l'élise située pres de l*crros-Guirec, Côlesnlu-.Nord
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NEl'HTHALI.
L’(jprc‘uve de l’éloquence n’est pas littéraire; c'est un fait. A-t-elle entraîné où elle voulait? Les hommes les plus éloquents pour moi sont les prédicateurs des Croisades, quoique nous n’ayons pas un seul de leurs discours. Cela dut être d’une incomparable spontanéité. Je songeais à une croisade de nos jours pour la Pologne ; mais où trouver celui qui la prêcherait, sans songer ii lui, entraîné tout entier par un idéal placé là-haut, hors de lui? Nous ne pouvons plus rien faire sans retomber à l'instant sur nous-mêmes.
Oh ! la bizarre philosophie que celte philosophie du xviii' siècle, prenant une sorte de plaisir, que je ne sais par quelle épithète caractériser, à déprimer l’homme, à lui ôter toute force vive, toute création, à lui faire tout emprunter à la nature, la parole et le chant aux oiseaux ; en sorte que le merle aurait eu naturellement ce que l’homme fut réduit à lui emprunter. Merci.
CAHIEIIS UE JEUNESSE.
9 bis.
Je veux que mon épilaphe soit :
cj-.-'ribnc: c'f’S'f
[« J'ai lulU' lies luUes de Dieu... même j'ai eu la victoire »].
Gen., XXX, 8'.
Comme les nations se peignent bien par la couleur de leurs miracles I Com[)arez les miracles de la mythologie grecque, fleuris et sensuels, ceux des Hébreux, grands et divins, ceux de l’Évangile, bienfaisants, ceux des rabbins, plats, conimun.«, viilgaire.^;, d’une couleur bizarre comme la leur, ceux des évangiles apocryphes du môme genre, les miracles byzantins, ternes et sans poésie, ceux de l'Occident chrétien, pleins de douceur et d’idéal. Les légendes des saints d'Irlande, etc. Psychologie. Comparez aussi la légende syriaque (vie de saint Epbrem, etc.) ; la légende des Pères du désert (couleur particulière);
1. Voir Ht Dnn, Souvenirs d'enfrmcc et de Jeunt.'^^y in-8*, p. 303.
SEPHTH ALI.
la légende indienne. Li légende espagnole :
sainte Thérèse, ses miracles.
Cruelle destinée que celle qui lie le penseur aux résultats acquis de son temps, et le force à conquérir à ses risques les données plus avancées. Par là la plus noble intelligence épuise souvent ses forces à conquérir une vérité, qui sera dans quelques siècles le domaine des enfants. Par exemple, si je critiquais le christianisme, dans cinq cents ans je serais en dehors du cercle, je n’aurais plus de valeur, car le problème sera résolu dans les données communes. -Mais c’est toujours honorable. La statue reste, quand tout à l’entour a été balayé.
Il n’y a que les enfants et les esprits vides de choses qui s’ennuient. L’intellectuel est toujours en activité.
Toute classification naturelle renferme pour moi une très riche part de vérité. Mais ce n’est
