‹ Cahiers de doléances pour les États généraux de 1789Chapitre 208 sur 262 · TRIAUCOURT · texte numérisé non relu

TRIAUCOURT

de la laisser dépendre de celui de Paris qui est éloigné de quarante-cinq lieues et trop chargé d'affaires par Timmensité de son ressort ;

3. — Que les traites, les aides et les gabelles y soient abolies et que le prix du sel, qui y est maintenant porté jusqu'à quinze sols la livre, soit rendu libre et marchand, et que, pour tous impôts, il en soit établi un sous une seule dénomination, qui comprendra tous les biens, tant des nobles que des ecclésiastiques, et sera levé par un seul et unique collecteur ;

4. — Qu'il soit procédé à un nouvel arrondissement pour la dépendance des sièges d'appel, moyennant quoi les justiciables ne se trouveront jamais éloignés de leurs magistrats de plus de six lieues, ce qui est facile à faire ;

5. — Qu'il soit dressé un code civil et un code criminel le plus court et le plus précis, pour l'intelligence des lois et l'instruction des procédures ;

6. — Que la formalité du contrôle, qui n'a été établi que pour assurer la date des actes et qui est devenu un monstre ruineux par sa perception, soit fixée, ainsi que le centième denier, à un taux médiocre et invariable ;

7. — Représenter qu'il existe près d'eux, dans l'espace de deux lieues, six abbayes et couvents qui possèdent la majeure et la plus précieuse partie des biens du pays (1) ;

(1) Voir l'cnumératioii de ces couvents et abba^^es en notes des caliiers de Charmontois-rAbbé» page 1«36» et d'Éclairés, page 25!). Le bourg de Triaucourt était le siège de la juridiction de la seigneurie du comté de Heaulieu-en- Argonne, qui se partageait les diines avec le chapitre de Saînt-Ktiennc de Cliâ-f Ions. (Arch. de la Marne, G, 6.9i. — Cf. Lkmairk : Hisloirc de Triaucourt^ pages 27 et suivantes. — Voir aussi, pour les dîmes de Triaucourt, le cahier de La ^'03'e, page 374, note.) — (^omme pour les autres parties de la seigneurie, la terre de Triaucourt était admodiéc à Pierre Didier de Varcnnes, qui n'était que le prête-nom de Jean-Paul de Maupassant de Ilancy, seigneur d'Avocourt, grand maître des eaux et forêts du Clermontois, ancien maître d'hôtel du Roi, demeurant à Varcnnes (voir le cahier de Pretz, note, page 516). C'était le véritable seigneur du pays : on le voit nommer de sa pleine autorité les maires et officiers de la justice des divers villages du comté ; il révoque et il installe successivement : le maire de Beaulieu en 1779, celui de Chemin en 1781, celui de La Voye en 1788. On lit au bas de chaque ordonnance : « Donné au château de Triaucourt ». (Cf. Lrmairb : oiiv. cit., page 67 ) — Le bailli de la justice à Triaucourt était, depuis 1755, l'avocat Etienne Harmand, dont le fils, Nicolas- François Harmand, né à Souilly le 9 janvier 1716, avocat à Château-Thierry, fut député de ce bailliage aux lîtats généraux, et dont le neveu, .Ican-Hapliste Harmand, né à Souilly le 10 novembre 1751, fut député de la Meuse à la Convention nationale.

8. — Supprimer les ordres religieux qui ne sont point utiles au public ; donner à chacun des membres une pension suffisante pour vivre ; relever de leurs vœux ceux qui le désireront, et donner une destination avantageuse pour TÉtat à leurs biens qui sont immenses.

