée de l'Auche-à-rOyc devaient entr'elles une oie et deux poules ; 4" qu'il était dû sur l'universalité du terroir de Germinon un droit de lods et ventes sur tous héritages vendus et échangés, a raison de vingt deniers par livre, et douze deniers de véture, avec droit de retenue censuelle et amende de cinq sols. » — Les mémoires imprimées du seigneur qu'on trouve à la Bibliothèque de lieims (fonds DeuUin, non classé), discutent longuement cette question et appuient les prétentions de celui-ci sur des titres dont ils cherchent à démontrer la valeur et l'authenticité, notamment sur la charte accordée par Thibault, comte de Champagne, le 9 septembre 1249 aux seigneur et habitants de Germinon, du comté de Vertus. Ces mémoires contiennent aussi l'énumération et la valeur, par année, des redevances seigneuriales perçues de 1722 à 1764. La question de l'allodialité de la coutume de Vitry qui régissait le village de Germinon, fut également et à cette occasion soulevée et discutée. (Voir le cahier de Condé- sur-Marne, page 195.)
(2) Plus de la moitié du terroir de Germinon ne produisait rien (1725 arpents de terres incultes pour 1625 de terres labourables). Les récoltes rendaient à peine le produit de la semence (476 boisseaux de froment, 4,520 de seigle, 636 d'orge, 6,879 d'avoine et 340 de sarrasin).- (Dénombrement de 1773 : Arcb. de ta Marne, C, WO.)
autres accessoires, les plus forts propriétaires demandent qu*elles continuent d'être payées en argent, et ceux qui possèdent le moins de biens désireraient qu'elles fussent remplacées par l'imposition territoriale.
5. — Observent les habitants que les droits d'aides établis sur les vins, tant à la vente qu'à la revente, et pour le débit occasionnent grande quantité d'employés dont les gages et appointements font une charge considérable ; qu'il en résulte une grande gène pour le peuple et des procès souvent ruineux et qui sont quelquefois intentés mal à propos.
6. — Qu'il serait fort à désirer que le prix du sel fût modéré, attendu que c'est une chose de première nécessité ; qu'il est d'ailleurs très gênant pour le peuple et pour le laboureur surtout, d'être obligé de prendre le sel au bureau à certain jour et heure, de manière que le laboureur, éloigné souvent de huit à dix lieues, est obligé d'attendre au bureau et de revenir de nuit ou être obligé d'attendre au lendemain pour le retour de son voyage.
Laurent Jacob, Jean - Baptiste Duval, Jacques Prunel,
N. Bonnet, N. Bonnet, *etc
N.-P. Petit, syndic, Jean-Baptiste Prunel, greffier.
(22 signatures.)
GIONGES-SAINT-FERJEUX
ET
FULAINE-SAINT-QUENTIN
ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [Le village de Gionges-Saint- Ferjeuxet Fulaine-Saint-Quentin (1) était composé de 32 feux.— L'avis pour la convocation fut lu et publié le ler mars 1789. — Le mardi 10,
(1) Arch. de la Marne, ihid. (procès- verbal, dossier b, pièce 187. Cahier, dossier c, pièce 30 : 7 pages non cotées ni paraphées ; visa de Prieur).
SoiRCES AccEssoiRKS DocrMBNTAiRKS. — Arch. dc la Marne, C, €05 et €9Î : Administration de la communauté ; usages ; comptes des syndics. — C, 9^t5 : Impositions. — C, /024 : Capitation. — C, 1590 : Corvées. — C, 1717 : Chemin de Vertus à Villcrs-aux-Bois. - C, WtO et 1851 : Églises de Gionges et de son annexe Fulaine-Saint-Queutin ; presbytère et cimetière.— E, k97 : Terrier de la famille Le Gras de La Char-
GIONGES-SAINT-FERJEUX ET FULAINE-SAINT-QUENTIN 315
à midi, les habitants se réunirent dans l'église de la paroisse, sous la présidence de Jean-François Salmox, procureur à Vertus, juge civil, criminel el de police de Gionges-Saint-Ferjcux. — Le procès-verbal constate la présence de Jean-Antoine Prin, Martin Bertrand, syndic, Pierre-Antoine Verrier, Jean-Baptiste Prin, Claude Charles, Antoine Clément, Charles Jaunard, Michel Jaudaire (?), Pierre Halle, Jean- Baptiste Hourier, Joseph Franquet, Pierre Collard, Joseph Hubert, Jean Heurpé, Edme Radet, Jean Hubert, Louis Lebrun (?), Claude Clément, Nicolas Hourier et Nicolas Fierfort. — Les députés furent Martin Bertrand, syndic municipal, et Jean-François Salmon, président de rassemblée.]
