SCENE V
EDOUARD , seul.
Accuser un père du meurtre de son fils! . . Cruelle prévention . . funeste et barbare ignorance, voilà bien ton ouvrage ! C'est par toi que des hommes, des frères, en fans d'un même Dieu, brûlent de répandre leur sang!â et des médians , des monstres, excitent ces haines insensées ! s'en font des armes sacrilèges, et trouvent ries complices pour louer leurs forfaits ! Infortuné Calas! soixante années de vertus, une existence irréprochable, rien ne peut te sauver !..tm seul mot t'a proscrit I (Jeannette amène. Pauline* )
SCElVE VI EDOUAUD, JEANNETTE, PAULINE.
JEANNETTE
Oui, mamzelle , c'est lui; c'est M. Edouard qui veut vous parler.
PAULINE
Edouard I
EDOUARD
Ah! chère Pauline!
PAUMNE.
Mon ami. pourquoi n'entrez- vous pas chez ma mère? Elle vous attend avec tant d'impatience!.. Ah! venez... vous seul pouvez rendre le courage à mes parens!
EnocAr.n.
Le courage ! . . ah ! Pauline, comhien il leur en faut ? vous êtes loin encore de connaître la grandeur du péril qui menace voire père.
PAULINE
Mon père.
EDOUARD
r* Si les cris d'un peuple en fureur n'allaient bientôt vous l'apprendre, il vous serait impossible de me croire: moi-même, je doute encore si mes sens ne m'ont point abusé.^Ah! c'est la haine, qui cherche et demande une victime, car il est hors de la nature d'accuser un père du meurtre de son fils.
Que dites-vous , 6 ciel !
JEANNETTE
Quoi! M. Calas. . .
EDOUARD
Chère Pauline! ..la douceur de votre ame, l'innocence de votre cœur, votre jeunesse, et surtout la prudence de vos parens, ont mis, jusqu'à ce jour, un voile entre vous et les cruels préjugés des hommes! jamais vous n'avez su jusqu'où l'imagination égarée, pouvait porter |a prévention -r"^ jamais vous n'avez pu soupçonner à quelles injustices l'erreur peut entraîner !. . vous Frémissez. . . eh bien, oui , Pauline, on dit que votre frère devait changer de religion , et l'on accuse votre père de l'avoir immolé.
PAULINE
Dieu !
EBOUARD.
Oui, Dieu... c'est lui seul que l'on peut invoquer contre une semblable horreur.
TAULINE.
Un père , immoler son fils l . . mon ami 7 ce crime est-il possible?
Edouard.
Non. Pauline.
P* UllNE.
Eh bien, mon père le justifiera.
ÉDOUAnD.
Il est perdu si nous ne parvenons à l'arracher à ses accusateurs, à ses juges , au peuple de cette ville ! . .Chère Pauliie^, j'ai compté sur vous , sur votre courage , sur l'empire que vous donne l'amour <le vos parens ; pour les sauver du dernier malheur.
Pauline.
Oui, Edouard j parlez, que faut-il faire ?
EDOUARD
Il faut ohtenir de votre père qu'il abandonne sa maison, qu'il fuje, qu'il sorte de Toulouse.
pauune.
Au milieu de la nuit ?
Edouard.
A l'instant ; mais en réunissant nos efforts pour l'entraîner loin d'ici , twdre amie, ménageons le cœur d'un père ; qu'il ignore qu'on l'accuse d'un parricide : il n'aurait point la force de résister à celte % horreur.
PAULINE
Oh î non , nor ... ma mère surtout !.. O Edouard , que mon cœur est touché de votre amour pour ma famille.
.ÉDOUA D.
Allons, chère Pauline, ne perdons pas un instant.
PAUL! e.
Venez. ( Ih vrnf pour entrer dans l'appartement ; tout-à-co'/p des .oix conf usent et des cris se font entendre ; ils s'arrêtent *jf'rayés. )
EDOUARD et P ULINE.
O ciel. ( Jacob accourt avec effroi. )