SAINT-ÉTIENNE-AU-TEMPLE
ANALYSE DU PROCES -VERBAL. [La communauté de Saint-
Étienne-au-Temple (1) était composée de 64 feux. — L*avis pour la
convocation fut lu et publié le l»»* mars 1789. — Le 8, les habitants se
réunirent sous la présidence de François Machet, lieutenant en la
justice. — Le procès-verbal constate la présence de Louis Vitry, I^uis-
Memmie Machet, Pierre Vitry, Charles Lorinet, Claude-François
Blanche le jeune, syndic, Louis Blanche, Louis Lorinet, Claude
Machet, Nicolas-Philbert Lorinet, Nicolas Remy, Louis-Étienne Machet»
Jacques Remy, Nicolas-Pierre Lorinet « et autres habitants », dit le
procès- verbal, dont, d'après les signatures, C. Périn, J. Machet,
J. Machet, L.-Benoist Lorinet, D. Joppé, J.-François Machet, Louis
Mestrude, C.-F. Blanche, C. Vitry. — Les députés furent Jean Machet
et François Machet.]
CAHIER
Cahier (2) de doléances pour les habitants et communauté
de Saint'Étienne-au-Temple,
Nous avons un revenu de 5,385* 15-^, y compris 953* d'industrie, sur lequel les impôts sont tirés, ci 5,385* 15-" »
(1) Arch. de la Marne, ibid. (procès-verbal, dossier b., pièce 233. Gabier, dossier c, pièce SO : 3 pages non cotées, ni paraphées ; visa de Prieur).
Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 69i : Administration de la communauté ; comptes des syndics. — C, 900 et 94S : Impositions. — C, Ï594 : Corvées. — C, 1671 : Pont sur la Vesle et chaussée de Châlons à Suippes (1770-1773). — C. i895 : Église et presbytère. — G, i05, U8 et 1852 : Cure. — G, 66^ : Dîmes et censives appartenant au chapitre de Saint-Étienne de Châlons ; — etc.
— Saint-Étienue-au-Temple appartenait à l'élection de Châlons ; aujourd'hui la commune fait partie du canton et de l'arrondissement de Châlonssur-Marne.
— Dénombrement de 1773 : 64 feux roturiers et 1 ecclésiastique. — Population : 102 hommes, 114 femmes, 28 garçons et 26 filles, soit 270 habitants.
(2) Le cahier de Cheniers et celui du Fresne ressemblent à celui de Saint- Étienne-au-Temple. Tous trois commencent par l'exposé des impositions de la communauté. Mais, tandis que les considérations générales qui suivent sont
SAmT-ÉTIENNR-AU-T£MPLE 545
Nous payons :
Pour taille principale (1). . 8931^ 15 >' »
Pour accessoires 723* 12^ 8^ i
Pour capitation 657 » » [ 3, 132t 17^ 2^
Pour cor\ées 388 9 6 \
Pour vingtièmes 470 » »
Ainsi, nous payons au Roi les deux tiers du revenu de nos biens et de nos bras.
Cette surcharge effrayante fait déserter nos campagnes ; nos enfants, lassés de notre misère, cherchent tous les moyeus d*en secouer le joug et préfèrent même Fétat avilissant de la domesticité ; de là le découragement pour Tagriculture (2).
Notre territoire est si peu d*étendue qu*il nous est impossible de faire de nourris ; depuis le parcours, les villages voisins viennent jusqu'aux abords de notre village, quoique à nous les terres, ce qui nous fait un grand tort (3).
M. Picot de Dampierre [est| notre seigneur commandeur, depuis onze ans; son régisseur fait valoir les deux tiers de grosse et inenue dime au nom dudit seigneur commandeur ; de tout temps immémorial, elles ont toujours été louées à plusieurs habitants de la paroisse qui payaient deux cent cinquante livres de taille et, depuis onze ans qu'il les fait valoir, la taille est restée dans la paroisse, |ce] qui fait un tort considérable (4).
