‹ Caisse générale du commerce et de l'industrieChapitre 8 sur 8 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

513 Actionnaires sont présents; M. JACQUES LAFFITTE occupe le fauteuil; M. MARTIN LAFFITTE et M. A. LEBAUDY prennent place au bureau.

La séance ayant été ouverte, M. JACQUES LAFFITTE prononce le discours suivant :

« Messieurs ,

Aux termes de l'article 3 des statuts de rétablissement que je viens de fonder, la Société que j'ai l'honneur de contracter avec vous devait être définitivement constituée le I er de ce mois.

Cependant il fallait , pour que sa constitution pût avoir lieu, que le capital social fïït souscrit jusqua concurrence de io millions, sauf à compléter ultérieurement la somme de 55 millions à laquelle l'art. 8 a fixé provisoirement ce capital.

La confiance publique a dépassé de beaucoup cette limite.

Le montant des souscriptions , arrêté le 3o sep-

ilfl

tions de 5,ooo francs, et à 2 millions en actions de 1,000 francs. Le capital avec lequel vont commencer les opérations de la Société est donc en ce moment de près de 8 millions versés en espèces dans ses caisses, et de 26 millions en obligations des souscripteurs formant le capital de garantie. Il reste à disposer encore de ao à 21 millions pour compléter les 55 millions du capital déterminé par l'article 8 des statuts.

Ce capital tout entier eût été souscrit indubitablement, si, me conformant à une pratique trop générale en matières d'associations industrielles t j'avais fait appel aux capitaux de spéculation , qui sont ordinairement prompts à prendre l'avance sur les capitaux de placement. Maïs j'ai cherché avant tout, dans les souscripteurs d'actions, de véritables associés ; j'ai voulu les trouver dans le commerce et l'industrie, et les y trouver en nombre le plus grand possible, afin de multiplier les intérêts groupés autour de la nouvelle banque, et d'établir entre elle et les industriels , pour qui elle est instituée , des liens puissants de mutualité.

C'est dans cette pensée que j'ai refusé d'admettre les souscriptions dont le chiffre trop élevé pourrait annoncer des vues de spéculation sur la hausse éventuelle des actions. La composition de cette assemblée, et le grand nombre des souscripteurs qui ont été appelés pour en faire partie , attestent que le résultat n'a pas trompé mon attente. Sur les 34 millions de souscriptions déjà réalisés, 10 millions

sont fournis en garantie par les associés-gérants ; ?4 millions sont partagés entre i35o actionnaires, la plupart appartenant à la classe commerçante et industrielle de Paris et des départements.

Dans cette situation favorable de notre entreprise commune, j'ai cru devoir prendre, à l'approche de sa mise en activité, une mesure qui, je l'espère, obtiendra votre approbation, comme entrant dans l'esprit du paragraphe 4 de l'art. 9 de nos statuts , et conforme à l'intérêt de tous les associés actuels.

J'ai annoncé que les registres des souscriptions seraient clos le 3o septembre, et que les actions à émettre pour parfaire le capital de 55 millions seraient négociées à partir du 1" octobre au-dessus du pair, à la bourse. Le bénéfice qui doit en résulter appartiendra aux actionnaires et formera un premier article à passer, dès le début, au crédit du compte de la réserve.

L'acte de Société ayant reconnu qu'un capital de ao millions pouvait rigoureusement suffire pour constituer l'entreprise et la mettre en état de commencer ses opérations, j'aurais pu me considérer comme suffisamment autorisé à arrêter les émissions à ce chiffre, lorsque l'affluence croissante des souscriptions m'eût démontré qu'il serait facile de placer le surplus des actions au-dessus du pair, et de grossir le fonds de réserve de la plus-value ainsi réalisée. C'eût été, dans la situation des choses, un bénéfice naturel et légitime assuré aux premiers souscripteurs, qui sont avec moi les fondateurs réels de la banque générale.

Mais, Messieurs, tout dans cette affaire ne se résume, ni pour vous ni pour moi, dans une simple question d'argent.

Dans un temps où le principe d'association , ce puissant véhicule de l'industrie, est souvent compromis par des manœuvres tendant à forcer par une rareté factice et un engouement éphémère le cours de valeurs industrielles qui quelquefois ne représentent rien, j'ai dû éviter jusqu'à la chance la plus lointaine de paraître vouloir autoriser des abus criants par un exemple que l'agiotage n'eût pas craint d'interpréter à son profit. Et lorsqu'après avoir réalisé un capital presque double de celui qui avait été fixé pour la mise en activité de l'entreprise, j'ai cru pouvoir, dans votre intérêt, arrêter l'émission des actions au pair, je l'ai fait avec la pensée de vous instruire des motifs qui m'ont dicté cette mesure , et de la fortifier de votre assentiment éclairé.

