‹ Cahiers de jeunesse 18451846 Ernest RenanChapitre 48 sur 60 · Cliauliuii (Auffrye de) était né à Fontenay · texte numérisé non relu

Cliauliuii (Auffrye de) était né à Fontenay

2. Uartnonics jMéliques et reliijicwies, Paris, Hachette, p. 281.

HOI-MÉMR.

C’est comme un point d’arrêt commun dans la vie de toute la génération. Là on se demande : que devint-il? Que fit-il?

iS'e serait-il pas à désirer que le contact des deux sexes eût lieu même dans l’éducation? Ce serait peut-être le seul moyen de tempérer un peu la revècherie écolière des petits garçons, ce ton brusque, grossier du collège. — Au fait, il est clair que ceci n’est réalisable que dans la famille; aussi plus je vais, plus j’en viens à préférer l’éducation domestique. L’éducation fiublique des collèges n’est jias tenable. Pas de milieu : ou une effroyable licence, ou une haine horrible de l’élève à scs tyrans. Le ton paternel et doux est im{X)ssible. Il faut la manière dure et rude du régiment. Or ceci est affreux, horrible, me fait bondir d’indignation. Ce régime pesant et aigu est capable de tuer toute pensée noble et morale. Le père au contraire a tout ce qu’il faut pour maintenir l’ordre entre deux ou trois frères, il n’est pas besoin de recourir à cet horrible système de répression. Mille sanctions ont de la valeur dans la famille qui n’en ont pas dans le collège.

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Je conçois que pour rinstruclion, on envoie l’enfant aux établissements publics : mais l’éducation ne se fera jamais qu’au foyer domestique» — Là seulement est la mère et la sœur. Or, est-ce sans raison que Dieu a mis tout cela dans la famille? .N’est-ce pas que tout cela est nécessaire pour que l’homme soit complet? — Au contraire, que fait-on? Dès l’âge de sept à huit ans, on vous séquestre l’enfant entre des murs tout noirs, barbouillés d’encre, avec des livres qu’il abhorre. Plus de maman, plus de petite sœur, plus de jeux au coin du foyer. Un régime au tambour.

a Grâce, grâce pour les petits enfants I » (Michelet). Plus de fleurs. Une fois par semaine, on s’en va en rang, et le surveillant à côté. C’est faire l’exercice. Cela, dit-on, forme l’homme constitutionnel, du XIX' siècle, sentiment de l’égalité. — Soit, mais cet homme est horrible. Ah ! que M. Souvestre a bien compris cela. On prend la vie mécaniquement, comme un chemin à enfiler tout droit, exactement l’esprit du régiment. Plus de ces jolies pousses vertes, poétiques et tendres. Quelque cho.se d’uni et de mat, .sans morale, sans ciel, sans idéal. Un honnête horloger, un bon négociant, voila ce qu’on fait. Mais l’homme pur, le génie céleste, un Krummacher, un Herder, nos

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collèges rétoufferaienl. Il faut passer au moule hideux de la vulgarité. Oh 1 que je remercie Dieu de m'avoir préservé de ces étouffoirs ! Le séminaire est bien meilleur pour celui qui sait se maintenir indépendant.

Le poète et le penseur ne peuvent exprimer que la plus petite partie d’eux-mêmes. Le plus précieux, l’intraduisible, l’inexprimable, la fine louche de sentiment, le vif acumen qui n’a pas de nom, tout cela est là, caché. C’est ce qui fait le désespoir des poètes. Car c’est un besoin pour lui de s’exprimer au dehors et ceci n’est pas petit amour-propre. C’est sentiment primordial de la nature, comme l’instinct de sociabilité, etc.

J’ai une nature excessivement réflexe, et aussitôt que j’ai éprouvé spontanément quelque sentiment, ou quelque mouvement, je me replie sur moi-même pour l’étudier et le discuter.

CAHlEnS DE JEUNESSE.

Les politiques ne considèrent jamais que le bien de leur nation, et jamais celui de rhumanité. 11 serait bien neuf si l’on entendait quelque jour, à la Chambre des tribunes, dire : « Ceci est notre avantage, mais ce n’est pas celui de l’Europe, ne le faisons pas. » 11 faut pourtant dire ainsi, comme l’a fort bien saisi M. Garnier. — Ainsi il faudrait faire des vœux pour que notre patrie fût anéantie, si cela était utile au reste du monde. Il ne faut vouloir le bien de son pays que pour celui de l’humanité. Arrière les petits esprits qui n’ont de frères que dans une limite tracée par le hasard I

Le nom de Cattcase est, chez les anciens, un des plus caractéristiques de la géographie par à peu près, étendant la dénomination. (Cf. Tharsis et Ophir, et quae alibi disserui.) Toute montagne orientale et lointaine était pour eux Caucase. On le retrouve dans l’Inde, au Paropamise, etc.

Rapporter à mes recherches sur les procédés de la géographie ancienne.

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Ma philosophie à moi, c’est à peu près ce que d’autres appellent littérature. Le cycle d’idées d’Ozanam, par exemple, répond bien mieux à mon type que ce qu’on spécifie du nom particulier de philosophie, comme Garnier, par exemple.