CAHIER
Doléances de Gionges- Saint -Ferjeux et de Fiilaine-Saint' Quentin, seule et unique communauté, pour [être] envoyer à rassemblée de Chàlons, pour le 12 mars 1789, et de là parvenir en substance aux Etats généraux.
Puisque le Roi, notre maître, veut que nous lui pariions dans rétendue de notre cœur, nous commençons par lui témoigner toute notre reconnaissance de la confiance qu'il a en nous et de la bonne volonté qu'il désire exercer envers ses peuples.
1. — Les impositions ruinent en général les cultivateurs. -- On devrait avoir, pour le labourage, de la considération ; étant le nerf du royaume, on ne devrait point le laisser affaiblir; mais le malheur des temps est qu'on incombe sur lui fortement et que les impositions de toutes espèces ne [lui] sont pas épargnées* C'est ce qui est une cause de la pauvreté générale des laboureurs qui, en les mettant hors d'état de faire bien valoir, nuit à la population et aux ressources du royaume.
2. — Le labourage de nos pays infiniment difficile et dispendieux, — Le labourage de Gionges-Saint-Ferjeux et de Fulaine- Saint - Quentin exige beaucoup de monde et beaucoup de bestiaux, savoir : pour une charrue qui ne peut labourer que
motte (1771). — £, 920 : Baux des dimes appartenant à l'abbaye de
Saint-Sauveur de A'ertus ; — etc.
— Gionges-Saint-Ferjeux (le deuxième nom désigna longtemps la communauté dans les titres anciens), formait une seule communauté avec l'annexe de sa paroisse, Fulaine-Saint-Quentin ; cette communauté faisait partie de rélection de Châlons. Aujourd'liui la commune de (îionges. dont Fulainc- Saînt-Quentin est un hameau, appartient au canton d'Avize, arrondissement d'Éperuaj-,
— Dénombrement de 1773 : 25 feux roturiers, 1 noble et 1 ecclésiastique. — Population : 51 hommes, 49 femmes, 6 garçons et 12 filles, soit Îi8 habitants.
trente-cinq arpents par socle ou tout au plus quarante, onze bêtes dont six bœufs pour mener la charrue, trois autres mis en relais pour reposer les premiers ; deux chevaux, tant pour herser et rouler les terres que pour charrier fumier et récoltes, et quatre personnes dont deux pour la charrue en même temps, une autre pour les bœufs en relais, et une quatrième pour les chevaux, sans comprendre les personnes nécessaires pour Tentretien du ménage et le soin des autres bestiaux. Si Ton diminue ce train, la culture ne vaut rien et est préjudiciable à TÉtat comme aux particuliers (1).
3. — Le terrain, quoique dispendieux^ n'est pas d'un profit considérable. — Une ferme d'une charrue, c'est-à-dire quarante arpents au plus, produit trois cent vingt nombres (1) à huit nombres l'arpent, tant bonnes que mauvaises, ci 320 nombres.
Le nombre produit, année commune^ un boisseau et demi, mesure de Vertus, pesant trente-cinq livres, ce qui fait quatre cent quatre-vingts, ci 480 boisseaux.
Il a fallu d'abord, pour semailles, à quatre boisseaux par arpent, cent soixante, ci 160 \
Pour faucillage à un boisseau trois quarts par arpent font soixantedix boisseaux, ci 70 . ^çta
Pour la dîme à la quatorzième, trente-quatre, ci 34
Pour 1)attage à cinq pour cent, vingt-deux, ci 22
Reste pour le compte du fermier cent quatre-vingt-quatorze boisseaux, ci 194 boisseaux .
Parmi ces grains il y a seigle, méleil, froment, néanmoins en plus grande partie. Les mars ne sont presque composés que d'avoine et, communément, c'est le même calcul pour la production, ci 194
Par conséquent, de tous grains, trois cent quatre-vingt-huit, ci 388 boisseaux.
(1) Voir le cahier de Connantra}*, page 202. — On comptait à Gionges. en 1773, 7 laboureurs à une cliarrue. occupant 17 chevaux. {Arch. de la Marne, C, «0.)