9. — On désire en général la continuation de prestation en argent pour la construction et entretien des chaussées au lieu d'une corvée en nature, parce que ce nouveau et sage système rend libre le cultivateur et fait supporter cette charge de TEtat au riche propriétaire (1) ;

Et on désire aussi la suppression des jurés-priseurs, vendeurs de meubles, qui serait d'un grand avantage au public, ainsi que celle des greffiers des experts qui donnent lieu à tant de frais et augmentent Tembarras dans Tinstruction des affaires (2) ;

10. — Que dans les quatorze paroisses qui composent, avec celle-ci (3), le comté de Beaulieu, tous les meuniers prétendent que leurs moulins sont bannaux, ce qui est cause que les peuples sont mal servis et harcelés ; demander la suppression de la banalité, en observant que ce ne sont que de petites rivières qui sont d'un moment à l'autre submergées de ses eaux, et que les fermiers du seigneur ne seraient privés de rien sur ces fermes, puisque c'est de son domaine les quatorze paroisses dudit comté (4) ;

11. — Que ledit lieu de Triaucourt est d'un mauvais sol, produisant de chétives moissons qui laissent à peine aux cultivateurs le moyen d'acquitter leurs fermages et les salaires de leurs ouvriers et domestiques (5) ;

12. — Qu'il conviendrait que la milice, au lieu de se tirer au

(1) Voir le cahier d*Aulnay-rA!tre, page 58.

(2) Voir le cahier d'Athis, page 41.

(3) Nous avons indiqué au cahier de La Voye (page 373), les dix^sept villages signalés par celui-ci et par d'autres comme composant le comté de Beaulieu. — Le cahier de Triaucourt ne veut parler que des quatorze communautés faisant partie du bailliage de Châlons et dont nous avons reproduit les doléances. (Beaulieu, Bhzeaux, Charmontois-VAbbé, Éclaires, Èores, Fleurgen^Argonne, Foucaucourt, La Voge, Le Chemin, Pretz, Riaucourt, Senard, Sommaitne et Triaucourt,)

(4) Voir le cahier de Pretz-en-Argonne, page 516.

(5) Le terroir de Triaucourt comprenait 2,200 arpents de terres labourables et 100 de terres incultes. Les récoltes produisaient, année commune, 8,400 boisseaux de froment, 525 de seigle, 700 d'oi'ge et 10,500 d'ayoine, soit trois fois et demie la semence. (Dénombrement de 1773 : Arch. de la Marne, C, 450.)

VADENAY 743

sort, ce qui désole les pères de famille cultivateurs, fût fournie par les communautés d'habitants à proportion de leur nombre, et si ce moyen n'est pas adopté, qu'au moins il soit accordé au cultivateur un domestique exempt par charrue qui sera composée de vingt arpents à la roye (1) ;

13. — Que, dans la distance de deux lieues de ce village, il existe plus de quatorze, tant verreries que faïenceries, poteries et tuileries qui consomment la majeure partie des bois du pays et les rendent d'un prix aussi exorbitant que dans les villes (2) ;

14. — Qu'il n'y ait plus ni bureaux, ni barrières entre les provinces du royaume, mais que tout l'appareil des entrées et sorties soit reporté aux frontières de la France, ce qui fera cesser l'horrible gène des habitants de ce lieu qui ne peuvent récolter les moissons, voiturer les bois et mener les échalas à leurs vignes sans être obligés de prendre des acquits à caution (3).

Fait et rédigé audit lieu de Triaucourt, en la salle principale des audiences, ce mars 1789 (sic).

Bauclin, syndic, N. Georges, Lemaire, Delioncouht,

Mathieu, etc

(38 signatures.)

Paraphé ne varieiur par nous, maire et juge ordinaire de la haute justice de Triaucourt.

DORTU.

VADENAY

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communaulc de Vadcnay (4) était composce de 67 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le 1er mars 1789. — Le 5, les habitants se réunirent sous la

(1) Voir le glossaire pour cette mesure.

(2) Voir le cahier de Beaulieu-en-Argoiiue, page 74.

(3) Voir le cahier de Pretz-eii-Argoune, pages 513-514.

(4) Arch, de la Marne, ibid. (procès- verbal, dossier h, pièce 267. Cahier, dossier c, pièce 78 : 3 pages cotées en haut et paraphées en bas par Tronsson ; visa de Prieur). Le cahier est écrit par le curé Paradis.

