‹ Cahiers de jeunesse 18451846 Ernest RenanChapitre 41 sur 60 · Lettre encore inédilt · texte numérisé non relu

Lettre encore inédilt

CAHIERS DE JEl'NESSK.

cadre est infini. On ne pose pas à plein, on voudrait plus, on a faim, et avec les classiques on n'a pas faim. Tout est content. C'est qu’ils sont finis, et les romantiques sont infinis. Or, l’infini est plus. J’aime mieux le sentiment infini du romantisme que le sentiment borné et tranquille de l’autre. L'un est une hyperbole, l’autre un cercle.

Le christianisme ayant été une forme de l’esprit humain, est nécessairement un monde, et fait à lui seul toute une science. De là notion do science ecc/ésinstiV/ne, et des esprits fort larges peuvent s’en contenter, quant à l’étendue, je no fiarle pas de la critique intérieure. Du reste toutes religions en sont là. Islamisme aussi. .Mais christianisme a tout : philosophie, archéologie, histoire, littérature, etc.

Cette édacité de la jeunesse, quand elle a un objet haut et pur, est noble et Ixinne. C’est la spontanéité native (jui se développa sans calcul. Je conçois qu’ensuite, quand on a goûté de tout.

NEPHTHALI

Noie.

on fasse le dégoûté, et qu’après avoir été obligé de tourner les obstacles, on ne puisse plus se figurer que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre. — Rêves! mais combien de grandes choses les rêves ont-ils fait faire, sans parler des doux moments qu’ils ont fait couler! L’idéal entraîne, on ne l’atteint pas, mais on monte haut. Quand ils ne serviraient qu’à nae faire oublier M. Crouzet et ses bambins, ce serait déjà beaucoup.

Sainl-Graal. Les Croisades. Les croisés ne trouvèrent pas ce qu'ils cherchaient, mais ils trouvèrent mieux. Alchimie.

La nation grecque, athénienne surtout, est la nation de la parole; elle en avait un sens exquis; c’était plaisir pour elle. Phénomène qu’un peuple qui a pour plaisir l’harmonie du beau-dire. Voyez des faits curieux, thèse de M. Benoît. Périodes harmonieuses suffisent; c’est du bonbon pour eux, et quand on leur en donne, on a toujours raison. Cela assurément a nui chez eux au vrai et au grand. Ils n’ont pas été aussi vigoureux penseurs. Platon lui-même est sophiste. Pour Socrate, il est en dehors de tout.

Quand j’ai remarqué en moi quelque chose d’afFecté, je réagis très vivement contre par un ton intérieur, calme, froid et vrai, tellement qu’alors le fort non affecté, mais qui pourrait en avoir l’air, suffit pour me donner la nausée.

Il m’arrive souvent, à la vue d’un objet, de l’épurer, ou mieux d’en absolutiser le type. Nul objet ne représente parfaitement un type, mais quelques-uns de ses traits rappellent le type ; alors on élimine de lui tout ce qui n’est pas du type, on y met ce qui est dans le type et qu’il n’a pas. — Quelquefois la ressemblance est si parfaite, qu’on croit retrouver sa création : la joie alors est grande.

Il faut se garder de considérer les droits de l’humanité comme quelque chose de constant et d’invariable. Aristote disait : « S’il existe des

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nations qui soient relativement à d’autres ce qu’est le corps vis-à-vis de l’âme, elles doivent servir ces dernières, comme le corps l’âme. » C’est très profond. Si donc ces nations viennent à se polir et à s’élever, ce droit se perd. — Ainsi aujourd’hui que l’humanité est mûre, il n’y a plus de droit d’esclavage, .\utrefois il y en avait. Et qu’est-ce qui montre que l’humanité est mûre? c’est le fait même de l’abolition, car si le droit est la légitimation du fait, le droit n’est jamais la cause qui fait accomplir le fait. L'abolition de l’esclavage ne résulte pas d’une thèse faite sur ce sujet : elle est le résultat des tendances combinées du siècle qui trouve légitime tout ce à quoi il est porté. Maintenant si l’on veut postérieurement examiner la question spéculative du droit, 1e fait nous servira de base. Là est le mariage du droit et du fait. Le droit n’est pas cause elhciente, le fait le devance et s’il est l’œuvre d’un siècle, il mauifeslp un droit, sans le coiisliluer. De même pour le droit de conquête d’une nationalité, il avait lieu autrefois, plus maintenant.

