Le papier marqué, sans parler, il faut donner deux sols
(1) Voir le cahier d'Athis, page 41.
et demi par feuille, qui ne coûterait pas un liard. N*est-ce pas pas une grande servitude d'être obligé quelquefois de faire le voyage exprès à la ville, d'attendre plusieurs jours pour avoir une carte de papier marqué, [tandis] qu'on pourrait trouver de Tautre papier sous la main? Les autres provinces sont plus heureuses que nous : ce papier leur est inconnu.
7. — Les routes sont d'une égale utilité pour les trois États, et c'est toujours au pauvre laboureur et manouvrier des communautés qu'il en coûte le plus ; ce qui nous est à charge tant pour le paiement de la corvée (1) que de la route qui passe [à] travers de notre terroir (2), qui a pris une partie de nos meilleurs terres, jardins et bassiers (3) ; après cela Ton y a établi une poste aux chevaux, dont le maître de poste a le meilleur bien du pays et qui ne paie aucune taille suivant son privilège, et nous autres, petits laboureurs et manouvriers, nous en sommes trop chargés et écrasés (4).
8. — Les milices sont des plus dispendieuses pour les communautés, sinon par elles-mêmes, du moins par les frais qu'elles entraînent après elles-mêmes. Engager chaque garçon au-dessus de dix-huit ans donnera, pour trouver et acheter un homme, six livres ; de plus les syndics des communautés, des parents des garçons perdent leur temps pendant plusieurs jours pour aller conduire au tirage les jeunes gens, ce qui fait de grosses dépenses dans les communautés. Il serait plus avantageux, pour les paroisses et pour le bien, que chaque garçon au-dessus de dix-huit ans soit taxé à une petite somme modique pour la fourniture des hommes de troupe, et cela épargnerait des dépenses qui sont inutiles (5).
9. — Que les tailles doivent être réparties sur les biens-fonds que l'on possède, et y être proportionnées, de sorte que celui
(1) Corvées de la communauté de Vatry (1767-1783. — Arch. de la Marner C, i59o.)
(2) Travaux des routes : indemnités aux propriétaires pour terrains expropriés lors de la construction de la route de Châlons à Troyes (1755-1776). {Arch. de la Marne, C, i^dS.)
(3) « Bassiers, bassières », etc., lieux bas, vallées, et spécialement lieux bas et marécageux, pleins de broussailles. (Godëfroy : Dic/<'« cit.)
(4) État des maîtres de poste de la généralité de Châlons. {Ibid., C, ^09 et 8i2.) — Sur les privilèges des maîtres de poste, voir le cahier de Bussy-Lettrée (page 116.)
(5) Voir le cahier de Beaulieu-en-Argonne, page 71.
qui possède beaucoup paie beaucoup, et celui qui a peu paiera peu ; point de loi plus équitable; que personne ne prétende avoir droit de se soustraire, ni seigneur, noble, ni autres privilégiés; c'est le bien qui produit les revenus, c'est donc sur le bien qu'il faut les asseoir et les prendre ; c'est bien ridicule que les pauvres gens paient et que tous ces messieurs ne paient rien.
10. — Les procès, quand nous avons le malheur d'en avoir, n'ont point de fin ; les procureurs et les avocats ont le grand talent de ne les finir qu'avec notre bourse. Nous voudrions que les procédures fussent moins longues et que l'on nous rendît justice plus promptement et à moins de frais, sans nous renvoyer de justice à autre, de bailliage au parlement. Les pauvres gens sont obligés, avec bon droit, de succomber.
11. — Que les bâtiments et édifices qui sont à la charge des communautés, comme les églises, les presbytères, ponts et chaussées, puissent être réparés sans la visite et la permission des génies ; parce que les gens visiteurs, souvent, demandent plus de frais, plus de dépens qu'il n'en faudrait pour faire les réparations en question ; vraiment ils ruinent les communautés où ils passent. Nous demandons leur suppression (1).
12. — Tout le monde demande que toutes les dîmes retournent à leur légitimes possesseurs, à tous les curés à qui elles appartiennent de droit. Quoi qu'il en soit, tous les décimateurs doivent être obligés à laisser chaque année, entre les mains des marguilliers, une somme suffisante pour les réparations de leurs églises, parce que l'on ne peut rien obtenir d'eux sans les y contraindre.