SoL'RCKS DOC. Acc. — Arch. de la Marne, C, 718 et 2919 : Administration de la communauté ; usages; comptes des syndics.— C, 916 et 950 : Impositions ; inondation de 1784. — C, 1025 : Capitation. — C, lOhO et lOàS : Vingtièmes. — C, 119^ i Domaines du Roi. — C, 1595 : Con'écs.

présidence de Louis Tronsson, syndic, assisté de P. Mole, greffier. - Le procès-verbal ne donne pas les noms des habitants qui assistèrent à la réunion. Le document n'est même signé que du président et du greffier. Mais au bas du cahier on trouve, en outre, les signatures de Paradis, curé de Vadenay et Cuperly (1), Nicolas Clément, Charles Machet, Bablot, N. Guérin, Lochet, Clément, N.-F. Defontaine. — Les députés furent Nicolas Clément et Charles Machet.]

Demandes et observations que fait le village et communauté de Vadenay pour se conformer aux intentions de Sa Majesté et de M. le grand bailli de Châlons, pour la rédaction du cahier de doléances de ladite communauté, lequel consiste en plusieurs articles dont voici la teneur :

[Les sept premiers articles du cahier de Vadenay sont ceux correspondants du cahier de Cuperly, annexe de sa paroisse, auxquels nous renvoyons. Du reste, ces deux cahiers sont vraisemblablement rédigés par le curé Paradis qui présida l'assemblée de Cuperly et assista à celle de Vadenay. — Les derniers articles du cahier de Vadenay sont différents, nous les reproduisons :]

8. — Que. les seigneurs soient obligés de fournir carrière, perrière et grevière propres à bâtir, comme il est d'usage de temps immémorial, ce qu'ils refusent actuellement ;

9. — Que les seigneurs n'aient d'autres garennes qu'à proximité ; qu'il soit permis de détruire quantité de lapins qui sont répandus dans plusieurs finages du terroir et y font un tort considérable ;

10. — Que les seigneurs ne puissent plus, à l'avenir, s'approprier comme par le passé, par procès, d'aucuns biens communaux (2) ;

C, i67i : Ponts. — C, 1912 : Église et presbytère. — C, 2iOS : Incendie de 1776. — E, 762 : Famille Saguez de Breuvery ; dîmes inféodées de Vadenay. — G, 105 et 150 : Visite et biens de la cure. — G, 882 : Terre dite le « Champ de Châlons » aux chapelains de la congrégation; — etc.

— Vadenay appartenait à l'élection de Châlons ; aujourd'hui la commune fait partie du canton de Suippes, ai rondissement de Châlons-sur-Marne.

— Dénombrement de 1773 : 61 feux roturiers et 1 ecclésiastique. — Population : 113 hommes, 107 femmes, 35 garçons et 33 filles, soit 288 habitants.

(1) Voir le cahier de Cuperly, page 240.

(2) Ange-Joseph-Remy baron des Lions, vicomte de Vadenay, baron de Neuflize, était seigneur de Vadenay. Il avait acquis cette terre en 1773 par son mariage avec Marie-Françoise- Éléonore Godet de Neuflize, fille du dernier seigneur de ^'adenay, de cette famille Godet qui fut longtemps eu possession de

VASSIMONT 745

Que les propriétaires qui ont des pièces de terres le long de plusieurs termes et finages, qui sont couverts de genièvres et autres broussailles et s'étendent sur lesdites terres et en empêchent la culture, les propriétaires les puissent défricher jusqu'à concurrence de leur dû.

Le présent a été fait et arrêté par nous, oflieiers municipaux et autres principaux habitants soussignés, le 5 mars 1789.

Paradis, curé de Vadenay et Cuperly, Clément, Bablot, N. GuÉRiN, LocHET, N.-F. Defontaine, Clément, Machet, p. Mole, greffier, Tronsson, syndic.

(10 signatures.)