Le droit est donc variable à la manière de Pascal? Non. Le juste est là-haut invariable ; mais le sujet auquel il s’applique change : l’humanité

passe par diverses phases, l’homme n’a pas toujours eu mêmes droits et mêmes devoirs ; car l’ahsolu se diversifie en s’appliquant au relatif. C’est le rayon blanc se réfractant en couleurs diverses en traversant le milieu. Erreur donc que ces sottes questions générales de droit de l’homme. Les droits de l'homme vont se fondant, à mesure que l’homme avance : il en est tant d’autres qu’il ne possède pas encore, et à la conquête desquels il s’avance. — Ceci me semble capital, et sert de clef, de solution à une foule d’embarras. — Du reste, je le répète, le droit n'est jamais l’initiative. Une nation ne se lève pas un beau jour, parce qu’on lui aura prouvé qu’elle a droit à ceci, mais parce qu’elle se sent mûre. Comme le jeune lion se lève pour la chasse quand il se sent assez fort, sans qu’on le lui dise. Le droit est toujours conforme à celte spontanée exertion de forces. La volonté du peuple ne lé(jilime pas ses actes. C’est dire inexactement; car l’homme ne légitime rien. Mais la volonté du peuple dans sa tendance générale et ses résultats généraux qui ne sont pas œuvre de tels et tels, est conforme au légitime, et dans l’ordre de connaissance, c’est elle qui nous fait connaître le Intime. Ainsi ce qui constitue objectivement la

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Note.

légitimité de la Révolution française, ce n’est pas le fait de son accomplissement ; mais ce qui nous fait connaître cette légitimité, c’est ce fait même. — Il y a dans cette distinction un germe très fécond, qui peut encore s’appliquer à une foule d’autres questions.

Ce qui fait la différence des poètes et penseurs, c’est le genre qu’ils adoptent, et la hiérarchie des genres est celle des hommes, car les forts sont ordinairement parfaits dans leur genre. Boileau, par exemple, étant ce qu’il est, ne pouvait être plus parfait qu’il est : en quoi donc est-il inférieur à M. de Ivamartine, par exemple? En ce que son genre est infiniment inférieur à celui de ce grand poète. Voj'ez, par exemple, son épitre à ses Vers (Epitre X). Classiquement, c’est admirable: mais comme poésie et pensée, que c’est froid ! La poésie donnée comme un art d’agrément, une affaire de procédés et de machines. Par exemple, le procédé qu’il donne à ses vers pour réussir : « Vous pourrez vous sauver épars dans le volume. » Pauvres pensées! et il y en a qui se nourrissent de ces mi.sères et y trouvent un suc.

CAHIEKS DE JEUNESSE.

Pensées ingénieuses ingénieusement dites. Pauvres gens !

Je ne suis pas aicore à même de bien définir ma jmiisêe. Elle na pas l’acnmen necessaire; je la vois se dessiner comme une jmintc de poignard sons un voile, une statue sous un voile.

M. Cousin a un trait de caractère très nettement dessiné et qui le (jeint tout entier. C’est d’ôtre un homme à s’enthousiasmer des autres grands hommes et à se monter à leurs idées.

Cela explique d’abord tous ses voyages philosophiques et donne, en outre, la clef de son idée de l’éclectisme. En effet, quand on a ainsi successivement admiré tous les grands hommes, on est tout porté à trouver du vrai dans tous, à les faire tous s’embrasser, comme on les aime tous, et ctda n’est-ce pas l’éclectisme pur? D’ailleurs, c’est un érudit en philosophie et l’érudit doit chercher à donner de la valeur à tous les objets de ses études. Donc tout philosophe a valeur. Moi-même je suis porté à cela.

NEPHTHAI.I.

Dieu dure-l-il ou ne dure-t-il pas? — Équivoque de mots : si durer, c’est avoir un fond permanent d’existence avec une surface de pliénomènes passagers, alors Dieu ne dure pas ; si durer, c’est continuer d’exister, Dieu dure. Mais en ce second cas, y a-t-il succession ? Ou, en d’autres termes, y a-t-il succession dans l’existence sans succession dans les phénomènes de l’existence?

