CONOY
Sappression des élections. — 4** Par la suppression des élections, les assemblées municipales pouvant s*imposer ellesmêmes, et comme c'est le point le plus important et le plus difficile dans l'exécution, porter une loi par laquelle tous propriétaires seraient obligés de faire une déclaration exacte de tout ce qu'ils possèdent, et, dans le cas de fraude, que les objets cachés soient confisqués, moitié pour les dénonciateurs, et moitié pour la province.
Suppression des corvées. - 5° Par la suppression des corvées, en établissant des barrières d'un lieu de communication à un autre sur les grands chemins.
Suppression des eaux et forêts. — fr^ Suppression des maîtrises des eaux et forêts.
Suppression des gouvernements. — 7° Suppression des grands gouvernements et des gouvernements militaires.
États provinciaux. — 8° Établissement des États provinciaux dans notre province de Champagne.
Suppression des justices seigneuriales. — 9^ Suppression des justices seigneuriales, vu que leurs officiers, nullement instruits du droit, commencent des procédures d'une manière si informe que, souvent, il arrive que, par les incidents qui en naissent, elles occasionnent la ruine des particuliers.
Destruction du gibier. — 10° Quoique les impôts soient portés au dernier degré et qu'aucun seigneur n'en paie, il n'est pas moins vrai que les cultivateurs se trouvent privés des fruits de leurs travaux, par une quantité prodigieuse de lapins et lièvres qui dévastent la majeure partie de leurs empouilles (1).
Pigeons. — 11® Que, d'un autre côté et dans Tinstant des semailles, une partie d'icelles se trouve enlevée par les pigeons qui sont en trop grande abondance et que l'on ne renferme pas (2).
Abolition de la mendicité. — 12*» Qu'il serait nécessaire d'empêcher la circulation des mendiants d'une paroisse dans une autre, et de s'occuper des moyens pour que clia(|ue paroisse puisse être à même de les nourrir (3).
Suppression des huissiers-priseurs. — 13*^ Que la création des
(1) Voir le cahier de Ceruon, page 125.
(2) Voir le cahier d'AuInizeux, pa<;c 60.
(3) Voir le cahier d'Aulnay-aux- Planches, page 45,
charges d*huis$iers jurés priseurs est absolument inutile, les hommes voraces qui en sont revêtus n'étant satisfaits qu*en pillant la veuve et Torphelin ; nous pourrions, trop malheureusement, en citer beaucoup d'exemples (1).
Suppression du casuel. — 14° Qu'il serait nécessaire que le casuel des curés soit supprimé, qu'ils soient seuls décimateurs sur les terroirs de leurs cures et qu'ils soient tenus aux réparations de leurs églises et presbytères.
Suppression des porteurs dordres. — Iffi Qu'il serait bon de supprimer les porteurs d'ordres du Roi ou de ses intendants, subdélégués ou autres, et en charger les correspondances des maréchaussées d'en faire les distributions dans chaque endroit de leurs tournées, gratis.
Tirage de la milice. — 16° Qu'il serait très nécessaire que la milice se tire dans chaque endroit de résidence de maréchaussée, afln d*éviter les grands frais et pertes de temps que les garçons sujets au sort sont obligés de faire, vu leur éloignement des subdélégations ou intendances (2).
Interdiction de charlatans et autres, — 17° Que la santé des malheureux habitants des campagnes étant un objet très précieux à l'État, il serait nécessaire de ne point accorder de privilèges ou permissions à aucuns charlatans qui fourmillent dans nos campagnes et les infectent de maladies (3) par l'administration de leurs mauvais remèdes, et qu'il serait encore nécessaire de ne point accorder de mêmes privilèges à tous rouleurs, vendeurs de chansons et autres, etc., qui viennent enlever l'argent des malheureux (4).
Jeux de hasard. — 18° Quoique Sa Majesté ait défendu les jeux de hasard par différents édits et déclarations (5), les oCR-
(1) Voir le cahier d'Athis, page 41.
(2) Voir le cahier de Beaulieu-en-Argonne, page 71.
(3) De récentes épidémies avaient désolé le village de Congy : udc fièvre putride vermineuse, causée par la misère et la mauvaise nourriture, décima la population de 1770 à 1772. (Arch. de la Marne, C, 363.)
(4) Ces ambulants étaient surtout attirés à Congy par les quatre foires annuelles et le marché qui se tenait tous les jeudis. (Arch, de la Mcwne» C, ^t08.) A ce marché, un des cinq de l'élection de Châlons, on amenait beaucoup de froment et peu de seigle. Des « blavetiers » les enlevaient pour Montmirail, Orbais et autres lieux à quatre ou cinq lieues a la ronde. — On percevait, sur ce marché, un droit de hallage et un droit minage à raison de deux sols par septier.