200 CAIIIEKS DE JEUNESSE.
«]u’à condition qu’on ne s’en tiendra pas à la lettre et à la forme matérielle, car celle-ci prise carrément est fausse. En effet tout est un dans la nature; le monde n’est pas un tout divisé par CîJsiers à lignes de démarcation, c’est un tableau où toutes les couleurs se varient de cent façons et par nuances insensibles. Et remarquez que la môme nuance, le même type peut être ramené plusieurs fois par diverses dégradations, de même que le cercle peut s'amener par les dégra- Note. dations d’une foule de courbes, par exemple, des sections de tous les corps ronds; par exemple, dans les sections coniques et annulaires, il est fils de courbes différentes. De même en histoire naturelle, et ailleurs : le cétacé par exemple. Là, la classification est évidemment en défaut, et son échelle, en exprimant ta moitié de la vérité, est un défaut pour l’autre moitié, coupant des parentés |)our en sauver d’autres. Des classifications multiples faites sous diverses faces, et se complétant sujipléeraient seules à ce défaut. Ces multiplicités .sont utiles. Du reste cette loi d’unité de la nature, ne formant qu’une série continue, un tableau sans lignes rigoureuses, mais pourtant réelles, quand on ne s’attache pas à la rigueur, lignes réelles pour le spectateur, mais non géométriques, cette
NEPHTHALI
loi, dis-je, règne dans tous les ordres. En histoire naturelle elle est la plus frappante (en zoologie et botanique); dans la minéralogie aussi, dégradation des formes des cristaux sur les angles (Cf. levons de M. Delafosse). Dans la linguistique également (voyez mes diverses notes sur la dégradation des procédés linguistiques tout analogue à celle des organes physiologiques. Dans les courbes également. Aussi dans les classifications d’hommes (V. supra n" (>). Tout accuse un fonds unique.
La nature u’csl ]>as réellement une ligne, mais un centre rayant, d oit tout jxirt en se croisant et décroisant, et souvent un seul nail de deux côtés, les classes ne s’ajoutent pas bout à bout, la transition se fait souvent par le milieu ou par le haut. La série n'est pas linéaire; elle est à embranchements. Mais il y a série en ce sens (pie tou! est lié, et naît d'un précédent. Mais lu filUition fondamentale n’est pas encore mise au jour, et d'ailleurs elle n'est pas unù/ue.
Ik
La situation extérieure qui convient le mieux au penseur est décidément celle de simple particulier, ne dépendant d’aucune personne ni institution. En efl'et, qui prend un casier du monde, prend un moule, et force lui sera de se plier
bras et jambes pour y entrer. Jugez comme c’est gênant. Et puis on s’y prépare d’avance, et on y est préparé, et on voit des parents qui font c omme les saltimbanques qui brisent les os de ceux qu’ils veulent loger dans ces étroits réduits. — Ah I que cela m’a fait souffrir aujourd’hui ! j’ai cru découvrir à un moment que j’avais perdu mon idéal supérieur, et que je ne pensais plus qu’à m’emparer d’un casier. Cela m’a fait horreur, et cette horreur même m’a rassuré.
La vie m’est apparue hideuse et sèche comme une cour poudreuse en été. Dominus pais haar- (litatis iimv et calicis mei I ... Hæirdita.s mea placct mihi.
in.
Les catholiques provoquent sans cesse les philosophes à lutter avec eux en bonnes oeuvres, à aller visiter les pauvres, par exemple, etc. En vérité, étrange méprise. Le penseur ne rend-il fias un bien plus grand service à l'humanité par la découverte d’une vérité? Les soins et les besoins matériels sont-ils donc les premiers? Eux-mêmes se garderaient de le dire. (Cf. Discours sur les rapports de tu l oi et de la Jtaison, Daunou, pp. 32,
XEPUTHALl.
Oui, plus j’avance, plus je suis frappé de la ressemblance des critiques des commentateurs du Coran avec celle des commentateurs de la Bible : môme manière de distinguer l’obligatoire et l’abrogé (le conditionnel des nôtres), môme manière de lever les contradictions.
Tout au monde est fait par les lois de l'homme ou du monde : il n’y a que deux sciences, psychologie et physique. L’histoire est psychologie, et c’est par elle qu’on arrive de la manière la plus vive à concevoir l’ordre psychologique; car il est évident qu’il y a là un édifice tout à fait en dehors des corps. Il y a marche, causalité prise de l’esprit à l’esprit. Le physique au contraire dans l'éLil actuel n’édilie pas: il est toujours le môme. Mais il a eu aussi son développement successif, et à la rigueur, quoique actuellement en équilibre, il se développe toujours. — Cet équilibre est-il établi, en sorte que notre système soit acquis désormais à l’univers, et que celui-ci
aille ainsi toujours s'enrichissant, ou bien y a-l-il vicissitude de formation et destruction ? deux systèmes qui me paraissent également [probables]. Dans le premier, l’univers se perfectionnerait, dans le second, il serait stable, dans son universalité, bien que notre nébuleuse suivît sa route.