Ce qu’on regarde comme le réel de la connaissance n’est que bouffissure. Quand on ])ousse au fond, en généralisant toujours, et abstrayant, on arrive réellement à A = A, qui n’est rien. Pour saisir du réel, il faut monter à une certaine boursouflure qui couvre cela; là, on se croit dans le positif; puis, si on dépasse, on retombe dans le néant. Qu’est-ce donc que la connaissance ? Cette pensée m’a souvent fait .souffrir, quand je la voyais ainsi se fondre. En mathématiques de même ; cela paraît du positif, et, en pressant, tout s’en va; on arrive à A = A, ce qui est horriblement

creux. Ce tour m’est arrivé cent fois en cent choses dilTérentcs. Ah! que ne puis-je dire la chose comme elle me paraît ! Se fondre, se dissoudre, le nœud seul a valeur, dénouez-le, il ne reste rien. — Cela s’expliquerait peut-être par les idées de Kant : que raison n’est que forme, et qu’on ne trouvera que creux si on n’y met le positif du fait. (Voir 83 et 89.)

Comparaison qui rend merveilleusement ma pensée; une équation qui, au fond, est identique, mais qui, dans ses termes actuels, renferme une grande complication de termes. Le saisissable n’est que là : poussez-le, vous arrivez k a — a, ce qui n’est rien.

X* ne représente pas, comme je l’avais pensé, l'infini absolu, car on peut poser et on poussera toujours, à moins qu'on ne pose un signe pf)ur l'infini quo uil majun in nullo ordine; alors il y aurait contradiction à pousser plus loin. — Si l’espace, comme le veut Leibnitz, n’est que relation, on ne peut pas lui appliquer le nom d’infini. — Voici mon idée : je perçois une distance infinie qui u’est que relation, et par abstraction immédiate, je passe à la distance de points suc-

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cessifs sans limite, ce n’est donc que relation fictive, et pourtant est nécessaire, puisque la série des points possibles est nécessaire, en tant que points, bien qu’ils ne soient nul être. — 0 abîme ! quand on creuse tout cela, tout se confond et se réduit à l'unité, se fond et se réduit en un point; c’est cruel. Métaphysique, je reviens à mon aversion. Morale et science, là au moins, on tient quelque chose, et quand on analyse, on trouve 0 = 0 .

Rien de plus ridicule que l’emploi du mot inysticiiime dans les philosophes superflciels de nos jours, ceux qui n’y entendent j>as grand’chose. On dit : Il faut le juste milieu, ni fanatisme, ni mysticisme, etc. — C’est fade : il faut tout ou rien; il faut être tout au supérieur; quel goût prendre à la vie sans cela? Tout sacré, tout est saint: [malheur] à ceux qui partagent entre Dieu et le monde! Mais aussi bien conservé-je tout, en faisant tout entrer dans le sacré, le cœur, ma mère, mes livres, etc. — Il faut tout bénir, rien de profane. — Or cela est mysticisme: il faut donc être mystique. Voyez tous les mystiques, ils sont

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saints et beaux. Ce sont les hommes tout à Dieu, quoi de plus pur? — L’erreur est dans la méthode: ainsi Bohni est admirable pour la tendance, faux dans le procédé; car ce sont creuseries. 11 faut être mystique avec le positif et la méthode scientifique. Mystique en ce sens qu’on est tout à Dieu et à l’idéal. — Là est encore le combat du fond et de la forme, comme dans le littérateur penseur, mais non savant, et le savant non enthousiaste et poète.

A bas le juste milieu, et ce mot bête dans son emploi, dont on croit nous faire injure!

Le sentiment de Leibnitz semble différer du sentiment de Kant sur l’espace, car Leibnitz l’appelle relation ; or relation est en dehors de l’esprit : néanmoins il y revient, car cette relation n’étant qu’entre des possibles, elle ne diffère plus d’une conception : c’est une œuvre de l’esprit.

Supposez Jésus-Christ ou Socrate préparant leur

XKl’HTHALI.

discours, quel affreux contresens ! et que cela fait bien comprendre la différence du spontané et du réfléchi !