GlONGËS-SAlNT-FEaJEUX ET FULAINE-SAINT-QUENTIN IMl
Sur quoi il faut payer le maître, vivre cinq à six personnes au moins, nourrir les chevaux en avoine» payer les impositions, frais de culture; que peut-il rester, hélas? Ce qui reste communément, la mendicité (1) !
4. — Les fermes sont louées trop chères. — Quoique le produit ne compense pas suflisamment le travail et les dépens, néanmoins les fermes sont louées très chères : d'un côté Tavidité des propriétaires, de Tautre la nécessité aux fermiers de s'occuper, voilà l'occasion de cette grande et trop grande cheresse (2). On exige partout dans nos pays le tiers franc, soit en nature, soit en argent, et ce calcul, qui se rapporte à toutes les années, est le vrai calcul ; il ne reste point de grains pour ainsi dire au laboureur ; ce même laboureur est encore seul chargé de tous les frais et de toutes les impositions : il ne peut plus par conséquent vivre ; aussi comment vit-il ? dans la misère ; il n'a pas, en outre, le même profit de l'industrie que les laboureurs dans les autres pays peuvent avoir, parce que le gros train absorbe tout; tout se consomme dans la maison.
5. — Les domestiques trop chers, ~ Les domestiques gagnent le double qu'il y a vingt ans. On avait un domestique de vingt à vingt-cinq écus, bon laboureur et fort ouvrier. Maintenant le moindre prix est de quarante à quarante-cinq écus. Le mal est général, mais nous nous en ressentons plus que les autres, parce que nous en avons besoin d'un plus grand nombre. De plus, ces gros gains rendent ces domestiques insolents et volontaires, ce qui fait que le maître, qui en a absolument besoin, est seul malheureux, et il est constant que, tout payé, le fermier n'a pas tant de reste, clair et net, que le moindre de ses domestiques (3).
(1) D'apré» le dénombrement de 1773, les récoltes du terroir de Gionges rendaient, année commune, le double de la semence : 3,978 boisseaux de froment, 950 de seigle, 102 d'orge et 4,726 d*avoine. — Il y avait 750 arpents de terres labourables, 100 de terres incultes, 5 de Jardins et 16 de prés. (Arch. de la Marne, C, àSO.)
(2) Cheresse, chieresse, cbertc (Godbfroy : Dict^ cit,), mot fréquemment employé dans les régions de Reims et de Châlons. (Voir les Mémoires de Jean Pussot, maître charpentier en la Couture de Reims [1568-1626], publié sur le manuscrit de la Bibliot. de Reims, par £. Henry et Ch. Loriquet. — Reims, 1858, in-8\)
(3) Ijts salaires des domestiques de ferme et ouvriers de culture étaient fixés, en cas de contestation, par les officiers de la justice du lieu. (Arrêts du
6. — Cherté de toutes les denrées. — L'état du labourage n'esl pas d'avoir seulement quelques outils dont la dépense faite ne revient pas si souvent ou du moins n'est pas absolument frayable ; il demande des ustensiles en quantité dont la durée n'existe souvent que dans la première épreuve, charrues, herses, voitures, chariots, roules, chaînes de fer, cordages sans nombre, harnais, colliers, brides, contres, lignes, socs, etc.; il faut avoir affaire à quantité d'ouvriers différents, charrons, maréchaux, bourreliers, cordiers. etc., qui, tous, augmentent leurs ouvrages parce que tous les matériaux qu'ils mettent en œuvre sont augmentés. Ces dépenses nous sont d'autant plus sensibles, qu'étant obligés d'avoir beaucoup de bestiaux pour le même objet, il faut doubler la force de ces ustensiles qui, malgré cela, ne durent pas encore longtemps.
Nous avons aussi un objet essentiel à représenter ; c'est la cherté du sel qui est d'un gros conséquent pour un train tel que les nôtres : il y a des ménages qui en dépensent pour quarante écus et plus dans une année ; c'est un impôt terrible, d'autant plus qu'il nous faut faire six lieues pour s'en procurer, et, qu'argent ou non, il en faut trouver. Ah ! si notre bon Roi pouvait exaucer nos vœux pour une diminution, quelles grâces aurions-nous à lui rendre.
7. — Cherté des bestiaux. — Tout le monde connaît la cherté des bestiaux; elle nous est d'autant plus sensible, qu'il nous en faut un grand nombre. D'ailleurs, à quel danger ne sommesnous pas exposés par rapport à eux, soit par des maladies épidémiques, soit par des maladies ordinaires, soit par les accidents subits et imprévus qui peuvent arriver; les malheurs journaliers qu'on éprouve ne nous font que trop sentir que notre état est le plus fâcheux et le plus exposé (1).
