‹ Calas, melodrame en trois actes et en proseChapitre 17 sur 65 · SCENE VIIL · texte numérisé non relu

SCENE VIIL

Madame CALAS, et peu après ANTOINE.

Wad. CALAS.

Aimable enfani! elle est heureuse, au moms. Ah! si son frère me donnait autant de joie. . . Il est seul dans ce pavillon . . Son père craint de l'interroger ; il a raison, et j'approuve ses motifs. . . Mai» gne mère est bien sûre aussi de son cœur: elle ne peut jamais aigrir ïes chagrins de son tils. . . Si je Tappelais. . . pendant que tout le monde est éloigné.

{Elle regarde si personne ne vient de la maison. Pendant ce tems Antoir^e sort du pavillon , et traverse comme pour rentrer. ANTojNE , apercevant sa mère, et s' arrêtant. Dieul ma mère. .

Mad. CALAS , se retournant.

Le voici. ( Anloine parrdl hésiter , puis fait un mouvement pour s'éloigner.) Mpn fils! [il s'arrête, et semble vouloir mais nose approcher. ) Mon fils ne reconnaît-il plus sa mère?

ANTOIINE.

Ma mère ... ah î ( il tombe à ses genoux et couvre ses mains de baisers. ) Pardonnez-moi , ma tendre mère , je suis bien coupable !.. oh ! oui , je sais combien ma conduite vous cause de chagrins ! . . . Je ne mérite plus votre tendresse . . . J'ai sans doiuo allumé contre rpoi le courrpux de mon père. . . Ah î ne craignrz point de m'accabier de reproches. . . Jamais ils ii'égaleront ceux que m''adresse mon i propre cœur.

• Mad. CALAS.

Cruel jeune homme. . . non , voire ])ère n'a point de courroux ; je ne vous adresserai point d'autre reproche que ces larmes qui jlQmbeni de mes yeux . . . mais nos cœuis sont brisés ... la joie de

vos parens sVsi changée eu douleur ; vous ciicz, notre espoir, ei non» n'en avons [)lus.

AINTOINK.

Hélas ! je n'en ai plus moi-inéiue.

Mi.d. CALA3.

Mon Dieu /• . . est-ce donc là le prix de l'amour que nous avon» pour nos tnfans ?

AMCIlVE.

Ma mère. . . Pauline n'est point coupable ; elle n'a point, comme moi, trorblé vos jours heureux. Oh I détournez d\m malheureux vos regards affligés ; et donnez à ma sœur tout l'amour que vou» daignez partager enire nous.

aiad. CALAS.

Ainsi la tendresse d'une meie n'a puis de prix à vos yeux ?

ANTOINE

Plus de prix ! ... oh .' ma nièie. . . Vous avez coiuiu mon cœur, rt vous l'accusez de ce cimie. . . Ah ! je .suis un monstre, puisque je fais couler vos larmes ... mais chacune de ces larmes retombe sur mon cœur c<imme un feu dévorant. Je donuerais ma vie , tout mon sang, pour en épargner une seule à la plus tendre, à la plu» adorée des mères.

jiad. CALAS , avec un mouvcmtntde joie.

Est -il bien vrai , mon lils ?

ANTOINE

Ah! si mon père savait combien )e le respecte; s'il savait combien sa bunié , sa vertu, l'élèvent à mes yeux au-dessus des autres hommes ! . . . mais non , mon père me croit aussi un fils dénaturé. . . ce, cœur rempli d'auK>ur n'inspire que la hahie.

BKld. C\LAi.

Dieu ! quelle idée cruelle 1 . . . nous le haïr!. . . Regarde donc ta mère, vois ses traits altérés par la douleur !. . . ces yeux , depuis trois mois, toujours remplis de larmes. . . Presse ton cœur sur le sein qui t'a porté, qui t'a nourri, et demande à toi même si je peux te haïr.

kS-XOlSE.

Quoil.. . ma coupable conduite n^a pas encore épuisé votre

amour ?. . .

iiad. CAL 's.

.Tamnis !... jamais !... l'amour d'une mère est sans bornes, comme

celui de Dieu. ( Antoine se prvche sur la main de sa mère qu'il

baise avec transport. Mj^S^palas ccnfinue.) Oui, mon fils, oui,

nous l'aimons toujours jHBR te cliérissons peut-être davantage, et

nous souOrons avec toi^lais, combien tes chagrins et les nôtres

deviendraient moins amers, si tu voulais nous eu tr.ontrer la source.

Ecoute, nous somn>es seuls . . . jiersonne ne peut nous entendre. . .

Je uaideiai ton secret , si tu veux le cacher à ton père.

A>Toi:\r.

Ah ! que me demandez, vous .*

• Âs-lii quelque suiel de te plaindre de nous?

AKTOINE.

Grand Dieu , votre Lonté m'accable .

Mad. CALAS.

De'sires-tii changer ton sort?

axtoink.

Changer mon sort ! • . . Alil cessez , je vo'is en conjure , de vouloir pént-tror dans mon ùme ! . . . bientôt, je vous le promets, le spectacle de ma douleur n'affligera plus vos regards. . Oui, mon sort va changer . . . aujourd'hui même.

Mad. CAL\S.

Eh bicD?. .. aujourd'hui ?...

ANTOINE

Mon malheur finira ( Mad. Calas le regarde avec la plus grands inijuiétiule. Antoine cherche à se détourner. )

3iad. G 'LAS.

Ton malheur finira ! „ . . mon fils I. . . {Elle se jette dans ses bras et le presse sur fon sein. Au ménis instant , Pauline sort de la maison. )

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