ün a beau dire, l’humanité et la philosophie vont toujours s’enrichissant de résultats de plus en plus précieux. Il est vrai que quand ces résultats sont bien acquis, on n’y pense plus, et on est tenté de croire que ce n’est rien, tant c’est clair ; on ne considère alors que ce pourquoi on lutte encore, ce qui n’est pas encore passé en droit commun. — L’unité de Dieu (quel que soit le sens de ce théorème, vrai certainement), la dignité de l’espèce humaine, la fraternité de tous les hommes, les principes de liberté politique. — Au contraire, la spiritualité de filme, fimmorlalité de l’âme sont encore â conquérir. C’est le brai'iuvi, posé là au milieu, et pour lequel on se bat.

Désormais, pour exercer une vraie influence, il faudra mêler la science et la critique à la poésie, à la création idéale. Un seul poète, construisant à ses seuls frais, ne fera rien. Le passé occupe trop de place, [K)ur qu’il ne soit pas imposé à chacun d’en dire son mot. C’est comme un système qui ne dirait rien de Dieu.

Dans quelques siècles, il sera beau de traiter ce sujet : De la position des hommes du xix*^ siècle vis-à-vis des religions, et du christianisme en particulier. IVon que je croie qu’alors on sera dans une pareille veine de questions.

Je suis né romantique. Non, jamais je ne me contenterai d’un système intellectuel qui s’en tienne à la forme, et ne fasse que charmer par l’harmonie, système tel que Boileau, par exemple, le dessine dans son Épltre au marquis de Sei-

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gnelay. Non, il me faut l’Ame, quelque chose qui me mette au bord de l’ablme.

Quand vous prononcez le mot forte, porte, etc., quelle différence y a-t-il entre la prononciation de for et celle de te; c’est que te se prononce tout bas : la preuve, c’est que si vous essaj'ez après avoir prononcé le mot forte de reprendre le dernier son que vous avez émis, vous serez obligé de parler comme si vous parliez bas. Ce mélange de syllabes prononcées tout haut et d’autres prononcées tout bas est plus remarquable qu’on ne pense. Avait-il lieu dans les langues anciennes? — Cette réflexion m’a frappé en lisant un passage de la Grammaire raisonnée de Port-Itoijal, ch. vi, 1'^ partie. — Il voudrait qu’on donnât pour nom à t ce qu’on prononce dans la dernière syllabe de forte. Cela ne se peut. Car c’est dire que pour nommer t il faudrait parler tout bas, ce qui est ridicule. Il entend parler de te prononcé comme dans tenir; mais alors ce n’est plus la dernière syllabe de forte.

Il n’y a rien qu’on craigne tant que d’êlre dupe. 11 n’y a pas de forme d’insinuation qui prenne cours plus facilement que celle-ci : vous êtes des sots, vous vous laissez prendre par des fripons. On le croit sans examen, tant on trouve horrible le rôle de dindon. — Cela éloigne du bien une foule de gens, par la crainte d’y être dupés; on se défie de tout pour n’être pas pris. C’est déplorable. Car il vaudrait cent fois mieux être dupé sans cesse que de ne plus croire à la vertu. Au point de vue moral, il est sublime d’avoir été dupé; mais il faut que ce ne soit pas par bêtise.

Il y a certains tours de phrase ironiques qui {)cuvent s’appliquer à tout, et qui ont je ne sais quelle fascination pour empêcher qu’on ose aller ontre. Par exemple, tout ce que l’on dit, .surtout |)armi les catholiques, jK)ur se moquer des stoïciens se montant au ton de la vertu, etc. On se croirait dupe en défendant des gens moqués. De môme pour les philosophes doxYiii" siècle. Depuis qu’on s’en

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est moqué, on dirait qu’il est de mauvais ton de rien dire |)Our eux. Voilà encore un tour fort adroit de cette superficielle école religieuse. C’est de présenter cela comme de l’arriéré tué par le ridicule. Cousin aussi, c’est de l’arriéré, ce qu’on disait l’an dernier, c’est de l’arriéré; ce qu’on disait hier, c’est de l’arriéré. Donne tactique, pour en donner de l’horreur. Car un autre épouvantail, c’est de passer pour un homme du vieux temps. Pauvres gensl c’est eux qui en sont. Et on s’est encore bien plus moqué d’eux. Voilà comme va le monde. On se relève en se moquant de ceux qui nous ont tués en se moquant. Misère!...

Ah! que je me représente cela vivement, et que Je trépigne de ne pouvoir transpirer tout l’acide de ma pensée. Au fait, depuis quelque temps, j’éprouve cela très fréquemment. Ces mouvements ne sont [X)urtant pas éminemment vrais: ils sont mêlés de vrai et de faux. Le vrai est dans le point de vue idéal qui les excite; le faux dans le fait tauquel je les applique. Par exemple, je me figure tel idéal contre lequel j’écume de rage; cela est vrai et bon; car cet idéal est odieux. — Puis j’ap- (ilique cet idéal à telle réalité extérieure, qui a été la cause occasionnelle de sa conception, et ceci est souvent historiquement faux.

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