13. — Pour fermer la porte à toutes les fraudes et tromperies, soit de la part du vendeur et de l'acheteur, on devrait établir dans tout le royaume une mesure égale pour les grains, afin que chacun connaisse et sache ce qu'il achète et ce qu'il vend, et nous demandons qu'il n'en sorte point de notre royaume, attendu qu'il est d'une trop grande cherté et que les enlevées font bien des discordes dans la Champagne (2).
(1) Pont de Vatry. {Arch. de la Marne, C, i67i.) — En 1726, le pont ayant été emporté» les habitants avaient refusé de le rétablir ; l'intendant L'Escalopier rendit une ordonnance pour les y obliger,
{2) C'était une allusion aux émeutes assez fréquentes provoquées dans la région par la sortie des grains de la généralité. (Arch. de la Marne, C, 415 et
VAUDEMAXGES 75S
14. — Nous voudrions que chacun payât les taillés dans lendroit où le bien est situé : par ce moyen, Ion ne pourrait pas cacher ni se soustraire aux deniers royaux. De même il faudrait qu'il n'y eût qu'une seule taille et qu'on la payât dans les champs par une dime générale : par là, celui qui aurait du bien paierait, et celui qui n'aurait rien [ne] paierait rien.
15. — Pour ce qui regarde les industries sur les corps des manouvriers et autres, nous demandons qu'elles soient rédigées, parce qu'une personne qui ne possède aucun bien paie dix à douze livres de taille pour ses bras, c'est ce qui est fort ridicule.
16. — Nous espérons que l'on aura égard à nos plaintes, attendu qu'un si petit terroir comme est le nôtre, qui ne consiste qu'à environ mille journels de terre, dont les deux tiers sont très mauvais, comme nous l'avons dit ci-dessus, puisse rapporter pour payer tant d'impositions (1).
Fait et arrêté par nous, officiers municipaux et habitants de la communauté dudit Vatry, nous certifions le présent véritable, en foi de quoi nous avons signé le jour et an que dessus. Fait ce 8 mars 1789.
Nicolas Hatat, Henry Leloup, Jean Hatat, l'rançois
Longuet, Louis Hatat, etc
J.-H. Hatat, greffier, Antoine Félix, syndic.
(22 signatures.)
VAUDEMANGES
ANALYSE DU PROCÈS -VERBAL. [La communauté de Vaudemanges (2) était composée de 66 feux. — L'avis pour la convocation des Etats généraux fut lu et publié le !«■ mars 1789. — Le mardi 3, les
suivants : Rapports sur les disettes de 1788 et 1789 et procès- verbaux des oppositions à des enlèvements de grains, d'arrestations de voitures, d'énieutes dans les villes et villages, etc.)
(1) Voir, pour l'état des terres en arpents, mesure de Paris, la note cidessus (page 748).
(2) Arch, de la Marne, ibid. (procès-verbal, doss. &, pièce 270. Cahier, dossier c, pièce 128 : 15 pages cotées et paraphées par Delacour ; visa de Prieur).
Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 720 : Administration c!e la communauté; usages; comptes des syndics. — C, 920 et 953 : Impositions ; inondation de 1784. - C, 1601 : Corvées. — C. 1913 et 208^ : Église et prtsbytére. — C, 1969 : Gpê!eset orages (17564-1773).- C, 2«77 :
754 BAILLIAGE DE CHALÔNS-StR-MARNE
habitants se réunirent sous la présidence de Jacques-I^uis Dei^cour, « bachelier en droit en l'université de Reims, ancien praticien en la justice de Vaudemangcs, juge à Teflet des présentes pour Tabsence du juge ordinaire, et reçu au bailliage royal de Châlons ». — Le procèsverbal ne donne pas les noms des habitants qui assistèrent à la réunion. Au bas du document on lit les signatures de Tartier, syndic, Louis Pierre, Jean Pierre, Thomas Pierre, liltienne Pierre, Nicolas Pierre, Maurice Tartier, Jacques Debay, Pierre Pierre, Etienne Louis, (Charles Quittât, Simon Cuperly, Pierre Bocart, Jean-Baptiste Cotelle, Pierre Tartier, Jean-Baptiste Charbonnier, Pierre Bocart, Jean-Hippolyte Pierre, Claude-François Cotelle, Nicolas Pierre, Pierre-Gabriel Didier, N. Pierre, Claude Jacquinet, Jean-Pierre Debay, Jean-Nicolas Charbonnier, Simon Charbonnier, Emmanuel Jacquinet, Amand Cotelle, Pierre Cotelle, Nicolas-Médard Pierre. — Les députés furent Amand Cotelle et Thomas Pierre.]
