‹ Calas, mélodrame en trois actes et en proseChapitre 12 sur 54 · ANTOINE, AMBROISE · texte numérisé non relu

ANTOINE, AMBROISE

ANTOINE

Oui, ma mère a raison • il eh. tems de mettre un terme à nos chagrins; mais, hélas! comment en avouer la cause... Oh! si le père d'Iiortcnse consentait. . Alors j'avouerais tout à mon père!.. Mais s'il faut abjurer ! . . . ( Ambroise entre dans le jardin. ) O ciel ! mon sort est décidé.

ambrotse , s"* avançant lentement.

Il est seul ! . . . Allons , il faut triompher.

ANTOINE

Je n'ose l'interroger I

AMBROISE

Mon ami , je tous apporte en tremblant la réponse que j'avais prévue.

ANTOINE

On rejette mes offres.

AMBROISE

Aussitôt que j'ai paru, toute la famille s'est assemblée , l'impatience et la crainte se paiguaient dans les regards que chacun attachait sur moi. Pour votre amante, son âme confiante et pure se lisait sur son visage j elle ne songait à cacher , ni son trouble , ni son espoir. Je tirai de mon sein cette lettre' fatale, et sans avoir le courage de rompre le silence , je la présentai h son père. . . Epargnez -moi les détails d'une scène trop douloureuse. . . l'émotion que' j'en éprouve encore vous en apprend assez.

ANTOINE

Il n'est donc plus d'espoir.

AMBROISE

Il n'en est plus ! . . Demain, Hortense abandonne le monde, un cloître se ferme sur cette infortunée -, sa jeunesse, sa beauté y périront dans les larmes , etqjs'eifuceroiu du souvenir des hommes 1 antoine, avec un profond désespoir.

Hortense \, . Hortense ! . .

ambroise , du ton le plus animé.

Malheureux !. . faudra-t-il donc que vous soyez son bourreau . A dix-sept ans, parée de tomes les vertus, de toutes les grâces, brûlant pcmr vous de la plus chaste flamme, vous la plongeriez^,

vivante et de vos mains , dans le tombeau ! . . TNon , elle ne peut îe croire ; son amour , son cœur lui détend de vous accuser de tant de barbarie ! . . son regard me le disait en la quittant; et moi , j'ose aussi vous défier d'accomplir cet horrible ? cet inutile sacrifice I . . laissons à des cœurs plus froids , de vaines discussions ; j'en appelé à votre seule conscience, au cri de nature, à cette voix qui déjà retentit dans votre âme.. . Dieu vous onionne-i-il d'immoler sans pitié la plus touchante créature ! veut-il que tous les deux vous descendiez dans la tombe? quand sa bonté divine vous appelle 7 vous unit, et s'apprête à répandre tous ses bienfaits sur vous. . . Mon ami , ne voyez-vous pas que le sentiment qui remplit votre aine est l'ouvrage de la providence ? pour triompher de vos terreurs, cédez à son empire i.. venez , vuiez , mon jeune ami, venez rendre la vie à des parens au désespoir ! venez contempler de vos yeux celte douce et tendre victime J^ui meurt si vous l'abandonnez, et qu'un mot de votre bouche petit arracher au trépas ! . . venez ! ( // cherche à V entraîner. )

ANTOINE

Ah ! que m'ordonnez-vous ?

awbkoise.

D'écouter votre cœur.

ANTOINE

Mon cœur! . . ah ! si j'osais l'entendre , je serais aux pieds d'Hortense-. . . mais abjurer!. . grand Dieu ! comment l'oser dire à mon père, soutenir ses regards. . . peut-être son indignation !.. O mon ami, je n'oserai jumais!

AMBROISE

Vous n'oserez jamais ! . . c'en est assez ? j'ai lu dans votre cœur... votre consentement vient de s'eu échapper', c'est maintenant à l'amitié d'achever l'ouvrage de l'amour!

ANTOINE

Que dites-vous, 6 ciel!

AUBROISE.

Vous m'avez tout appris , vous craignez un éclat, vous tremblez d'affliger votre père , vous restez incertain entre l'amour et la nature 5 et bien , le ciel m'inspire le moyen d'accorder tous ves devoirs. Cetie nuit, dans le silence, dans le plus grand secret , sans témoins, sans pompe , sans aucun appareil , nous nous réunirons dans le temple voisin. . .

Antoine, effrayé.

Ah!

AMBROISE

Personne n'en aura connaissance. Satisfaite et tranquille 9 votre jeune épouse elle-même favorisera ce mystère. Heureux . vous cesserez d'affliger votre famille, et tous les cœurs renaîtront au honh;ur !.. Eh ! quoi , vous hésitez encore ? . . vous tremblez !

ANTOINE

Crue 1!

/ • Ambroise.

/Songez à la douleur d'IIortcnsc , à son amour. . Songez qu'elle empire peut-être î

ANTOINE

Ali ! c'en est fait , oui , Hortense doit l'emporter !. . allez. . . ne me donnez pas le teins de me reconnaître moi-même. ( II tombe accablé sur une chaise de jardin, pincée à sa gauche.)

ambroise , à part.

Je triomplie! (haut) Je cours porter à votre amante le gage de son bonheur !( à part) Allons tout ordonner pour la cérémonie! demain , Toulouse connaîtra ma victoire ! ( // sort rapidement parla grille , et ne monte point le rempart.)

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