(5) Notamment par l'ordonnance de janvier 1629 sur les assemblées de jeu (IsAMBPRT : oiw, cit., t. XVI. p. 265); l'ordoixnauce de décembre 1660 ft. XVII,
CONNANTRAY 201
ciers de justice des seigneurs se donnent la licence d'enfreindre
ces défenses, en permettant en public ou dans des maisons
particulières, le commerce de ces jeux.
Fait et arrêté au lieu ordinaire de tenir les assemblées de la
paroisse dudit Congy, tous les habitants y étant cejourd*hui
8 mars 1788, et ont, ceux qui savent signer, signé :
GuiLGAULT, Louis Hadot, Remy Babiot, A. Bardy,
Dupas, etc
Lagouée.
(48 signatures.)
Paraphé par nous, juge susdit, ne varietur, au désir de Fordonnance ci-devant datée les jours, mois et an que dessus.
Lagouée.
CONNANTRAY
ANALYSE DU PROCÈS- VERBAL. [Le village de Connantray (1) était composé de 50 feux. — L*avis pour la convocation fut lu et publié le 1er mars 1789. — Le 6, les habitants se réunirent sous la présidence de Pierre-Charles-Henri Le Clercq, notaire royal du bailliage de Sézanne, résidant à Fère- Champenoise, ancien praticien exerçant en la justice de la prévôté de Connantray pour la vacance des officiers ordinaires de cette prévôté. — Le procès-verbal constate
p. 390) ; celles du 12 novembre 1731 (t. XXI, p. 367), 18 avril 1741 (t. XXII, p. 144), 7 mai 1749 (id, 223), 29 novembre 1757 (id. 275), 12 décembre 1759 (id. 297), 21 avril 1765 (id. 431), renouvelant les défenses des jeux prohibés ; la déclaration du 1» mars 1781 (t. XXVl, p. 425), concernant les jeux défendus. — Un arrêt du parlement du 9 janvier 1789 venait d'ordonner que cette der> nicre déclaration du 1"** mars 1781 serait exécutée dans toutes ses dispositions, enjoignant aux officiers de police de rapporter des procès -verbaux pour constater les délits relatifs aux jeux prohibés où ils devaient indiquer les noms et qualités des Joueurs. (Ibid., t. XXVIII, p. 634.)
(1) Arch. de la Marne, ibid, (procès- verbal, dossier b, pièce Î6i. Cahier, dossier c, pièce 152 : 11 pages cotées et paraphées par Le Clercq ; visa de Thomas).
Sources accessoires documentaires. — Arch, de la Marne ^ C, 577 : Administration de la communauté : usages ; comptes des syndics. — C, 843 ; Impositions. — C, 1589 : Corvées. — C, 1832 et 2890 : Église et presbytère ; — etc.
— La communauté appartenait à Télection de Châlons ; aujourd'hui elle fait partie du canton de Fére-Champenoise, arrondissement d'Épernay.
-* Dénombrement de 1773 : 49 feux roturiers et 1 ecclésiastiqnf . — Population : 91 hommes, 96 femmes, 15 garçons et 11 filles, soit 213 habitants.
la présence de Benoît Dr^rdoise, syndic, Hilaire Landréat, greffier, Edme Landréat, laboureur, Hilaire Dardoise, laboureur, Quentin Pouphil, laboureur, composant la municipalité actuelle de Connantray ; — Claude Dardoise, Hilaire Landréat, Edme- Vincent Landréat, Joseph Pouphil, Jacques Landréat, Louis Crêt Taîné, Claude Dardoise le jeune, Pierre Dardoise, Jean Pouphil, Louis Pouphil, Claude Férat, Louis Dardoise, Jean Chariot, Jean Férat, Pierre Gentil, François Fricot, Jean Brion, Jean Garnier, Louis Crêt le jeune, tous laboureurs ; Jean Marié, manouvrier, Joseph Marguin, manouvrier, Jean Landréat, Hilaire Champy, Sébastien Férat, Pierre Champy, Henri Niquet, Claude Crêt, François Paillard, Nicolas Pouphil, Nicolas Férat Taîné, Nicolas Férat le jeune, Jean Pouphil Taîné, Armand Marié, Jean Gentil, Charles Niquet, Jacques Férat, Antoine Niquet, Jean-Baptiste Simonot, Jean Brion, tous laboureurs et manouvriers. — Les députés furent Jean Charlot, procureur fîscal du lieu, et Benoît Dardoise, syndic municipal, tous deux habitants Connantray.]
CAHIER
Cahier contenant les doléances, plaintes et remontrances des habitants de la communauté de Connantray
1 . — Lesdits habitants sont situés dans un terroir des plus ingrats de la Champagne ; le village sépare le terroir en deux parties, dont Tune est remplie de côtes et hors d'état d'être labourée et cultivée (1).
2. — Le terroir produit 2,500 nombres (2) de seigle, la nombre contient 15 gerbes, ce qui produit 3,600 boisseaux.