VASSIMONT

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communauté de Vassimont (1) téaît composée de 36 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le 1er mars 1789.— Le 8, les habitants se réunirent sous la prési-

la terre. (Ed. db Barthélémy : Notice historique et généalogique sur la famille Godet de Champagne : Revue de Champagne et de Brie, février et juin 1878.— Jacques Rkgnier : Nouveaux documents sur la famille Godet, extraits des Archives de Vétat-civil de Vadenay : Revue ibid., juin 1892. — Arch, de la Marne, E, i33 : Famille des Lions : seigneuries de Taissy et fief de Neuflize.

Les usages et biens communaux de Vadenay, dépendant autrefois du domaine du Roi, avaient été engagés au seigneur du Heu en 1586. et cédés par lui aux habitants en 1587, maintenus en cette possession par arrêt du 11 août 1665. (Arch, de la Marne, C, ii9^.)

Jean-Baptiste- André Godet, seigneur en 1731, avait obtenu, par arrêt du Conseil d'État du Roi du 2 janvier 1731, les droits de passages, vinages et péages sur les terres de Vadenay et Cuperly (imp. in-4», Paris, imp. royale, 1732. — Bibliot. de Reims, fonds Deullin).

L'abbaye d'Avenay était aussi seigneur en partie de Vadenay ; elle avait sur un ban, droit de justice, haute, moyenne et basse, droit de cens avec redevance au baron des Lions, etc. (Déclaration de 1790.— L. Paris : Histoire de Vabbaye d'Avenay, 2« vol., page 442.) — La collégiale de Reims, les chapelains de la Congrégation possédaient également des terres à Vadenay. {Arch. de la Marne, G, 882,)

(\)Arch, de la Marne, ibid, (procès-verbal, dossier b, pièce 268, Cahier, dossier c, pièce là7 : 7 pages cotées et paraphées en haut et aussi ne varietur en bas, par Champion; visa de Prieur).

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 7Î9 et 29i9 : Administration de la communauté ; usages ; comptes des syndics ; incendie de 1766. — C, 9i8 et 950 : Impositions. — C, i025 : Capitation. — C, 1595 : Cor\'ées. — C, 1913 : Église et presbytère. — C. 1957 : Incendie de 1766. ^ E, 700: Baronuie de Chapelaine dont dépendait Vassimont; famille

dence de Pierre Champion, lieutenant en la justice de la baronnie de Chapelaine dont dépend Vassimont. — I>e procès-verbal constate la présence de Pierre-Louis Mangin, Jean-Baptiste Radet, Jean Saclct, Pierre-Louis Soudron, Jean Person, François Hannj^ Jean-Louis Hardouin, Nicolas Bonde, Charles Jacquin, Jean-Antoine Del, Claude Hémart, Claude Renault, Jean Brisson, Henry Massonnat, Philippe Songis, Louis Brisson, Joseph Brisson Taîné, Joseph Brisson le jeune, Pierre-Louis Hubert, Claude Prieur, Antoine Songis, Benoît Soudron, Charles Hubert, Pierre-Louis Gallois, Pierre-Louis Massonnat, Jean Massonnat. — Les députés furent le président, Pierre Champion, et Claude Prieur.]

CAHIER

[Le cahier de Vassimont est semblable à celui d'Haussimont sa paroisse (page 325), auquel nous renvoj'ons. Quelques mots, ne modifiant pas le sens général des phrases, sont changés çà et là dans chaque paragraphe. — Les seules modifications importantes sont les suivantes :

— A la fin du premier paragraphe sur Vimpôt en nature, la dernière phrase : « Enfîn l'impôt territorial en nature, etc . . » (page 326), n'existe pas. Mais à sa place on lit : « Quant à ceux qui n'ont pas de fonds, ils paieraient une capitation proportionnée à l'état qu'ils tiennent dans la société. »

— Dans le paragraphe sur le droit de garenne, la phrase : « ... les bois mêmes, cette denrée si nécessaire et si rare aujourd'hui. » (page 326), n'existe pas.