CAHIER
[Le cahier de Vaudemanges, rédigé par le juge seigneurial Jacques- Louis Delacour, est semblable, mot pour mot, au cahier dWigny^ auquel nous renvoyons. — Au bas du cahier on lit la mention : « Fait et arrêté en rassemblée générale desdits habitants, tenue le 3 mars 1789 : Tartier, syndic, Louis Pierre, Jean Pierre, Thomas Pierre, etc.... Dei^cour, juge — 32 signatures (1).)
VAUREFROY
ANALYSE DU PHOCÈS-VERBAL. [« Le hameau (sic) de Vaurefroy (2), dépendant de la paroisse de Connantray » (mais formant communauté ayant rôle d'impositions séparé), était composé de
Kccolte de 1788. — G, 54* et 720 : Seigneurie, justice et biens du chapitre de Saint-Étienue de Chàlons; terrier.— G,i920:Curc.— Arch.de Reim», fonds de VArcheuêché, G, 287 : Enquêtes et renscignemeats sur la paroisse ; — etc.
— Vaudemanges appartenait à l'élection d*Épeniay ; aujourd'hui la commune fait partie du canton de Suippes, arrondissement de Châlons-sur-Marne.
— Dénombrement de 1773 : 65 feux roturiers et 1 ecclésiastique. — Popn* lation : 97 hommes, 104 femmes, 12 garçons et 24 filles, soit 237 habilanU*
(1) Jean-Nicolas Charbonnier a signé deux fois le cahier.
(2) Arch, de la Marne^ ibid. (procès- verbal, dossier b, pièce 285. Cal"^^» dossier c, pièce 151 : 8 pages cotées et paraphées eu haut et en bas par Leclercq i visa de Thomas).
Sources doc. acc. — Arch. de la Marne, C, 720 : Administration de 1* communauté ; usagds ; comptes des syndics. — C, 92t et 950 : Impo^' tlons. — C, 1595 : Corvées. — G, 397 : Cure ; — etc.
— Vaurefi*oy .^ipartenait à l'#K)ction de Châlons ; par décret du 24 avril l^'*
vaurefroy 755
45 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le l^r mars 1789. — Le 6, les habitants se réunirent sous la présidence de Pierre- Charles -Henry Leclercq, notaire royal du bailliage de Sézanne, ancien praticien exerçant en la justice et prévôté de Vaurefroy pour la vacance des officiers de cette prévôté, assisté de Jean -Louis Garnier, greffier ordinaire de la municipalité du lieu. — Le procèsverbal constate la présence de Sébastien Lepage, syndic, Jean Charlot, Jean-Louis Dardoize, Denis Champy, Claude Dardoize Tainé, Louis Marguin, Edm. Férat, tous laboureurs et manouvriers composant le corps de la municipalité, Pierre Mérat, Pierre Champy, Hilaire Champy, Antoine Férat, Nicolas Cresl, Thimotée Champy, Nicolas Lepage, Pierre Garnier, Pierre-Louis Marguin, Nicolas Hubert, tous laboureurs, Claude Crest, Louis Dardoize, Jean-Baptiste Marié, Nicolas Dardoize, Charles Férat, André Simon not, Gabriel Barbichon, Jean Pinpernet, François Barbichon, Pierre Arnoult, Claude Dardoize le jeune, Jacques Champj', Pierre-Joacliim Champy, Hilaire Dardoize, Joseph Marguin, Claude Férat, Jean Champy, Nicolas Marguin, Henry Chamovin, tous manouvriers... « composant la généralité des habitants tailliables du lieu ». — Les députés furent Sébastien Lepage, laboureur et syndic municipal, et Claude Dardojze, laboureur, fils de Nicolas, tous deux habitant Vaurefroy.]
CAHIER
Cahier, pour le hameau de Vaurefroy, de plaintes et remontrances
et de doléances.
Art. l**". — Représentation du territoire et revenus dudit hameau :
Ce village est situé entre deux coteaux ; du côté du levant il y a une côte où Ton tire des moellons de craie (1).