3. — Pour semer un arpent il faut 3 boisseaux et on en emblave 600 arpents à trois boisseaux fait 1,800 boisseaux, reste 1,800 boisseaux pour vivre ladite commune le reste de Tannée après les semailles faites jusqu'à l'autre moisson (3).
4. — L'avoine : il faut 4 boisseaux pour semer un arpent et en produit 8 boisseaux par arpent, à 600 arpents qu'on emblave, fait 2,400 pour l'une et 4,800 de produit, reste 2,400 (4) ; de ces
(1) Il y avait 900 arpents de terres labourables (mesure de Paris), et 1,500 de terres incultes. (Arch. de la Marne, C, ^0.)
(2) Ancienne mesure agraire : se disait pour 12 gerbes dans certaines régions, pour 15 gerbes dans celle de Connantray ; il faut 3 nombres de blé pour faire un sctier de grains. (Dic^« de V Académie, Godefroy, Larousse, etc.)
(3) Le dénombrement de 1773 (Arch. de la Marne, C, *30). indique qu'à Connantray, on semait annuellement 1,870 boisseaux de seigle (mesure de Paris), ayant rapporté, cette même année 1773, 2,850 boisseaux.
(4) 2,550 boisseaux d'avoine semés en 1773 n'ayant produit que le même nombre de boisseaux récoltés, déduction faîte de la semence. C'était alors la moyenne. (Ihid.j
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2,400 il en faut 2,800 boisseaux pour vivre les 27 chevaux des laboureurs de la communauté, ce n'est qu*à deux boisseaux par semaine chaque cheval (1), partant il faut encore en acheter en ladite communauté.
5. — Froment : le terroir produit 100 nombres ; la nombre, composée de 15 gerbes, produit 150 boisseaux; il en faut 60 boisseaux pour semer, reste 90 boisseaux à vendre (2).
6. — Sarrasin : il faut un boisseau pour semer un arpent, et en produit trois ; on en emblave 100 arpents, le produit est pour nourrir les volailles, etc. (3).
7. — On fait venir du chanvre, c'est pour faire du linge et autres nécessités corporelles.
8. - La communauté est composée de 50 feux dont il y a 25 laboureurs d'un cheval et un de deux (4), le reste est manouvriers et veuves.
9. — 50 feux dont la communauté est composée, à 90 boisseaux par semaine pour vivre fait : 50 X 90 = 4,500 boisseaux.
Après les semailles faites, il y en reste 1,800 boisseaux, partant, il faut en acheter 2,700 boisseaux à 31^ le boisseau, le tout fait : 2,700 X 3* = 8,100*.
10. — Ladite communauté paie 1.412* de taille, 361* de dixièmes, 240* de corvées (5).
11. — Il faut trois voyages de bois chaque ménage, à 6* la voiture, fait 900*.
12. — L'entretien pour s'habiller et vêtir, à 25* chaque ménage, fait 1,200*.
13. — Pour entretenir les maisons, à 15* d'entretien par chaque année, fait : 15* X 50 = 750*.
14. — Les laboureurs, pour entretenir attelage et harnais, charrons, maréchaux, etc., à 30*, il y a 26 laboureurs, fait : 26X30* = 780*.
(1) 3a chevaux en 1773. fArch, de la Marne, C. 430.'
(2) 102 boisseaux de froment semés en ayant rapporté 204 en 1773 et 153 année commune. (ïbid.)
(3) 255 boisseaux de saiTasin semés en ayant rapporté 510 en 1773. (IbidJ
(4) 24 laboureurs d'après Tétat de 1773. flbid,)
(5) En 1776, la communauté paya en taille, frais de collecte, accessoires et capitation : 1,383 livres de taille. — Au rôle de 1790, elle était portée pour 412 livres d'imposition principale et frais de collecte, 711 livres 5 sols 4 deniers d'accessoires, capitation et rejet, et 189 livres 12 sols 6 deniers pour prestation des chemins, ce qui donne 1,312 livres 17 sols 16 deniers pour 71 contribuables y compris alors trois anciens privilégiés. (Arch, de la Marne, C, 8i3.)
15. — De plus, 340* de rente que la plus forte partie des habitants paie.
16. — Il faut acheter pour 24* de foin chaque laboureur, fait 624* parce que le terroir produit un peu de foin, mais le tout appartient au seigneur.
17. — 250* pour le maître d'école ; si quelqu'un meurt, il faut encore payer M. le curé, etc.
18. — Le sel, à une livre par semaine chaque ménage, fait 1.856*15-^.
19. — Berger, qu'il faut payer de 300* auxquelles il faut la laine pour payer le berger, ainsi le profit est court.
20. — Également le gardien des bêtes à cornes ; il faut nourrir une vache toute l'année pour entretenir chaque ménage de beurre ; on ne fait aucun nourri pour engraisser parce qu'il n'y a point de pâturage (1).