Cependant, depuis la clôture de la souscription, plusieurs demandes sont arrivées de Paris et des départements ; elles en font présager de plus importantes, en raison de la somme qui reste encore à placer ; j'ai pensé que les intérêts de la Société exigent que la souscription reste ouverte jusqu'au i5 octobre, et j'ai lieu de croire que vous m'approuverez. ( Assentiment général.)

Un objet non moins important que la constitution du capital social, c'est la constitution de la gérance.

Par les articles 3 et 4 des statuts, je m'étais ré-

servé la faculté de m'adj oindre, d'ici au t cr avril i83g, et sauf l'approbation de rassemblée des actionnaires, deux ou quatre coassociés fondateurs qui prendraient part à ma gestion et à ma responsabilité. Jusqu'à cette adjonction , je devais réunir dans ma personne tous les pouvoirs de la gérance. Ces dispositions avaient pour but de me ménager le temps de mûrir par la réflexion et l'expérience le cboix des coopérateurs dont la moralité et la capacité éprouvées devaient être pour notre entreprise des gages certains d'avenir et de prospérité.

Elles étaient d'ailleurs conçues dans le même esprit de développement mesuré et progressif qui avait présidé à la rédaction des statuts, alors que l'on ne pouvait prévoir, avec une complète certitude, quelles limites la formation du capital primitif et l'essor de la confiance publique assigneraient dans les premiers temps aux opérations de la Société. Néanmoins, il en résultait un danger qui avait frappé quelques esprits sages r et dont je devais me préoccuper plus que personne dans l'intérêt de l'entreprise à la fondation de laquelle j'attachais mon nom : c'était celui de mon décès qui, survenant avant l'organisation définitive de la gérance , eût - forcément entraîné la liquidation de la Société.

Cette considération a dû acquérir de jour en jour plus de puissance sur mon esprit, en voyant se rapprocher , beaucoup plus rapidement que je n'osais l'espérer moi-même, le moment où la réalisation complète du plan que j'ai conçu pour étendre et vivifier le crédit commercial, imposera à la gé-

rance des travaux auxquels les forces et le dévouement d'un seul homme ne pourraient suffire.

Aujourd'hui, Messieurs, je suis heureux de pouvoir vous dire que j'ai rencontré dès mon début deux appuis sur lesquels je me suis reposé avec confiance, et chaque jour est venu me convaincre que je ne pouvais la mieux placer.

Il m'a paru convenable et opportun de soumettre dès aujourd'hui à votre approbation le choix que j'ai fait de mon frère, M. Martin Laffitte, pour l'associer à mes travaux.

Ce nouveau gérant que j'ai l'honneur de vous présenter , Messieurs , a fait pendant longues années ses preuves d'une capacité commerciale qu'ont pu apprécier les places de Bordeaux et du Havre, où il a successivement géré une maison importante; son expérience consommée dans les affaires de marchandises et dans les transactions du commerce maritime sera d'une grande utilijté à notre banque pour toutes les opérations qui s'y rattachent. Depuis sept ans qu'il est chargé de l'importante et difficile direction du Mont-de-Piété de Paris, on a vu s'opérer dans cet établissement, qui est la banque des classes nécessiteuses, des améliorations qui tournent toutes au profit de l'humanité, et dispa- ' raître des abus contre lesquels depuis longtemps l'opinion publique réclamait en vain. Il ne m'appartient pas sans doute de fairè ici l'éloge de l'habileté et de l'activité administratives qu'il a déployées dans cette direction; mais il m'appartient de déclarer que sa coopération m'a par ' . offrir à

notre établissement toutes les qualités désirables.

. L'existence de la Société reposant ainsi sur la téte de deux gérants appelés à s'aider et à se suppléer Fun l'autre, est dès à présent à l'abri des chances de dissolution dont j'ai parlé tout à l'heure.

Néanmoins cette constitution de la gérance ne saurait être considérée comme complète , et il est conforme à la nature des choses comme aux prévisions inscrites dans nos statuts, qu'elle reçoive dans un délai rapproché un surcroît de force et de garanties par l'adoption au moins d'un nouvel associé-gérant.