Quand on songe qu’on renferme sous le mot littérature des hommes si divers qu’Homère et Mécène, par exemple, celui-ci type de la littérature futile, voluptueuse, sans morale (Cf. Sén., Ep., ll i), envisageant la littérature comme un appendice de ses plaisirs, un dessert. O horreur !

Le livre sacré est admirable ; mais rien de plus sot que le commentaire sacré du livre sacré.

Quand on songe que le fond de la connaissance humaine n’est qu’un petit fait tout prosaïque! Où est donc la poésie et le vrai ? C’est une sorte d’écume moussée qui s’élève par-dessus, qui n’est rien quand on presse, qui n’est rien que par le vide interpolé.

CAHIERS DK JEUNESSE.

Qu'il est peu d’hommes pour qui tout ait valeur ; science, morale, poésie philosophie, tout, même l’action. C’est qu'il est peu d’hommes qui soient tout, et chacun nie ce qu’il n’est pas.

Il y a les infinis d’ordres, soumis aux lois du calcul différentiel, et l’infini quo tiihil mnjus, qui est la limite que nous concevons. Je le double, dites-vous. Non, c’est vous contredire.

Je suis assez fort pour apprécier tout et donner valeur à toute science en théorie ; néanmoins j’ai peine à le faire quant au sentiment en tel ou tel moment : par exemple, quand je suis en hébreu, j'ai peine à goûter un théorème de statique. — Au fait, je ne suis pas encore bien assis sur la valeur de chaque science : par exemple, sciences physiques, que valent leurs résultats, quel vital renferment-elles? Elles en renferment sûrement.

NEI'HTHALI.

et je crois que le reste s’y moulera; car il a été naturel que les corps ouvrissent la voie. En vérité, le dogmatique n’est-il pas un phantasiaste qui se prend à ceci ou cela par pile ou tête, et qui alors y tient à pieds et dents?

Mahomet n’a pas pris les traditions chrétiennes et judaïques telles qu’elles sont dans la Bible, mais telles qu’elles sont dans la tradition exégétique, grossissant les mythes, mythes de mythes, légende de légende, acrisia complète, imagination plastique.

Voir n°

Di.

Le mythe s’augmentant, se nourrissant par mtusswicepltoii ou allant grossissant par agglomération, comme le cristal que *" nmm'mn'l sous un bocal. (V. cours de M. Delafos.so, notes, je crois.)

Habitude des écrivains du Nouveau Testament de désigner le jour du jugement (qu’ils croient

CAHIEIIS DE JEUNESSE.

proche), par ces mois : Le jour... par excellence, ou autre tour analogue. — Comparez chez les mu- ■sulmans; ce jour s’appelle par excellence le jour. Par exemple, Coran, iir, v. 102. — V. tameu, nol. ('.aussin, ubi mut cr [jour], x«t’ éîï/t-v, intellir/il. Iiulè (fito, etc.

Mahomet a pris le côté talmudique du judaïsme cl du christianisme. Ainsi ses idées sur hommes, anges, génies et supériorité de l'homme, qu’il tire : 1" de ce qu’.\dam apprit aux anges les noms des choses, et de ce que Dieu ordonna aux anges de se prosterner devant lui. L’ange rebelle Iblis seul refuse, et c’est 1;\ son crime. Qui ne voit que rien de tout cela n’est dans l'Écriture? Mais c’était une pousse que l’esprit mythique avait germée à coté, et lui la défigure encore: car celle adoration des anges devant l'homme est évidemment la tradition chrétienne de l’ordre donné par Dieu aux anges d’adorer son Christ en sa nature humaine, et le crime de quelques-uns fut de ne pas y consentir. — Ainsi ce sont les légendes chrétiennes plutôt que les écrits chrétiens que Mahomet adopta et légendisa encore. Quel singulier fait que cette marche des religions marchant par le rêve, sans

XKl* HTIIAI,I.

critique, suivant leur imagination légendaire, défigurant peu à peu le défiguré, et suivant ainsi la courbe la plus incertaine, comme la raison suit sa ligne ! — Encore les légendes musulmanes sur Abraham, c’étaient traditions de l’Orient, sur la Sainte Vierge, etc. (V. mpra.) C’est en effet en Orient qu’on a commencé à mettre en légendes la vie de Marie. La présentation au temple, sa vio solitaire, etc., sont des créations de fOrient; elles sont empreintes du goût de vie solitaire qui s’y répandit vers le iv' siècle; probablement ces légendes sont des produits de cet esprit. Les solitaires voulant faire la Sainte Vierge aussi belle et vertueuse que possible durent la faire solitaire.

