SOCIALISME ET BOURGEOISIE
Entrée : cinquante centimes; places réservées : un franc.
A partir de huit heures et demie, les places réservées ne seront plus garanties.
A l'issue de la conférence, un punch sera offert au citoyen Conférencier, avec le concours du citoyen Député, du citoyen Délégué, du citoyen membre du Comité général, du citoyen Conseiller municipal, du citoyen Conseiller général, du, citoyen Conseiller d'arrondissement, du citoyen Candidat, du citoyen Futur candidat, du citoyen Directeur,- du citoyen Rédacteur en chef, du citoyen Rédacteur, du citoyen Secrétaire, du citoyen Trésorier et de plusieurs Simples citoyens. Un grand nombre de citoyens Militants y prendront la parole.
On trouve à l'avance des cartes réservées à l'Hôtel des Sociétés savantes, à la Société nouvelle de librairie et d'édition, 17^ rue Cujas, à la Petite République et à l'Aurore.
Ces conférences traditionnelles, sérieuses, utiles, moitié Quartier Latin moitié Paris même, ces conférences bien rythmées se passent traditionnellement, familièrement^ presque familialement. Des orateurs
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habituels, Jaurès, Ferri, Vandervelde surtout, y reviennent périodiquement. Un public habituel y revient fréquemment. Ce sont vraiment des conférences de travail et d'étude, et non pas ce que Ton est malheureusement forcé de nommer des réunions publiques. A plus forte raison n'ont-elles rien, mais rigoureusement rien de commun avec les réunions électorales. Toujours la discussion y est sérieuse et courtoise. Il n*y a jamais là aucxm incident désagréable.
Ou plutôt il n'y avait jamais eu là aucun incident vraiment désagréable, quand le Groupe des Étudiants collectivistes résolut de sacrifier, lui aussi, à ce besoin de concorde qui travaille évidemment le monde socialiste. Ou bien voulut-il faire à Jaurès le plaisir d'inaugurer avec lui aux Sociétés Savantes la méthode évangélique récemment instituée par le citoyen tribun. Toujours est-il que pour la conférence de Jaurès la présidence fut d'un commun accord attribuée au citoyen Marcel Sembat.
Tu as lu dans la Petite République du dimanche 18 février le compte rendu de Gaston Gagniard : « Un punch a lieu dans une salle voisine, (i) où plus de cinquante personnes sont réunies et font fête à Jaurès, à Allemane, à Sembat, à Anatole France, à Foumière, à de Pressensé. » Tu as lu dans le Mouvement le texte sténographié de la conférence. Tu as lu et entendu ces belles paroles que je ne puis m' empêcher de citer :
« Donc, ou le prolétariat n'agira pas, ou il sera constamment mêlé à l'action d'autres classes; Fessentiel
(1) Rectification peu importante : le punch a lieu ordinairement dans la même salle. Des citoyens garçons, s'il est permis de parler ainsi, passent après la conférence et distribuent des consommations aux citoyens consommateurs.
preT^ière annonce
c'est qu'à travers cette mêlée, ce tumulte des éléments il agisse toujours avec sa conscience de classe, avec sa force distincte et organisée, et si, parti distinct, il étend sa surface de contact avec d'autres classes, moi je ne m'en plains pas. Nous voulons la révolution, mais nous ne voulons pas la haine éternelle... (Acclamations prolongées, applaudissements) — Et si, pour une grande cause, quelle qu'elle soit, ou syndicale ou coopérative, ou d'art, ou de justice, même bourgeoise, il nous arrive d'obliger des bourgeois à marcher avec nous, quelle force pour nous de leur dire : ah, quelle joie il y a pour les hommes qui se haïssaient et se détestaient, de se retrouver dans ces rencontres momentanées, dans ces coopérations d'un jour... Et quelle joie par conséquent ce sera, sublime, universelle, éternelle, ^ le jour où ce sera la rencontre définitive de tous les hommes!... (Applaudissements)
» Elle n'est possible que par la propriété commune qui est le signe de la réconciliation. Pour moi, il ne me déplaît pas que, dans son mouvement, dans son développement, le parti socialiste et le prolétariat organisé coupent, rencontrent toutes les grandes causes. Je veux, nous voulons que le parti socialiste soit le lieu géométrique de toutes les grandes choses, de toutes les grandes idées, et par là nous ne désertons pas le combat pour la révolution sociale, nous nous armons au contraire de force, de dignité, de fierté pour hâter cette heure révolutioimaire.
» Et maintenant, camarades, laissez-moi vous le dire, tout cela n'est possible qu'à une condition, c'est que, pour se conduire à travers cette mêlée des événements et des hommes, le parti socialiste soit sûr de lui-même,
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et pour être sûr de lui-même il faut qu'il soit organisé et unifié, pour porter à travers les ^événements la lumière de sa conscience communiste. Voilà pourquoi je considère que l'acte de classe, l'acte révolutionnaire le plus efficace à l'heure présente, c'est l'unification de notre Parti, et voilà pourquoi à vous, jeunes gens socialistes, qui rêvez d'un grand parti unifié, auquel vous irez sans adopter les querelles ou les divisions ou les distinctions d'école, c'est à vous de nous aider touâ à réaliser cette unité en nous soufflant votre cordialité généreuse, afin que nous puissions opposer la fraternité socialiste aux dissentiments de la société bourgeoise !... » (Vifs applaudissements^ acclamations prolongées et cria ^de : Vive Jaurès!,..)
Mais le bon provincial qui s'embarquerait volontaire sur ces rêves amis risquerait le naufrage. Un incident se produisit, dont je te donne un récit d'après un témoin: Le citoyen Sembat, président présomptif, advint en retard. La présidence fut donc donnée au citoyen Allemane. Le citoyen Sembat n'en prit pas moins la parole, au cours de la cérémonie, au punch, autant que je me rappelle ce que l'on m'a dit, expliquant à l'assistance que les étudiants l'avaient prié de vouloir bien accepter la présidence pour contrebalancer,, sinon pour corriger la conférence de Jaurès, pensant bien que Jaurès ne parlerait pas irréprochablement, — les étudiants n'avaient parlé ni pensé que de libre discussion, de discussion ouverte — qu'il ne s'agissait pas de s'imaginer que les auteurs et que les signataires du manifeste le regrettaient, mais qu'ils étaient heureux et fiers et con* tents de le maintenir, que ce manifeste était bien