Parlement de Paris, des 3 et 7 août 1780; ce dernier rendu à propos d'une émeute d'ouvriers employés à la moisson aux environs de Montcornet, dans le bailliage de Laon. — Bibliot. de Reims : Recueils d'édits, S. 230i, tome XX.)
Le mot < cou », aux xvii« et xvui« siècles, ne cessa de désigner une quantité de trois livres dans le langage usuel, quelle que fût la valeur de la livre, bien que, de 1601 à 1640, l'ecu d'or ait valu intrinsèquement plus de trois livres, et quoique, à partir de Louis XIV, on ait frappé des écus de six livres. L'écu était, comme la livre, devenu monnaie courante.
(1) Le cahier de Gionges décrit dans tous ses détails et mieux peut-être qu'aucun autre cahier, la situation du cultivateur champenois en 1789. Il
GIONG£S-SAINT*PERJEUX ET FITLAINE-SAINT-QUENTIN 319
Ce qui nous expose encore le plus, c'est la paresse et la mal-^ versation de ces domestiques qui conduisent nos bestiaux ; ils les mènent contre nos défenses dans les endroits défendus et nous exposent à des prises considérables qui nous ruinent et nous détruisent (1). Nous ne sommes pas maîtres de ces malheureux qui sont sans éducation, sans docilité; le malheur du maître n*en dépend cependant pas moins.
8. — Différentes vexations. — Il est un genre de vexations de la part des gardes-bois : quand ils sont honnêtes gens, on n*a pas à s'en plaindre ; mais quand ils sont ou malhonnêtes gens ou pauvres, l'on est sûr que les fermiers sont dans la plus grande vexation ; ils sont toujours chez ces mêmes fermiers, ou à manger, ou à demander de l'argent, du grain, du beurre, etc., et tout ce que la nécessité ou leur voracité exigent ; si un fermier se tient ferme et refuse, le lendemain il est sûr d'être pris; coupable ou non il faut qu'il subisse des rapports, procès, amendes. Ainsi, de part ou d'autre, il est vexé ou du garde qui le ronge, ou des amendes qu'il est obligé de payer.
Il en est un autre de la part des hommes de garnison qui,
insiste tout particulièrement sur le bétail qu*on achetait fort cher et qu'on élevait difficilement. En 1773, on comptait à Gionges 60 bêtes à cornes et 150 moutons. {Arch. de la Marne, C, 450.) — La disette des fourrages était surtout signalée comme une des causes de la grande perte du bétail à cette époque. « C'est avec bien de la douleur, — écrivait, le 14 août 1785, l'intendant « de la généralité de Châlons au contrôleur général, — que Je m'empresse de
< mettre sous vos yeux le résultat des ecciaircissements que je viens de ras. « sembler a cet égard. Le tableau que J'en ai fait former vous fera connaître « que, dans les 2,225 communautés dont la province de Champagne est compo-
< sée, les pertes montent à 15,880 chevaux, à 16,845 bétes à cornes et à 209,998 « bétes à laine, quoique cependant un grand nombre de paroisses n'aient pas « fourni l'état de leurs pertes qui peuvent être évaluées par approximation à « un huitième en sus des quantités ci-dessus énoncées. Je dois ajouter, à « l'immensité de ces pertes effectives, l'état extrême de maigreur et de dépé- « rissement qui régne parmi la plupart des bestiaux actuellement subsistants, « et la disette absolue que la Champagne continue de ressentir cette année en « fourrages. Ces deux causes laissent tout à craindre que la dépopulation des « bestiaux ne soit encore plus considérable d'ici à Tannée prochaine qu'elle « l'a été Jusqu'à présent, et elles offrent une perspective bien effrayante sur « le sort de cette province qui ne s'est peut-être Jamais trouvée dans une posi- « tion aussi critique. » (Arch. de la Marne, C, 298S : États des pertes par a subdclégations.)
(1) Voir le cahier d'Étoges, pagç 272. — Ou a vu aussi au cahier de Cour- Jeonnet, page 231, que le comte de Lantage faisait saisir les bestiaux que les laboureurs menaient paître dans les marais de Saint-Gond dont il se prétendait unique possesseur.
