‹ Cahiers de jeunesse 18451846 Ernest RenanChapitre 23 sur 60 · C’esl M. üarnicr qui parle dans toul ce passage · texte numérisé non relu

C’esl M. üarnicr qui parle dans toul ce passage

NOUVELLE MOISSON

d’abord à l’École Normale. .M. de La Romiguière, condillacicn. Puis, M. Royer-Collard, Écossais, il ne parle que de méthode exacte, etc. Puis l’invasion de l8L'i. Les idées étrangères. Madame do Staël prononce jx)ur la première fois le nom de Kant. M. Cousin prend un maître d’allemand, s’enthousiasme de Kant, grandit cette figure. Il fallait un poète comme M. Cousin pour rendre intéressante une jihilosophie si sèche. Puis M. Maine de Biran. M. Cousin adopte de premier abord son idée fondamentale ; le moi est dans la volonté, ce que [je] n’ado[)te pas. Kn d’autres endroits, il semble poserai! contraire le moi dans la volonté, l’intelligence et la sensibilité, comme tous les philosophes. Ainsi, son caractère est de s’enthousiasmer des idées avec lesquelles il est en contact.

Sensibilité, mot mal fait, qu’il faudrait bannir de la [ihilosophie.

Le grand conseil qu’il me donne, c’est de lire et de relire les anciens et les modernes philosophes.

Il me parle de M. Üupanloup. Il ne l’a pas trouvé assez grave, un peu trop mondain (c’est son expression). Il me parle entre autres de son cours, l’endroit où il parla des affiches.

;J2 bis.

Dans les époques de décadence littéraire, le critique se mêle toujours au compositeur. 11 pense à ce qu’il dirait, s’il avait tel sujet à analyser. De là ces expressions : nature m’em-

porte, je pleure... etc. Pourquoi le dire? Ck;s époques de décadence sont fortes en critique, souvent même plus fortes que les grands siècles, mais par là même elles sont faibles en composition ; car celle-ci ne se fait pas par critique, mais la critique est postérieure. A cela il n’y a pas de remède, car, une fois qu’on s’est mis au point de vue critique, plus moyen d’en sortir. Les efforts ne font qu’y enfoncer plus profondément et il n’en résulte qu’un raffinage pire encore. (Voir leçon de M. Saint-Marc Girardin sur la Thébaïde de Stace, ce qui m'a donné occasion de former ce concept.)

Les époques analytico-critiques ont un grand désavantage littéraire et moral. Car pour aller naïvement aux effets de la nature, il faut n’en

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voir pas les ressorts ; croire que tout cela vient on ne sait d’où. Or, quand les rouages sont mis à nu, tout parait mécanique. Le psychologue me montre l’affection comme un appendice attaché à toute perception ; cela me fait craindre qu’en m’y livrant je ne sois jouet d’une machine; or, de cette idée, on passe vile, quoique faussement, à celle de dupe, et comme on n’a horreur de rien tant que de paraître dupe, on se décide à ne pas se laisser loucher. l)e môme, en littérature, il ne faut pas procéder par analyse de rouages. Mais cette analyse est postérieure. (Voir la pensée précédente.) — Après cela, je crois que ceci tient à l’époque de transition, et que viendrait l’époque du plein de l’analyse et de son enthousiasme.

La poésie épique se plaît davantage à peindre les grands caractères, et la poésie tragique les grands caractères (sic). (Cf. Saint-Marc Girardin, p. 97.)

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