Ce choix pourrait être prompt et facile , s'il devait être déterminé par ces considérations qui frappent d'elles-mêmes les regards, telles que celles de la richesse ou d'une notabilité toute faite ; mais il est dans ma pensée, et sans doute aussi dans la vôtre, de rechercher de préférence le mérite modeste, et de trouver surtout dans les services rendus à l'entreprise le gage de ceux qui lui seront promis pour l'avenir.

Sous ce double point de vue, et dans la prévoyance d'un vœu que vous exprimeriez, Messieurs, pour rapprocher le moment où la gérance sera constituée dans les conditions normales de nos statuts, mon attention s'est déjà fixée sur M. Lebaudf y qui, jeune encore, tient un rang honorable dans le commerce de la capitale , et qui m'a prêté le plus utile concours dans les travaux multipliés qui ont préparé l'organisation de la Société. Nul ne me paraît avoir mieux compris les idées qui lui

servent de base, et dont il s'est rendu l'habile et intelligent interprète dans un écrit, probablement connu d'un grand nombre de membres de cette assemblée.

M. Lebaudy est prêt à justifier par une gestion de dix-huit mois , en qualité de mandataire , le choix que j'ai fait de lui. Déjà les conventions arrêtées entre nous lui donnent les avantages et les pouvoirs d'un associé y avec l'assurance de vous être présenté le I er avril 1839 en qualité de cogérant, et la mise de fonds qu'il aurait à faire pour la garantie de sa gestion est déjà effectuée.

Je vous présenterais donc dès aujourd'hui M. Lebaudy en qualité de troisième associé-gérant , si je n'avais trouvé plus d'avantage à lui laisser le temps d'acquérir, par sa coopération active aux travaux de l'établissement , de nouveaux titres à votre confiance, comme ses services lui en ont déjà acquis à la mienne. Cependant, si vous pensiez, Messieurs, qu'en vous le présentant dès aujourd'hui avec le rang et le titre de cogérant, j'ajouterais aux garanties, à la sécurité de la compagnie, j'y accéderais avec plaisir.

Aux termes de l'article 19 des statuts, vous êtes appelés aujourd'hui, Messieurs, à choisir parmi vous les quinze délégués qui seront spécialement chargés de surveiller en votre nom les opérations des associés-gérants, et dont les pouvoirs, pour cette fois seulement, sont limités à une durée de quinze mois.

J'ai maintenant à vous entretenir d'une question

pour laquelle, à raison de son importance, je réclame toute votre attention.

Il est bien difficile de servir franchement l'intérêt général sans froisser plus ou moins les intérêts particuliers qui vivent à ses dépens, sans avoir à se garantir de leurs embûches, à se défendre de leurs agressions. L'établissement à la tète duquel je me suis placé ne pouvait échapper à cette condition qui est imposée à tout ce qui est utile et nouveau, et j'aurais moi-même douté de mon œuvre si je ne l'avais vue en butte, même avant que de naître, aux attaques des passions envieuses et des préjugés routiniers. On n'a pu cependant abuser un seul instant l'opinion au point de l'amener à confondre l'intérêt de la Société industrielle avec celui de quelques individus qui ont été jusqu'à ce jour en possession de l'exploiter. On s'est donc avisé d'un autre moyen. On a tiré parti de quelques paroles qu'on a dénaturées, de quelques dispositions mal interprétées des statuts de notre entreprise, pour accréditer l'idée absurde d'une guerre de concurrence que je prétendais faire à la Banque de France, et dont les fâcheux effets ne pouvaient manquer de rejaillir sur le commerce et l'industrie, en dissipant dans une lutte stérile les forces productives et la puissance féconde de deux établissements qui ne devraient rivaliser que de zèle pour le bien public.

J'avais dit dans la lettre publiée par moi , le 1 5 juillet dernier: « Je ne dissimule nullement ma pen- «sée; je n'établis d'abord qu'une maison de ban-

«que ordinaire; mais j'ai en vue de la convertir, « par le choix de mes associés et de leur coopéra- « tion , en une véritable banque générale du com- « merce et de l'industrie. »

On s'est prévalu de ces paroles pour accréditer des préventions, propager des défiances, susciter des alarmes vraies ou simulées sur la portée et le but des développements ultérieurs dont elles annonçaient l'intention. L'administration de la Banque de France s'en est émue elle-même; non que les hommes éminents qui la dirigent aient pu s'associer à des craintes chimériques que, dans tous les cas , de courtes explications entre eux et moi eussent aisément dissipées; mais un établissement dépositaire de si graves et de si nombreux intérêts peut légitimement se préoccuper des inquiétudes qui se manifestent autour de lui, alors même qu'il n'y est point accessible.