2* Article. — Du côté du midi est une côte en sable gravelle (2), qui est partie du labourage dont le fermage ne dure qu'environ six ans et dont la récolte en est en seigle est très modique (3).
la commune fut supprimée et rattachée à Connantray, canton de Fére-Champenoise, arrondissement d*Épernay. (BuU. des lois, partie princ, t. XXIX, page 715.)
— Dénombrement de 1773 : 47 feux roturiers. — Population : 60 hommes, 68 femmes, 20 garçons et 11 filles, soit 159 habitants,
(1) « Cette commune, disait Chalette en 1845 (Précis de la statistique générale du département de la Marne, ouv. cit., page 227), est entre deux collines élevées de 172 à 174 mètres au-dessus du niveau de la mer et touche à la route de Paris à Strasbourg. . . On y trouve de la craie propre à la construction. »
(2) Gravier, lieux sablonneux, graveleux ; terre argileuse, selon Bourquelot. {Foires de Champagne, I, 292. — Godefroy : Drc/" cit.)
(3) « Le sol, dit Chalette (ibid.), crayeux pour un quart et composé d'une grève sèche pour le reste, convient au seigle, à l'avoine, au trèfle et au sain-
75() BAILLIAGK DE CHALONS-SUR-MAHNE
3* AuTiCLK est que le quart de toutes les autres parties de leur tert-oir est en friche, attendu Tingratitude de la position, qu'il ne veut rien produire, aucuns grains, de telle nature qu'ils puissent être, sans fumage.
4*= AirriCLE, c'est que le reste de ce terroir n'est que coteaux et terres légères ; les orages enlèvent la superficie de la terre et le laboureur n'y peut plus cultiver.
5* Article : En outre, l'étendue de ce terroir de la partie la plus mauvaise Champagne, n'est que pour produire une modique récolle en seigle et sarrasin (1), où est une graine que de ce grand monde des pays fertiles en froment se badine, et cependant la Champagne est au marc la revenue la plus chère (2).
6* AuTiCLE est que ce hameau n'ayant ni prés, ni bois, ni pâturages, comment ses habitants pouvaient-ils ensemencer (3) leur mauvaise terre sans bestiaux (4).
7® Article : Pour quant au nécessaire pour les habitants est la grande longueur des forêts pour avoir son chauffage, distance des forêts de six à sept lieues (5).
8® Article : Parlons des pauvres artisans qui, dans 44 habitants, il n'y a que 16 mauvais chevaux (6). Comment pouvoir aider ces pauvres inanouvriers ? Il se console, il se restreint à ramasser les feuillages faute d'avoir (sic).
9* Article : Parlons de partie de ces habitants heureux pour eux comme étant éloignés de quatre lieues de Vertus, partie des artisans vont travailler à la journée aux vignobles.
10** Article est que ces habitants laboureurs ne sont seulefoin; mais il faut aclieter des pailles pour le fumer. » -- Le terroir était composé de 700 arpents de terres labourables et 187 de terres incultes. Les seigles et les avoines, seules récoltes importantes, ne produisaient que juste la semence : 1,193 et 1,700 boisseaux. (Dénombrement de 1773 Mrc/i. de la Marne, C, //30.)
(1) Le dénombrement de 1773 ne donne que 204 boisseaux de sarrasin, année commune. (Arch. de la Marne, C, ^30.)
(2) Sic : Cette phrase à peine compréhensible est textuelle. L'orthographe
est également des plus fantaisistes : « ou est une graine que de ce grand
<K monde des payeis fcrtille en fromant ce badine et ce paudaut la Champagne « est aux marc la Revenue La plus chair. »
(3) On traduit par ce mot le suivant : « an commanter ».
(4) Le dénombrement de 1773 indique 10 arpents de pré ; 17 laboureurs à une charrue possédaient 19 chevaux, 50 bêtes à cornes et 120 moutons. {Arch. de la Marne, C, 450.)
(5) Voir le cahier de Lenharréc, communauté voisine (page 596).
(6) 19 ch«vaux en 1773. (Ibid., C, 430.)
VELYE 757
ment qu'environ cinq qui pouvaient avoir récollé pour nourrir leur famille.
11* Article est que ces 44 habitants sont, dans leur hameau, cotés à leur imposition taillable à la somme de quatorze cent quarante livres, taille et vingtièmes (1). ,
12^ ARTICLE est que tous ces habitants, quoique msTuvaise Champagne, ne sont et entendent faire et payer tous les impôts et en général tout ce qu'il plaira à la volonté de Sa Majesté.