Cf. Coran, ni, v. /O'i. \olcs de M. Caiissin.

11 est impossible que l'érudit ne trouve pas beau ce qui lui a coûté tant de peines. Quoi ! j’aurais donc tant travaillé pour rien : non, non, c’est que cela a en effet un prix supérieur.

Bientôt nous serons à faire le commentaire des

is

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commentaires. Histoire des commentateurs d'Aristote, etc.

!Mt.

11 n’j a qu’un côté sous lequel le christianisme fit rétrograder, c’est l’article de la superstition, .le n’entends pas par ce mot le merveilleux des dogmes : ct;ci rien d’étonnant; mais le merveilleux de générosité, en dehors de l’orthodoxie, devins, sorciers, crédulité, etc., comme celui de nos vieilles femmes, et même quelquefois merveilleux sans raison, on ne sait pourquoi, sans but ; celui-ci, si fréquent dans les légendes, apparaît déjà dans les Pères. C’est une preuve de raffaiblissemenl des esprits. Il ne faut pas tout exagérer. Il est sùr que les Pèies, même les plus philosophes, saint Augustin, saint .\mbroise, etc., .sont plus superstitieux que les penseurs païens, Cicéron, Sénèque, etc. Cela tenait à ce que le merveilleux était leur élément, et comme de droit commun dans le christianisme.

C’est le seul point sur lequel M. Ilavet et M. Carnier avaient raison.

IW.

Il n’y a qu’une nuance insensible du capital au

NEPIITH AI.1 .

|)uéril dans l’ordre de l’intelligence. — Par exemple, il y a tel problème de philosophie, qui à deux doigts de distance fera hausser les épaules ou se fera regarder comme le tout de l'iiomme.

Üe même en littérature : le professeur de rhétorique passe par une insensible contiguïté du creux pédantisme à ce qui a valeur réelle. Le mieux est de ne hausser les épaules de rien.

Toute science n’a réellement sa pleine valeur que pour le philosophe qui y reste extérieur comme sjwcialité; mais qui en délibe le résultat. Il serait bien bizarre en effet que la ^ science ne fût ainsi réservée qu’à servir d’aliment partiel et individuel à tels et tels. Il faut que ceux-ci ne soient (|u'instrument, souverainement utiles, mais enfin ne s'ayant pas pour fin.

Les savants non philosophes ne comprendraient pas cela. Aussi remarquez que tous rentrent dans ces deux types; vaniteux, immoraux, faisant science par gloriole; bonnes gens orthodoxes, qui regardant chrétiennement cela comme vanité, en font tout de même, on ne sait pourquoi, par goût sédentaire, bibliomanie fort vaine. L; .savant

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a (lu prix, mais relalivemenl au philosophe; il est bieu entendu du reste que jamais il n’entendra cela, et qu'il voudra toujours tout confisquer à .son profit. — Mais songez-y ! que ce serait bizarre ! Lji science arabisante existe pour donner à M. Reynaud l’occasion de s’amuser en mémoires savants; la science archéologique pour tel autre, etc. (^e serait un monstre : ou ces choses sont puériles et sans valeur, ou elles en ont une autre que celle-là : or elles ont grande valeur.