— Les considérations sur la milice et la. justice (page 328) sont transcrites au cahier de Vassimont, avant celles relatives à la situation du village « placé dans le canton de. la Haute -Champagne le plus stérile ; etc. »

Dans ce paragraphe sur la milice, on indique « qu'il en coûte

.2 livres par garçon » au lieu de « 18 livres », et par conséquent la

somme totale de « 900 livres » est remplacée par celle de « 600 livres ».

— Dans le paragraphe sur le droit de terrage (page 327), la der-

de Paiige, seigneur. — G, 124 et 397 : Cure de Chapelaine et Vassimont, annexe d'Haussimont ; — etc.

BiHLiOGRAPHiK. — BuACHK (L'abbé E.) : Chapelaine et Vassimont (in-12 de 72 pages).

— Vassimont appaiienait à l'élection de Châlons ; aujourd'hui la commune fait partie dn canton de Fère-Champenoisc, arrondissement d'Épernay.

Le hameau de Chapelaine, qui donnait son nom à la barounie de la famille de Pange, dont dépendaient Vassimont, Haussimont, etc., « ne présentait plus, — dit le procès-verbal du bureau intermédiaire de l'élection de Châlons du 11 avril 1788, — qu'un château, une ferme et un moulin situés sur la paroisse de Vassimont, et ne pouvait prétendre à former une municipalité ». {Arch. de la Marne, C, 29t0.)

— Dénombrement de 1773 : 30 feux roturiers. — Popnhition : 50 hommes, 50 femmes, 15 garç^'ons et 10 filles, soit i'25 habitants.

nière phrase : « Ce qui doit être considéré dans la répartition des impôts de la province, puisqu'elle a moins de revenus efifectifs que les communautés voisines », est remplacée par celle-ci : « Il paraîtrait Juste d'avoir égard au droit dans la répartition des impôts si l'impôt territorial en nature n'avait pas lieu ».

— Enfin, les trois derniers paragraphes de la page 329 sont supprimés et remplacés par ces phrases qui terminent le cahier de Vassimont :]

Désire, ladite communauté, et recommande à ses députés à l'assemblée du bailliage de ne donner leurs voix qu*à des personnes intègres qui ne tiennent, ni par naissance ni par Tétat, à la Noblesse ni au Clergé.

Fait et arrêté en l'assemblée, le 8 mars 1789. En outre, représente, ladite communauté, que le sel est extrêmement cher et qu'il se paie treize sols neuf deniers la livre, ce qui surcharge beaucoup le peuple, [ce] qui occasionne beaucoup de misères.

Le tout arrêté comme dessus et ont signé : P. Champion, C. Prieur, J. Brisson, J. Person, J.-L. Har-

DouiN, Charles Jacquin, etc

(14 signatures.)

ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. [La communauté de Vatry (1) était composée de 45 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le 1er mars 1789. — Le 8, les habitants se réunirent sous la

(1) Arch, de la Marne, ibid. (procès-verbal, dotsier b, pièce 269. Cahier, dotsier c, pièce 42 : 7 pages numérotées et paraphées ; visa de Prieur sur la première page et sur une fausse couverture).

Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 719 : Administration de la communauté ; usages ; comptes des syndics. — C, 918 et 950 : Impositions. — C, 1025 : Capitation. — C, 1568 : Travaux des routes. — C, 1595 : Corvées. — C. 1671 : Pont. — C, 1818 : Église et presbytère.— G, 106 : Visite de la cure. — G, 703 et 1293: Dîmes au chapitre de Saint- Étienne de Châlons et à la collégiale de Pleurs ; — etc.

— Vatry appartenait à l'éiection de Châlons ; aujourd'hui la commune fait partie du canton d'Écury-sur-Coole, arrondissement de Châlons-sur-Marne.