La Banque de France peut craindre de paraître exposée à se voir troublée dans l'exercice de ses attributions actuelles et dans la jouissance des privilèges qui lui sont dévolus. De son côté , la Banque générale du commerce et de t industrie, appelée à se mouvoir à côté d'elle et dans une sphère moins circonscrite, n'a nullement intérêt à ce qu'on lui suppose des idées de concurrence qui rétréciraient le champ de ses opérations et l'éloigneraient du but d'utilité générale qu'elle s'est proposé. Il est dans la nature des choses que la Banque de France trouvé dans un établissement créé surtout pour augmenter dans de fortes proportions la matière escomptable,

le plus solide et le plus productif de ses clients; la Banque générale du commerce et de l'industrie, à son tour, admise par elle à présenter à l'escompte les valeurs de son portefeuille et à jouir des avantages d'un compte courant, trouvera dans cette institution un utile et puissant auxiliaire , sous le double rapport de la facilité de ses mouvements et de la simplicité de ses rouages administratifs.

Ces avantages , Messieurs, sont dès à présent acquis à notre entreprise, moyennant quelques modifications auxquelles je n'attache pour mon compte aucune importance, mais qui ont paru nécessaires pour aller au-devant de toutes les inquiétudes et rassurer les esprits les plus ombrageux.

Afin d'écarter toute idée de rivalité hostile r on m'a demandé de substituer le mot de caisse à celui de banque dans le titre donné à l'établissement que je fonde aujourd'hui. Gette désignation de Banque générale ne m'a point paru précieuse et significative à tel point que celle de Caisse générale ne put lui être substituée sans le moindre inconvénient : l'enseigne peut changer, mais au fond les choses resteront les mêmes. (On rit.)

La rédaction des articles 29, 3o et 3i de nos statuts, relatifs à la création des billets de crédit, a fait craindre qu'il ne fût question d'empiéter sur le privilège dont jouit la Banque de France, d'émettre des billets au porteur et sans intérêt, payables à Paris , pour y faire office de papier-monnaie.

Les explications que j'ai données , dans une conférence quia eu lieu sur cet objet, ont facilement

dissipé ces inquiétudes; et, pour en prévenir le retour, j'ai cru pouvoir admettre sans hésitation, sous la réserve de votre assentiment, la rédaction suivante, qui m'a été proposée, pour remplacer dans nos statuts les articles que je viens de rappeler :

ce Les gérants sont autorisés à créer, pour les « opérations de la Société , des billets payables dans « les départements et à Paris.

«Ces billets seront à ordre ou nominatifs, à « échéance fixe ou à un ou plusieurs jours de vue , « transmissibles par endossement , avec ou sans gâte rantie.

« Ils porteront intérêt au taux qui sera déterminé a au moment de la création.

« Ceux payables dans les départements pourront « ne produire aucun intérêt. »

Ces changements, Messieurs, ne m'ont pas paru de nature à porter une atteinte réelle aux bases sur lesquelles doit reposer l'entreprise dont j'ai conçu le plan, et je n'ai pas cru, en les admettant, lui faire acheter d'un trop haut prix les avantages qui doivent résulter d'une assistance mutuelle et d'une bonne volonté réciproque entre elle et la Banque de France. Je ne saurais trop le répéter, le champ est assez vaste pour que la Banque de France et la Caisse générale remplissent l'une et l'autre leur destinée sans se faire obstacle : ni l'une ni l'autre n'ont d'intérêt à se nuire, ni l'une ni l'autre n'en ont la volonté.

La Société néanmoins étant aujourd'hui définitivement constituée, j'aurai à vous consulter, Mes- - -

sieurs, tant sur le changement à faire dans la désignation de l'établissement, que sur les modifications à introduire dans les statuts en ce qui concerne les billets de crédit. Je ne doute pas de votre consentement unanime, car chacun de vous comprendra de quelle importance doivent être pour la Société les relations qu'il dépend d'elle de former à ce prix avec la Banque de France.