SOUS prétexte de faire rentrer les fonds du Roi, comptent des frais souvent à leur mode et s'arrangent de manière à procurer des décharges à quelques-uns, comme il leur plait, pour de là, taire supporter à la communauté des rejets injustes et vexatoires. Tel est un rejet que souffre, cette année, notre communauté qui va à un dix-huitième de la taille principale sans que la communauté ou la municipalité en aient eu connaissance.
9. — Privation de beaucoup dC avantages communs en tous pays. — Enfin, nous finissons par mettre sous les yeux du Roi une privation presque générale de tous les avantages communs aux différents pays : nous sommes sans presque de pâturages. A Fulaine-Saint-Quentin, il y a quelques prés et il n'y a point de bois. Que faire de ses bestiaux depuis le commencement du printemps jusqu'à la récolte des foins? AGionges-Saint-Ferjeux, il y a quelques bois et point de pré ; où mettre les bestiaux quand les grands bois refusent leur herbe (1)? Grands inconvénients qui font la plus forte de nos inquiétudes. De plus, il n'y a ni charrons, ni maréchaux, ni artisans, ni marchands dans les deux endroits ; quand on a besoin de quelque chose, il faut quitter l'ouvrage, faire deux lieues pour le plus petit besoin, attendre les ouvriers et perdre un temps infini ; encore les chemins sont si mauvais pendant plus de six mois de l'année qu'à peine peut-on aller et venir (1); on ne peut pas même sortir en voiture pendant presque tout ce temps, ce qui prive le laboureur d'un petit dédommagement qu'il pourrait se procurer par le charroi.
Les manouvriers, de même, n'ayant que pour un certain temps de l'ouvrage dans le pays, sont obligés d'aller journellement ailleurs, soit à Vertus, soit au Mesnil, pour travailler et revenir tous les jours. Combien de temps perdu? Combien de fatigues étrangères au travail ? Aussi, ils sont pauvres et deviennent infirmes de bonne heure. Le pays est, enfin, tellement dénué de tout que, pendant près des deux tiers de l'année, il n'y a point de débitants de vins, en sorte que si quelqu'un
(1) Arch. de la Marne. C, 605 et 691 : Demandes à fin de part dans les bois d'usages de Saint-Feijeux.
(2) Mémoire de François de Sales Aubelin, chevalier de Villers, propriétaire de la terre et seigneurie de Villers-aiùc-Bois et de Fulaiue-Saint-Quentin, demandant à faire réparer le chemin de Vertus à Villers-aux-Bois (1785) ; plan de ce chemin. (Arch. de la Marne, C, 1717.)
GIVnV-LKS-LOISY 321
tombe malade il faut courir à une iieue pour en avoir et ex|>oser le malade à mourir dans Tintervalle : c'est l'ouvnnge de la ferme des aides qui empêche ceux qui pourraient [en) avoir chez eux d'en donner ou prêter une seule bouteille, même dans le cas de nécessité. En un mot, les terroirs ont encore cet inconvénient que les fonds, qui devraient être les plus fertiles et de ressources pour les laboureurs, sont tellement inondés par le séjoumement des eaux qu'on ne peut les cultiver ; que si on les cultive, on a le malheur de voir perdre les dépouilles ; qu'ils ne sont pas même propres à des prés parce que la fraîcheur, que l'eau y laisse, déracine les herbes ; d'un autre côté il y a encore des fonds où on a été obligé de faire un fossé depuis le commencement du territoire jusqu'à la fin. On a perdu beaucoup de terrain par ces fossés ; on est obligé de les entretenir et, néanmoins, on n'évite pas encore les inondations qui sont causées par l'écoulement des eaux qui proviennent des montagnes et des bois.
Tels sont les motifs de doléances de la communauté de Gionges-Saint-Feijeux. On voit que tout tourne en frais chez eux, que le produit n'est presque rien et qu'ils sont accompagnés de tant d'entraves qu'il est impossible qu'ils réussissent. Aussi, depuis dix-huit ans, on compte six fermiers qui ont été obligés d'abandonner et qui sont réduits à mendier leur pain ; si les temps ne sont pas meilleurs, il y a encore à craindre de nouvelles chutes. Nous espérons que notre bon Roi aura attention à nos représentations ; d'ailleurs nous votons tous, comme de bons citoyens, pour la gloire du Roi, la prospérité de l'État et notre propre bonheur.
Prin, Joseph Franquet, Claude Clément, Jean Heurpé.
P. COLLARD, etc
Salmon. (]6 signatures.)