De même que moitié des terres de son flef de La Neuville-au- Temple, contiguës aux nôtres, elles ont toujours été perçues par plusieurs habitants de Saint-Étienne qui payaient tailles : son
absolument les mêmes dans les deux premiers cahiers, celui de Saint-Étienne ne leur a guère emprunté que deux ou trois phrases. Nous le reproduisons donc fil extenso,
(1) Le rôle de 1789 porte, en effet, 893 livres 15 sols de taille et frais de collecte, et 1,380 livres 12 sols 8 deniers d'accessoires et capitation. Le nombre des contribuables était de 88; le curé et le commandeur Picot de Dampierre, seigneur de Saint-Étienne, étaient exempts. (Arch, de la Marne, C, 900 : Rôles de 1770 à 1789.)
(2) Cette phrase se trouve dans le cahier de Chéniers.
(3) Sur le droit de parcours, voir le cahier d'Aulnay-rAltre, page 50.
(4) Le commandeur Picot de Dampierre, seigneur de Saint-Étienne-uu- Temple, décimait avec le chapitre de Saint-Étienne de Chàlons. (Arch, de la Marne, G, 664 ; Transaction relative aux dîmes de rapport de Saiut-Étienncau-Temple et Cuperly du 27 octobre 1537 ; transaction du 5 août 1623 et partage de la portion congrue due au curé entre les décimateurs(1688) ; baux des grosses et menues dîmes.)
régisseur les a louées un bail de neuf ans aux habitants de Saint-Hilaire ; il ne nous a paru aucune diminution sur nos tailles pendant ledit bail (1).
Outre ces premiers impôts, nous avons encore les aides, les gabelles et les domaines qui sont autant de charges plus désastreuses encore, parce qu'ils attentent à notre liberté. Nous n'avons pas la faculté de chercher le meilleur marché pour le sel qui est de première nécessité ; si nous faisons usage de vin pour soutenir nos forces, nous le payons un prix trop considérable et au-dessus de nos moyens, à cause des droits d'aides dont la perception est odieuse et même déshonorante pour la Nation, puisque cette troupe d'employés, citoyens comme nous, sont autant d'ennemis qui entretiennent une guerre intestine pour s'enrichir de nos dépouilles. Enfin, sur les denrées pour notre vêtement, et notamment sur les cuirs, il y a des droits qui en augmentent considérablement la valeur. Comment, avec tant de charges, pourrons-nous venir au secours de nos plus pauvres à qui on a retiré la permission de mendier (2)?
Quelles sont donc les causes de tant d'impôts qui pèsent sur nous, si ce ne sont les franchises et les privilèges ? Pourquoi la Noblesse, le Clergé et les privilégiés, qui possèdent la majeure partie des biens de notre territoire, ne paient-ils pas comme nous ? La Noblesse, comme nous, fait le service de la guerre ; comme nous elle est payée ; les propriétés du Clergé sont gardées comme les nôtres. Pourquoi ne paient-ils pas les troupes comme nous ? En un mot, pourquoi la classe malheureuse serait-elle surchargée et celle plus heureuse ménagée (3) ?
Nous demandons donc un impôt général qui sera supporté par les trois ordres de l'État et qui aura pour base la propriété territoriale de chaque individu (4) ;
Que les aides, les gabelles, les traites dans l'intérieur du royaume et les domaines contrôles soient supprimés et leurs produits représentés par l'impôt général (5) ;
(1) La commanderie de La Neuville-au- Temple appartint, dès le xii< siècle, aux Templiers. C'était une des plus importantes de la Champagne. (Voir le cahier de Dampierre-au-Temple, page 244.)
(2) Ce paragraplie se trouve dans le cahier de Cheniers ; la dernière phrase est cependant modifiée.
(3) Ce paragraphe se trouve également dans le cahier de Cheniers.
(4) Phrase du cahier de Cheniers (art. 1«' des demandes).
(5) Cahier de Cheniers : art. 4 des demandes.