EL)0U.A.RD
Il est perdu ...
l'AUÎINE.
Oh I mon frère, qu'as- tu fait?
( Le Capiioul les obser.'e. ) jiad. c ^lAs , à son mari.
Mon ami , comprends-tu ? . . .
CALAS, nu Capitoul.
Quoi I monsieur , mon his a écrit ces mots ?.. à qui donc ?
LE CAPITOOL.
Puisque vous persistez dans votre feinte ignorance, je vais vous fermer ce refuge. Le clinj^rin profond que tout le monde a remarqua dans votre fils, provenait du désir qu'il avait d''ahjurer. . . CALAS et sa Jemnie.
D'aLjurer !
LE CAPITOUL
Et de la crainte, de la terreur que vous lui inspiriez.
CALAS , et sa femme.
Nous!
LE CAPITOCL.
Cette nuit même il devait prononcer cette abjuration. Le temple était paré, les ministres avertis; les flambeaux qui devaient écîauer cette auguste cérémonie, brûlent encore I... Eh bien! de votre propre aveu, vous ne l'avez pas laissé sortir 5 à neuf heures vous restâtes seul chez vous. . . et c'en alors que votre fils expira , pnicant qu'on l'attendait à l'autel I ce fragment de lettre dévoile le reste du mystère; et cette arrestation sur l'examen des blessures, confirme qu'il ne s'est pas lui-même donné la racrt... qui donc l'a frappé?
Grand dieu!
Qiii l'a frappé !
Vous!
Mad. C4LAS.
CALAS
LE CAPtTODL.
TOUS , avec horreur.
Ali ! . . .
{liïadame Calas retombe sur son sic^e ; .^ a fille se couvre hs jeux, l'Jiorreur et la consternation sont au comble.
CALAS
«îust? ciel! rai-'iehicn eniendn ? égorger mon enfant ! {se tournant t^'rs le cabinet ) Oli .' mon fils I îùve-iol ; viens, vitns répondre aux accusateurs de ton père. . .
FDOUAnD.
Quoi! cet exécrable mensonge lionvc pour le répéter, la honchr d'un Magistral!
cai.as.
Barbare! vous êtes père, et vous osez supposer ce forfait?
LECAPITOUL.
Le supposer! malheureux!... vous aviez un témoin!
TOUS
Un témoin.
lE cApiTocL , montrant Ambroiss.
Le voici!
TOUS
Ambroise!
CALAS et EDOL'Ar.O.
C'est une imposture!
LAURENT, écartant tout le monde.
Attendez !. . . oui, oui. . . si fait. .. monsieur y était, c'est ben son habit... i'ie r'connais... j^lai vu hier soir derrière la grille... il était encore là, quand monsieur Calas est sorti du pavillon.
EDOUAr.D.
Comment, que dis-tu ?
LE CAPITOUL
Il rend témoignage.
LAUP.E^T.
Pardi! ccriainemeni ; et monsieur qu'a tout vu, peut bien dire la vérité tout comme moi.
CAL \s, a Ambroise.
Ah! s'il est vrai, monsieur., pui-qiie vous fûtes l'ami de mon malheureux fils^ nous devez avoir piiié de son malheureux père ! . . . au nom du ciel, dites la vérité !
AMBROISE
La voie'. A neuf heures je soriisdu temple, oi'i votre fils était attendu; je me rendis ici pour le prendre et le conduire à l'auteL J'arrive, des cris, des gémi5semen& frappent de loin mon oreille. . .d'affreux
pressentimens commencent à nragilcr. .. j'accours en fre'missant ; à peine ai-je aileiiit la j^rille, que j'entends retentir les mots de meurtre, d'assassinats !• . j'enire : Mailaine et .Maclemoise!!e paraissent , se précipitent vers ce pavillon; j'y porte aussi mes re-^ards , et je vois Calas en sortir , tremhlani , pâle, defii^'iré; à sou aspect loui le monde s'arrête, et madame, devinani s'.ir ses traits le crime qu'il vient de commettre, s'écrie: mon fiis rj'e.si plus !. . Epouvanté de tant d'horreur, je me suis éloigné de ce repaire du crime, et j ai cru que le ciel et les liouimes m'ordonnaient de deuiander ven<;;^ance j j'atteste l'honneur que je n'ai pas dit un mot qui ne soit véritable.