— Dénombrement de 1773 : 46 feux roturiers. — Population : 67 hommes, 48 femmes, 17 garçons et 11 filles, soit 143 habitants.

présidence d'Antoine Félix, syndic, assisté de J.-H. Hatat, greffier

— Le procès-verbal ne donne aucun nom. Mais, au bas du document, on lit les signatures de J.-B. Hatat, Nicolas Hatat, François Longuet, Pierre Hatat, Nicolas Brisson, Jean-Baptiste Brisson, Jean Chollet,Jean Phélizon, H. Legris, Henrj' Leloup, Laurent Champion, Pierre Phélizon, Louis Hatat, Jean-Louis Leloup « et, ajoute le syndic après le signatures, tous autres comparants qui ont déclaré ne savoir signer ». Le cahier donne, en outre, celles de Jean Hatat, Louis Hatat, Claude Charoy, Etienne Diot, Sébastien Guyot, Nicolas Picart, Michel Collart.

— Les députés furent le syndic Antoine Félix, et Jean-Baptiste Hatat.)

CAHIER

Mémoire des observations, des plaintes et doléances des habitants

de la communauté de Vatry.

L — Puisque notre bon Roi veut bien nous permettre de lui adresser nos plaintes et doléances, nous lui faisons avec confiance, sans prétendre attaquer personne en particulier.

Vatry, distance de quatre lieues de ChAlons-sur-Marne, le poids des tailles que nous sommes obligés de supporter tous les ans, nous accable et nous écrase entièrement ; à peine nous reste-t-il quelque force pour réclamer et nous plaindre ; notre pays est le plus ingrat de toute la Champagne, puisque c'est la Champagne ordinairement dite la Champagne pouilleuse; notre terroir est très petit et mauvais; notre village n'est que d'environ quarante-cinq feux dont quinze laboureurs (1), et tout le reste, manouvriers qui sont obligés de courir les autres pays pour gagner leur vie, attendu qu'il n'y a aucun commerce dans le pays; malgré que les deux tiers de nos terres ne soient labourées que tous les huit ou dix ans et que, souvent, les mauvaises terres ne rapportent pas la semence (2), souvent sujettes aux inondations, nous obligent de payer au Roi des sommes énormes et de soutenir les charges sans nombre dont nous allons vous donner le détail et fournir la preuve : 1° Pour le Roi, tant pour la taille ordinaire, capitation, vingtièmes et corvées, quatorze à

(1) Seize laboureurs, d'après le dénombrement de 1773. (Arch. de la Marne, r, ^30.)

(2) Le terroir comprenait 677 arpents de terres labourables pour 590 de terres incultes. — Les récoltes ne produisaient que ii'w boisseaux de froment (1 1/2 pour 1 de la semence), 1,509 de seigle (1 pour 1), 142 d'orge (2 pour IK 3,060 d'avoine (1 pour 1), 340 de sarrasin (2 pour 1). (Ibùi,, (% 'iSO.)

quinze cents livres (1); les droits de notre seigneur (2), qui consistent environ en quarante-cinq livres ; si peu d*acquisitions que nous fassions, il nous en coûte, pour droits seigneuriaux, cinq sols par écu ; enfln, pour les décimateurs, nous leur payons la quatorzième gerbe (3). Est-il possible qu'un si petit nombre de laboureurs, et tous avec un cheval (4), et tant de pauvres manouvriers puissent, sans se plaindre, supporter tant de charges et fournir à tant de frais, n'ayant aucun revenu dans la communauté qu'un petit ruisseau qui est admodié vingt livres par an (5)? Ce n'est que pour retirer les ordres que Ton nous envoie dans l'année ; nous avons donc droit de demander et nous pouvons espérer d'être diminués de tailles, et que ceux qui, à l'avenir, seront chargés de les répartir, auront soin de les distribuer selon nos forces et revenus, et ne nous en donner que ce que nous pouvons raisonnablement supporter ; de plus, nous avons à entretenir un presbytère et une église qui sont d'un grand entretien (6) ; nous n'avons de ressources qu'en un travail pénible qui nous fait joindre la nuit avec le jour. Ne semble-t-il pas que notre paroisse doit être plutôt à charge à l'État que propre à remplir les coffres de ses finances? Cependant le voisinage rendra témoignage à tout ce que nous avons avancé.