Je viens d'assister à une thèse de docteur Quel assaut d’érudition! MM. Le Clerc, Villemain, Guigniaut, Garnier, Damiron, Lacretelle, üzanam ; vue là, rUniversité impose; et puis, quel goût exquis, quel ton excellent! M. Villemain surtout m’a ravi ; M. Iæ Clerc est un rhéteur ; mais M. Villemain s’est élevé du premier coup au vrai et haut point de vue, il a placé l’éloquence dans la vérité, non dans la vérité du fait, mais dans la vérité de l’homme (la conviction). Il a merveilleusement dépeint la couleur de ces rhéteurs grecs, artisans dans l'art de la parole, art infini de style. — Son idée sur la critique est aussi fort belle. La critique pour lui ne peut rien faire produire :
1. Il s'unit tliL'SC de M. Ch. Denoît, soutenue en Sorbonne le 11 mars 1846, et intitulée: Essai liistoriqite sur les premiers munttels d'invention oratoire.
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N.iiei. elle anal,yse. 11 repousse en cela la théorie des Allemands (sans les nommer) qui croient qu’elle peut enfanter: le génie seul. Ou voit l’homme de goût exquis. Il blâme ces recherches purement d’érudition; aussitôt qu’au milieu du fatras scientifique, un trait esthétique paraît, il s’écrie: c’est beau, cela! il semblait dormir auparavant. Comme qui dirait: ceci est mon bien.
Excellente conception de l’éloquence : la rhétorique de Fénelon, La Bruyère, opposée à celle des rhéteurs anciens. — De l’improvisation: qu’elle ne s’exerce pas sur un cadre tracé d’avance ; trois plans d’actes dans les facultés de l’improvisateur, ce qu’il dit, ce qu’il dira, étude de l’auditoire. Étudiez-le dans la lettre de Cicéron, où il raconte ses luttes au Sénat...
.Vite i. Les autres, M. Le Clerc, M. Guigniaut, étaient plus scientifiques et [àj un certain point de vue, on aurait pu rire. Mais enfin je ne riais pas, par mes idées sur l’érudition. Mais M. Villemain est tombé dans ma veine, et à certains moments, nous consonnions merveilleusement. — C’était digne d’ètrc vu ; le peu d’appareil extérieur coutrastait avec la gravité et le sérieux, le haut ton de cet exercice. M. Ozanam paraissait dans une singulière solitude d'idées.
Voilà les c'.iç' que j’ai recueillis au vol.
École littéraire hollandaise analogue à l’école allemande : grandes thèses. — Sprengel, Ts/ïüv T jvafw-rô. — L’abbé Vatry, Gédoyn, dans les •Mémoires de l’Académie des Inscriptions. — M. Le Clerc. Belin de Bidiu superficiel. Thèse de M. Gros.
Le traité De OiJkiis, un des plus vivaces au moyen âge. Quand le christianisme recueille la succession païenne, celui-ci en première ligne. Philosophes qui proposent de détruire les œuvres de Cicéron comme favorisant le christianisme,
Di' üfficüs de Saint-Ambroisefd/imsïrorum^ cadre de Cicéron, s’y astreint, pour les clercs; termine par magnifique morceau : s'il est permis de vendre vases sacrés pour racheter esclaves : qu’il est beau de voir ces rachetés du Christ. A l’époque des barbares, basiliques pleines des affranchis (Ozanam).
Platon entrevoit quelque part le gouvernement représentatif, la pondération des pouvoirs. Esclave : Platon en .ses lois discute si permis d’en avoir: il doute. — Aristote dit que s’il y a des nations qui soient l’une vis-à-vis de l’autre ce que le
1. ï,Aîÿ PiUiin sont les morceaux, les fragments, frushnii cibi. Cf. LiWit. 11, 6.