En terminant cet exposé des éléments constitutifs de l'entreprise à laquelle vous vous êtes associés, et des travaux importants par lesquels vous êtes appelés aujourd'hui à compléter son organisation, qu'il me soit permis, Messieurs, de me féliciter avec vous de la voir se fonder sous de favorables auspices , et préluder aux succès auxquels elle est appelée par ceux qu'elle obtient à sa naissance. Je vous annonce avec bonheur que nous avons partout les sympathies du commerce; partout l'esprit d'association s'éveille à notre appel; les propositions les plus avantageuses me sont déjà adressées; le pays a compris mon œuvre; le crédit commercial va donc recevoir une impulsion vivifiante et prendre de larges développements. Le crédit, Messieurs , est l'âme de l'industrie et la véritable mesure de la prospérité matérielle des États; son action n'est pas moins puissante dans l'ordre moral, puisque, appelé à répartir les capitaux entre les travailleurs dans la proportion de leur valeur individuelle, il classe les hommes d'après leur moralité et leur capacité, titre supérieur dans son appréciation à ceux de la naissance ou de la richesse oisive.

L'insuffisance des institutions de crédit est pour notre pays, relativement à d'autres États plus avancés sous ce rapport, un principe d'infériorité qu'il importe de faire disparaître. La France , avec une circulation en numéraire double de celle de la Grande-Bretagne, atteint à peine à la moitié de la production , de la consommation et du commerce extérieur de ce pays voisin, et pourtant la France est plus vaste , plus fertile et plus peuplée que l'Angleterre ; les terres et les capitaux mobiliers y sont plus équitablement répartis. A quelle cause attribuer cette fâcheuse différence, si ce n'est au défaut de ces établissements de crédit, doués de l'admirable faculté de mettre en circulation, par des signes commodes et à la portée de tous, la richesse existant sous toutes les formes; de réaliser dans le présent les produits que l'industrie créera plus tard, et de simplifier, en les centralisant, les opérations si variées et si nombreuses de la comptabilité commerciale?

Ces idées, Messieurs, ont fait le sujet des médi* tations de ma vie entière. Appelé au milieu des circonstances pénibles et difficiles dans les conseils de la nation , j'ai eu le bonheur de contribuer par mes efforts et mes exemples à la fondation du crédit public dont la France recueille maintenant les fruits salutaires, et qui est un des principaux éléments de sa puissance.

Messieurs, je ne puis me voir sans émotion rendu à des travaux qui doivent m'étre chers , et prêt à couronner par une entreprise digne de tous mes

efforts une carrière utile et dans laquelle j'ai peutêtre fait quelque bien. Il me semble , au milieu de vous, que j'oublie en un instant beaucoup de mécomptes passés et les amertumes des grandeurs politiques , qui n'avaient rien promis d'ailleurs à mon ambition, et dont je n'acceptai le fardeau que par dévouement à mon pays.

L'avenir avait pour moi des dédommagements en réserve, et le a octobre 18^7, jour où je reprends le commerce, me console du 1 9 janvier 1 83 1 , jour où je l'avais quitté. »

L'émotion de M. J. Laffitte est partagée par l'assemblée, qui couvre son discours des plus vifs applaudissements.

M. J. Laffitte demande ensuite si les modifications qu'il a jjropoâées rencontrent quelque opposition dans l'assemblée. Aucun actionnaire n'ayant réclamé la parole, M. A amont Thiéfille, notaire de la Société, sur l'invitation de M. /. Laffitte , donne lecture des rectifications telles qu'elles seront arrêtées par acte authentique. Chacune de ces modifications est mise successivement aux voix et adoptée à l'unanimité.

La Société ainsi définitivement constituée , M. J. Laffitte a oonsulté l'assemblée sur le choix de M. Martin Laffitte et M. A, Lebaudy pour ses associés. La proposition , mise aux voix , a été adoptée à l'unanimité.

L'assemblée, attendu l'heure avancée, ajourne au vendredi, 6 octobre , la nomination des quinze délégués.

Enfin, ledit jour 6 octobre, les actionnaires, réunis au nom*

bre de trois cent neuf en assemblée générale , pour l'élection des quinze délégués , ont nommé au scrutin de liste :

MM. Chauviteau, banquier,

Colot, directeur de la Monnaie, Legros, maire de Paris, Brouillard, banquier, N. Koechlin, manufacturier, Decroix, agent de change, G. Durand, négociant, Collas, ancien négociant, Bartholony, rentier, Lererthe-Lopinot, négociant, Aumont ThiéVille , notaire, .

Riant, marchand de fer, Fourchon , négociant , Leboeuf, banquier.

Soccard-IVJagnier, rentier.

TYPOGRAPHIE 1»P. PI RM IN DIDOT F IIP. A F* »

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