13* Article est que si rassemblée des États généraux jette les regards sur la mauvaise Champagne, par la vue des récoltes des bons pays contre les mauvais. Ton aurait des égards au marc de leurs impositions.
14* Article : S*il y avait dans les États, quand les moissons sont prêtes à couper et qu'il plaise à Dieu de les conserver, la visite faite sur la Champagne et sur le Bocage et la Brie, Ion y connaîtrait laquelle de toutes les impositions qu'il devrait être mis par l'abondance de leur récolte et la quantité d'engrais et d'élèves qu'ils font au lieu de la haute Champagne n'aura jamais le même avantage.
15* Article : Ce hameau a véritablement un petit ruisseau
qui commence à couler depuis huit jours, où il y a quelques
saules et peupliers de mauvaises espèces, attendu que le ruisseau
ne coule que quatre mois et le terrain se dessèche en total (2).
J. Charlot, p. Champy, J. Chamfv, C. Férat, Pierre
Champy, etc
Leclercq. (14 signatures.)
VELYE
ANALYSE DU PROCÈS-VERBAL. (La communaulc de Velye (3) était composée de 45 feux. — L'avis pour la convocation fut lu et publié le 1er mars 1789, « par le curé de Germinon desservant Velye ».
(1) Au rôle de 1789 on trouvait 453 livres de taille et frais de collecte, et 712 livres 7 sols d'accessoires et capitation ; restaient de 200 à 300 livres pour les vingtièmes. [Arch, de la Marne, C, 921.)
(2) « Une petite rivière qui naît dans ce val crayeux, dit M. Chalette, le tient frais. »
(3)i4rc/i. de la Marne j ibid. (proccs-verbal, dossier b, pivce 27 /.-Cahier, dossier r, pièce Hô : 4 pages cotces et paraphées par Poirct ; visa de Prieur). Sources doc, acc. — Arch. de la Marne y C, 72/ et /i, ÎOOl : Administration
758 BAIU.IAGE DE CHALONS-SUR-MARNE
— Le 8. les habitants se réunirent sous la présidence de Jean-Baptiste PoiRET, Tun des ofïiciers municipaux de la communauté de Velye ».— Le procès- verbal constate la présence de Claude Bergeat, Jean Poiret, Ix)uis Lcgay, Pierre Prunelle, syndic, Nicolas Le Gentil, François I^ Gentil, Jacques Gallois, Pierre Mahuet. « et autres », ajoute le procès-verbal, dont, d'après les signatures, Jean Legentil et un autre habitant du nom de Poiret. — I^s députés furent le président, Jean- Baptiste PoiRET, et Claude Bergeat, habitants du lieu.]
CAHIER
|La première partie du cahier de Velye est la reproduction textuelle de celui de Bierges^ auquel nous renvoyons (page 87) ; tout au plus trouverait-on çà et Ih quelques mots changés, les mêmes que nous avons signalés au cahier de Renneville (pages 522-523).
Cependant, comme dans ce dernier, le troisième paragraphe de la page 87, donnant en quelques lignes la situation du village et de son terroir, ne peut être le même ; dans le cahier de Velye on lit :]
La communauté de Velye ne possède d'autres fonds que des terres labourables ; elle est composée [de] quarante-cinq feux ; les terres qu'elle cultive sont si mauvaises que les trois quarts de ces terres ne produisent au cultivateur le plus souvent, à beaucoup près, pour la valeur de son travail, et souvent perd sa semence (1).
Le terroir de Velye est situé dans la haute Champagne, terrain bossu et ravineux ; le peu d'engrais que le laboureur porte sur ses terres est exposé à être entraîné par les orages.
Le cultivateur chargé de ces droits d'impôts, etc
[Après avoir reproduit ainsi le cahier de Bierges, avant de mettre la formule finale et de signer, les habitants de Veljx ajoutent les doléances particulières suivantes :]
Et avant de signer, lesdits habitants ont l'honneur de donner
de la communauté; procès avec le seigneur au sujet de la propriété de la rivière en 1777, et du droit de lotis et ventes en 1787 ; usages ; pont ; comptes des syndics. — C, 92t, 938 et 950 : Impositions. — C, 1595 : Cor\'ées. — C, 167i : Pont. — C, 19U : Église et presbytère de Velye, annexe de Germinon. — G, i06 et 107 : Visite de la cure ; — etc,
— Velye appartenait a l'élection de Châlons ; aujourd'hui la commune fait partie du canton de Vertus, arrondissement de Châlons-sur-Manie.