NEPHTHALI
corps est vis-à-vis de l’ànoe, les premières doivent servir les secondes comme le corps l’àrne. Mais il ne décide pas s’il y en a, ou s’il y en aura toujours. (Cf. ma note ad. Senec., Epid., 47.) '
Progrès dans tes mœurs romaines : par exemple dans la famille, lois s’adoucissent, autorité paternelle diminue; mariage de même; d’abord femme vendue, puis dot. Que les modernes n’ont pas traité leurs esclaves révoltés autrement que les anciens. — Je pense, dit M. Garnier, que si au lieu de pourchasser les sauvages du Nord de l’Amérique qui disparaissent par dix mille, on leur avait appliqué un vaste système de servage, on les eût conservés.
M. Saint-Marc ne dit que des sottises, en voulant faire le beau. — Il prétend que les Jansénistes avaient bien raison, que c’est une secte charmante, et qu’ils ont un fondement inébranlable dans l’Épitre de saint Paul aux Romains. Ces hommes de l’Université sont bizarres vis-à-vis le christianisme. Ils l’attaquent jusqu’au petit point où il serait tué : mais là ils s’arrêtent, n’y croient pas, veulent jouir du droit le plus large possible, et se soucient peu d’inconséquence. « Je suis catholique, mais je n’admets pas la bulle Unigenitus. » Mauvaise foi. — I.« stoïcisme pour
M. Saint-Marc donnait aussi beaucoup de place au coeur.
Rhétorique à Alexandre. Lettre en tête : qu’il envoie deux ouvrages, l’un de lui, l’autre de Corax. — Xoie 3. Est-elle d’Aristote? M. Ijg Clerc fait grave difficulté contre : les exemples y sont inventés et non pris des auteurs plus anciens, ainsi qu’Aristote le fait en sa Rhétorique. Cet usage ne peut être d’Aristote, si bon observateur. C’était l’usage des sophistes.
Rhétorique à Hérennius, mise sous le nom de Cornificius à cause d’un passage de Quintilien.
Collection des rhéteurs latins, ne font souvent que traduire les Crées.
Critias le tyran, rhéteur et poète (quelques-uns lui attribuent le Sisijplw d’Euripide); on trouve parmi les rhéteurs latins une traduction d’un traité de lui.
Division que M. Villemain voudrait introduire parmi ces rhéteurs : ceux qui ont précédé — ceux qui ont suivi les grands maîtres. Il en fait infiniment peu de cas. — Les Crées jouant avec la parole. Il y a toujours un pou de sophistes chez les Attiques, Platon sophistise en combattant les sophistes. — Jeu de mots, synonymes, étymologies. Prodicus, Thucydide. On dirait
NKPHTHALI.
Thucydide rapproché des sophistes par ses jeux de synonymes, etc. Une leçon de grammaire.
Vague avec lequel Épiclète parle de l’autre vie.
— Passage de Cicéron où il laisse percer un doute désolant. Dans un dialogue, l’interlocuteur parait convaincu des preuves. Mais lui !...
Perte des dialogues d’Aristote.
Que nous avons peut-être peu de chose du style d’Aristote. Ce sont souvent ses notes pour ses leçons du soir; souvent les rédactions de ses élèves, souvent les deux rédactions sont juxtaposées; de là, la répétition. Quand Ptolémée Philadelphe recueillit ses œuvres, il ne dut pas se montrer difficile, et y admit les écrits de l'école.
Ainsi la Rhétorique à Alexandre est un écrit aristotélicien.
Fait curieux de palimpsestes. Un parchemin où était écrit la République, de Cicéron, avait reçu en seconde couche les commentaires de saint Augustin sur les Psaumes. Au-dessus de cette phrase : Res publica, inquit Africanus, res est populi
— on lisait celle-ci de saint Augustin ; Omnia in Vhrislo uniim corpus. C’est le progrès.
On lui reproche de n’avoir pas assez fait ressortir en sa thèse le rôle d’Homère parmi les an-