2. — N'est-ce pas là, ici, le moment de demander une diminution des vingtièmes ? Si l'on recharge les deux premiers ordres de l'État, on ne pourra refuser cette grâce ; on nous l'a fait espérer il y a longtemps.

(1) Le rôle des impositions de 1789, pour Vati*y, indiquait 391 livres 10 sols de taille et frais de collecte, 602 livres 17 sols 8 deniers d'accessoires et capitation, soit 994 livres 7 sols 8 deniers pour 54 contribuables. Les cor>'ées étaient portées pour 141 livres au rôle de Tannée suivante. — 11 restait donc environ 400 à 500 livres pour les vingtièmes. (Arch. de la Marne, C, 9i8.)

(2) La famille Morel, de Vitry-la- Ville, aurait acquis la seigneurie de Vatry au xviii» siècle. (Ibid., E. 688-689.)

(3) Les dîmes se divisaient entre le chapitre de Saint-Étieune de Châlous et la collégiale de Pleurs. (Ibid., G. 703 et i293.)

(4) L'état de 1773 porte 25 chevaux pour 16 laboureurs, et 66 bêtes à cornes. (Ibid., C, Jm.)

(5) Aucune terre d'usage au dénombrement de 1773. (Ibid,) — Adjudication du ruisseau. {Ibid., C, 7i9.)

(6) La cure de Vatry était une annexe de Bussy- Lettrée. Les frais de réparations des édifices étaient à la cliarge de ces communautés : réparations au presbytère, en 1735 : 176 livres ; en 1758 : 1,380 livres ; en 1762 : 850 livres. (Ibid., C, 1818,)

7S0 BAILLIAQE DE CHALONS-SUR-MARNB

3. — Comment les tailles et autres impositions de nos villages sont-elles distribuées ? Très mal ; quelque bonne opinion que nous ayons des personnes à qui notre Roi donne sa confiance, nous ne pouvons nous persuader que tant d'argent qn'on lève sur les communautés soit rendu à sa légitime destination. Au reste, ce n*est pas à nous à en juger.

4. — Les huissiers-priseurs, qui sont d'une nouvelle création, n'ont déjà que trop existé pour faire connaître à la France, combien ils sont funestes à la société. Ces messieurs prennent vingt sols par lieue; si on est éloigné de quatre lieues, voilà huit livres pour leur voyage; vingt sols par heure qu'ils prennent pour la vente des meubles. Si la succession ne consiste qu'en quelques vieux meublages, que restera-t-il aux mineurs et aux orphelins ? Des larmes, des chagrins, pauvres ressources pour les dédom* mager de la perte de leurs parents. Ces formalités de justice ne ser\'ent donc que pour ruiner les pauvres orphelins ; il faut les supprimer. La justice ordinaire des lieux n'est-elle pas suffisante pour des menus objets (1) ?

Que dirons^nous des commis ? Ce que tout le monde en dit ; ce sont des gens à charge pour les provinces où, malheureusement, ils se trouvent attachés, soit pour les vins dont les droits sont trop* énormes, soit pour les cuirs à cause des marques établies sur le cuir. Nous espérons que notre Roi, connaissant notre misère, [ne] nous laissera pas plus longtemps gémir sous l'esclavage ; [que] tous les fermiers généraux, tous les commis et employés, soit à pied, soit à cheval, toute cette classe d'hommes soit supprimée.

5. — Le sel que la mer nous fournit à si peu de frais, que de toutes les choses nécessaires à la vie il n'y en a point de plus nécessaires que le sel, il faudrait nous le donner au modique prix comme dans les autres provinces : nous sommes tous sujets du même Roi ; il est par trop cher, les pauvres en manquent souvent ; quoique bien cher, on est obligé d'attendre l'heure de ces messieurs pour le délivrer ; il faudrait faire comme dans certains endroits : qu'en donnant son argent que l'on donne du sel ; il est quelquefois, dans l'hiver, six heures du soir que Ton est encore au grenier, et avoir encore six lieues à faire.

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