‹ Calas, melodrame en trois actes et en proseChapitre 14 sur 65 · AMBROISE, ANTOINE · texte numérisé non relu

AMBROISE, ANTOINE

(, Anloine s'avance d'un air sombre, nheur, et marchant lentement. )

AMBROisE , l'observant.

Que m'annonce cet air luorne, abaitii? aurais-jc trop espéré? {haut, 'ft prenant Anloine par la main. ) Eli bien! mon ifiine ami , vous in avez fait appeler. Votre cœur se rendrait-il ? Vais-je enfin vons ramener dans les bras d'une famille, qui vous oiïre la plils aimable, là plus charmante épouse ?

ANTOINE

Ambroièe , je vous remercie de Tinfërèt que vous prenez à mon. iort , mais, vous le savez, le bonheu*' n'est pas fait pour moi, et si le hasard le montre un nioment à mes yeux , ce n'est qu\ntouré d'écueils, de précipices, d'obstacles insurmonlahles. O mon ami, depuis les premières années de ma jeunesse, qm^ d'elïorls n'ai-je pas fait pour l'atteindre, ce bonheur, qui ne s'oflVe jamais à ifioi qH'au prix de l'honneur. Emu d'ahord au récit des < xploits de nos guerriers, la gloire est venue la première éhlodir m6n jéutie cœur, et je me suis senti l'ardeur et le courage des héros! l h préjugé funeste a fermé devant moi la carrière des armes Outré de cette injustice, je tournai mes regards vers cet art sublime, plus puissant peut-être que les armes, vers cette noble et cour;igeu:5e élaqaence qui , du barreau, va retentir à tous les points de l'univers, tonne contre l'erreur, poursuit le vice, et combat le mensonge par des torrensde vérités. Le même préjugé m'a, d'une main de fer, chassé du temple de la loi. Toujours, toujours le préjugé seul m'a fermé tous les chemins. Mon cœur s'est aigri , j'ai pris en deg<mt une existence dont je ne puis user selon rfta volonté. î^es hommes me sont devenus odieux , et je ne sais oit le découragement aurait enfin porté mes sombres Cl sinistres pensées, lorsque l'amo\jr vint tout-à- oup remplir mon ame d'*.m feu nouveau pour m.)i : ,e ni .• crus transporté dans un autre univers^ Hortease devint l'objet de mon adorution , le principe de ma vie, et je sentis, non sans frémir, que cette passion terrible allait enfin décider de mon sort.

AMBIÎO'.SE.

Du moins, cette fois, vous ne fûtes point abusé : Korience vous adore!

ANTOINE

Oui; mais la barrière fatale s'élève encore entre "o' mè dit-on, et tu seras heureux 1 eouune ^i ! ' : bonheur , quand on n'a plus sou estime , ni cci

AMBr.OlSE.

Mon ami , qu'osez-vous appeler un parjure?», qr.oi; ie;:,nfvéhlé , ouvrir les yeux à la lumière . . .

ANTOrNE.

Arrêtez , monsieur î respectons l'un et l'autre ce que nos pères ont respecté Si l'un de nous est dans l'erreur, son aine est du moins sincère , ei Dieu seul a le droit de juger notre cause. AMBRoisEj un peu embarrassé.

Dans quel dessein avez-vous donc voulu ni'entretenir ?

ANTOINE

Vous savez que la famille d'Horlense m'a dëft'ndu de m'offrir à se* yeux.

AMBnnsE.

Elle vous tend les bras : c'est voiis^ qui la fuyez.

ANTOINE

Ah! j'ose encore espérer !. Non, le père d'Horlense ne peut vouloir son malheur et n)a mort !.. mon ami , vous qui, par pitié pour moi, daignez me servir d'imerprèlc, au nom de l'aniitié, veuille^ rcmeilre >ans tarder cetie leiire au père de mon amante. ( il la lui donne. ) hélas! elle renferme ma dernière espérance! si le cruel me refuse, c'en est fait de votre ann !

AMBnoisi;.

Que lui promettez-vous, pour obtenir sa fille ?

ANTOI^E.

Je promets , Je jure de respecter la io \v mon épouse j et j'atteste que mes parens partageront mes senlimens pour elle.

AaiBI'.OISE.

Vous l'exigez , mon ami ? . . ah ! qu'il serait bien plus facile et plus doux...

ANTOIM.

Au nom du ciel , épargnez ma faiblesse I ambVoise , ti yr?rtrt.

Il cédera : laissonR agir l'amour. ( kuiu. ) je vais trouver Hortcnse et son père: où nous reirouveroiis-nous'i'

AATOlJNE.

Dans ce jardin.

AMBf.oisE, surpris.

Ici!

Mon père attend un ami qui nous est bien cher ! Edouard vientd'arriver, je ne puis m'éloigner.

AMCROISR.

Il sîiffit : Dans une heure je serai de retour. (^Du bruit.) qu'entends-je?

ANTOINE

C'est ma famille.,, retirez-vous. Ah! si mon père connaissait ma faiblesse!... Allez, allez, mon ami : je remets en vos mains mon espoir et ma vie! [^Amhroise t-orlporla grille et monte le rempart.) Evitons les regards de mon père, les larmes de ma mère surioutl cachoLS-'eur mes tourmens ! ... les voici! ... comment les éviter?... Ah! ci- pavillon... {Il montre celui du jardin.) Je ne puis plus supporter ni leur tendresse ^ ni leur courroux.

(// entre dnn^ le pavillon, et Amhroisa dispara'U au moment 911 la famille Calas sort de la maison. )

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