— Dénombrement de 1773 : 40 feux roturiers. — Population : 64 hommes, 62 femmes, 31 garçons et 18 filles, soit 175 habitants.
(1) Le terroir de Velye comprenait 875 arpents de terres labourables et 581 de terres incultes. Il ne produisait que 136 boisseaux de froment (1 pour 1 de la semence), 2,865 de seigle (1 1/2 pour 1), 85 d'orge (2 pour 1), 1,700 d'avoine (1 pour 11, 170 de sarrasin (2 pour 1). (Dénombrement de 1773 : Arc/i. de la Marne, C, i30.)
VELYE 759
Texplication du deuxième article de l'autre part : quant à Fimposition de la taille (1), qu'il serait à désirer que tous biens possédés par l'état ecclésiastique et de la Noblesse y soient sujets, en ce qu'il est prouvé et connu que ces derniers possèdent au moins les trois quarts des meilleurs biens de la France, tant par leurs domaines que bénéfices ; il est aussi prouvé et connu que ces derniers font, tous les jours, l'acquisition des biens du Tiers état, qu'ils réunissent à leurs domaines et, au moyen de leurs privilèges, ces biens ne paient plus taille, ce qui devient onéreux au Tiers état.
Jl serait aussi à désirer que la suppression en partie des employés des ponts et chaussées fût faite, en ce qu'elle est très coûteuse à l'État, et qu'il fut permis aux communautés d'habitants de faire le choix, à prix convenu avec ces employés, pour les réparations qui se trouvent à faire aux ponts, chaussées, églises, presbytères et autres édifices publics, en ce que leurs taxes qu'ils exigent enchérissent au moins d'un tiers le prix des adjudications; preuve convaincante de ce projet : en 178t, le pont de la chaussée de Velye fut dégradé en partie par l'inondation de la fonte des neiges ; les habitants se retirèrent auprès de Monseigneur l'intendant, à l'effet d'être autorisés à faire par eux-mêmes la réparation du pont; Monseigneur l'intendant crut devoir envoyer un ingénieur pour faire visite du pont ; cet ingénieur voyant que, si les habitants étaient autorisés à faire cette réparation par eux-mêmes, il serait privé des droits qui lui seraient attribués, il estima que la réparation du pont devait être faite en entier. La communauté passa à l'adjudication à raison de 6,800 livres, non compris les charrois de matériaux, frais et plus faits.
Après quoi lesdits habitants, ayant réfléchi sur cette adjudication que cette réparation allait les mettre hors d'état de payer à Sa Majesté ce qu'ils lui doivent, n'ont plus voulu consentir à l'adjudication, ont fait de leurs propres mains la réparation solide de leur pont, ce qui n'a coûté que 250 livres (2).
(1) La commimauté de Vcl^'c était imposée pour 1,622 livres 13 sols de taille, frais de collecte, accessoires et capitation au rôle de 1789, et pour 1,»45 livres 10 deniers à celui de 1790. (Arch. de Ut Marne, C, 921.) — Un habitant du village, Pierre Mahuet, avait, en 1782, obtenu un privilège d'exemption d'imposition comme père de dix enfants. (IbiiL, C, 938.)
(2) Dossiers de cette affaire : Arch^ de la Marne^ r, 72/ et Kilt : Devis,
Quant à Tiinpôt territorial, pour tenir lieu de taille et autres impositions, les habitants ont Thonneur de représenter à Sa Majesté que, pour faire la perception de ce droit, il faudrait, dans le plus petit territoire de la Champagne, au moins deux commis pour faire la perception de ce droit, ce qui coûterait à TKtat le produit. Eu outre, ce qui découragerait le cultivateur en voyant enlever ses pailles et peutis (1) qui servent à la subsistance de ses bestiaux. D'ailleurs les privilégiés qui font valoir par eux-mêmes leurs biens prendraient le parti de les affermer, et alors ce serait toujours le cultivateur qui paierait la taille. C. Bergeat, Jean PoiRETi F. Le Geî^til, Jean Le Gentil, J. Gallois, P. Mahuet, Poiret, Pierre Prunel, svndic, Poiret.
(9 signatures.)