EUOL' \RD.
Misérable! la plus atroce calomnie serait bien moins funeste que ta perfide vérité.
( 31. et madame CaUu restent accables, anéantis. ) LE «xPiroLL, a Calas.
Qu'avez-vous à répondre ?
CALAS
Rien , Monsieur.
pvDLi>E , courant dans les bras de son pars. Quoi ! mon père, vous vous laissez accuser par ce monstre ? Ahl nous -ommes tous témoins que vous adoriez mon frère.
J^COB , JEANMETTE , LAURENT.
Oui , oui , ]\Iousieur , tous.
EDOUARD
Monsieur le Capitoul , vous ne pouvez persister dans cette e'pouvantable accusation 5 la nature vous le défend , vous outragez le ciel en ne la repoussant pas. Quoi I supposez-vous les hommes plus féroces que les monstres des forêts T Le tigre chérit les fruits de son amour, et tm père les égorgerait! Une mère laisserait déchirer 1 enfant qu'elle a porté dans son sein î Une mère I et la plus tendre, la plus respectable!. ■ Quoil soixante années de vertus, la douceur la plus inaltérable, l'amour paternel le plus pur , le plus ardent, ne pourront garantir d'un soupçon qui révolte l'humanité, dont la réalité renverserait l'o'-dre tte la nature? ïNon , non, vous ne le crovez pas. . . vous ne le croyez pas . . aucun magistrat n'admet un forfait semblable.
Siad, CALA''.
Ah î repoussez cette horrible calomnie.
( Toute la famille et les sennieurs tendent leurs mains vers le
Capitoul. )
LE CAPITOCL.
Je ne puis écouter, ni suivre que mon devoT. Vous êtes accusé, les actions parlent : vous vous défendrez devant les tribunaux, {à sa suite, j Qu"o!i arrête Monsieur, qu on s'assure de sa famille, et que le corps de la victime soit transporté à l'hoiel-de -ville.
Wad. CALAS.
Grand dieul
PAULI>E
O mon père !
.ivcoB , jEANr-ETTE et LAUP.E j Se jetant ciix pie ds dit Capiloul.
Monsieur le Cnpitoiil I . .
i,E CAPiTouL, à sa suite.
Obéissez.
( Les trois scr 'items se reUivent dans la plus profonde ojjfliclion Un juge ^ des soldats et iV autres personnes , entrent datvs le enhinet. Calas se trouve en mtme tems environné de soldats prùs à l'emmener. )
CALAS
Clicre épouse ! ma fille, je ne suis poini coupable. Calmez vos alarmeft sur i)ion sorî. Dieu îie peruielira p;is que le juste succombe. Cependant , s'il le veut , ali ! qu'il détourne celte épreuve trop cruelle pour vos cœurs. ( Toutes deuxjhndcnten larmes.) Cher Edouard, vous viendrci me défendre?
1 do'Jard. '
Je jure de périr avec vous ou de vous justifier. (Le Capitoul et toutes les personnes qui V accompagnent , sortent. Calas se place lui-même au milieu de ses gardes , et sort en jetant sur sa famille des regards pleins de douleur. Madame Calas veut faire quelcpies pas pour suivre son époux . mais dans ce moment le Juge et les soldats entr's dans le cabinet., en sortent-^ ils sont suivis de deux hommes qui emportent le cadavre. A cette vue, madame Calas jeté un cri, et détourne la vue. Le rideau baisse au moment où les porteurs sortent du cabinet , et avant que le corps de Marc-Antoine Calas soit vu des spectateurs. )
Fin du second Acte.