L’utilité pratique, par exemple, de l'arabe pour relations des sciences physiques, est encore bien moins que ce que je disais tout à l’heure, et fort heureusement les savants le sentent; car ils traitent foule de questions spéculatives qui n’ont pas de sens relativement à la pratique. I.æs superficielspratiques-grossiers en haussent les épaules. Le vrai est qu’il y a une science vitale, qui est le tout de l’homme, et que cette science a besoin de s’asseoir sur toutes les sciences particulières, qui sont ses membres, et sont belles d’ailleurs en elles-mêmes. C’est l’Église gallicane de Bossuet, belle en elle-même, belle surtout dans son tout»

NEPHTHALI

Fatalisme des nations orientales, sentiment de la personnalité peu dessinée, opposé à l’individualité si énergique et si vivement sentie de nos nations européennes. (V. not. ad Cor., ii, v. 210, cours de M. Reynaud.) Par exemple, ce respect qu’ils ont pour les fous, comme des inspirés, comme d’autant plus près de Dieu, qu’ils ont moins le sentiment de leur personnalité.

io:i

Ridicule critique que celle qui reproche à la poésie moderne de n’avoir pas d’épopée, ou autres reproches semblables. Ou bien vous entendez la forme épique ou le génie de l’épopée : si 1“ c’est bien jx'til reproche; si 2“ c’est faux, c’est faux. Faust, par exemple. Ne pas trop attacher d’importance à ces casiers, ni y ramener tout. (Voyez quelques réflexions fort justes de Henri Blaze, préf. de Faust, p. 17.)

tIcL'the estJuiiiter; Schiller, Apollon.

CAHIEKS DE JEUNESSE.

lOo.

Critique ancienne du temps de Corneille, Louis XIV, etc., ab.surde, petile, mécanique, prenant l’ouvrage comme un [lacune]. Une image (|ue je ne peux rendre. C’est surtout en ces choses que l’expression abstraite ne peut rien, et qu'il faut mettre en scène. Par exemple ce vers de Lamartine :

On n'entendait que le silence

quand il suppose tous les hommes détruits ; ils auraient dit : Il ii’v avait personne là |X)ur entendre. Ils prenaient la poésie en thème de rigueur. (Voyez les critiques de Corneille sur ses pièces.)

On dit : pousser trop loin, c’est subtilité, erreur; juste milieu, arrêtez-vous, peis trop de rigueur. — Cela ne peut être vrai dans l’expression; il y aura une meilleure manière de dire cela; car le fond pratique (!st bon.

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NEPHTHALI

Nos astronomes trépignent contre ces noms de constellations, qui n’ont rien de scientifique, et qui ont mis toute une poésie dans le ciel. Gens (|ui manquent d’un sens. Voyez par exemple les noms qu’ils ont donnés aux constellations du pôle austral, le triangle, le sextant, etc. Quel prosaïsme ! Comparez le Cygne, Orion, etc., ou même les noms populaires, la Poussinière, les Trois- Rois, le Bilton-de-Jacob. — Chacun voit dans le ciel ce qui l’occupe : la mythologie ses mythes ; le peuple ses légendes et ses habitudes, le mathématicien ses instruments.

Poésie, c’est grandeur et faiblesse de l’homme; car c’est l’homme, voilà .son thème. Aussi toute vraie poésie se rap|)orte à cela. Lamartine par exemple voyage sans cesse de l’un à l’autre. Il peut y avoir poésie avec un seul des deux; mais alors l’impression est pénible et incomplète. L’art est de réunir et combiner les deux de manière à produire une impression unique qui est l’homme.

CAllIEHS DE JEUNESSE.

IjB. loi de conlinuilé, ou plus simplement la loi tli“ dégradation rudimcniaire (tel membre en rudimenl, puis .se développe), qui se retrouve partout dans l’anatomie comjiarée, la linguistique eomparée, la psychologie comparée (classilication des caractères), dans retlmographie comjiarée (races d’hommes liées entre elles par des transitions insensibles) prouve ruiiilé de toii.'i les systèmes de choses où on les trouve, la yénération commune. Car dans lejuxta|X)sé artificiel, il y aurait des lignes nettes et crues; telle chose serait ici qui ne serait pas là. Or tout est en tous. Unité des langues, des races, du règne animal (je n’examine pas si la nature n’a voulu dévelojipcr qu’un type; on pourrait admettre plusieurs embranchements sortant de types différents, comme M. Milne- Edwards, sans rejeter la loi de développement rudimentaire dans l’intérieur d’un tyjie, et [c’estj là alors «pi’il faudrait reslreimlre l’unité). — CÀ'ci est capital, à mon sens ; pour les langues surtout. (Voir nnnc:' grammaire hébraïque, passim.)

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