I.E CAplTOUL
Persistez-vous également à taire le nom de vos complices?
CALAS
Eh ! s'il n'existe point de crime, comment se pourrait-il qu'il y «lit des complices?
LE CAPITOUL
Ainsi, vous repoussez, par un silence coupable, la clémence du ciel et l'indulgence des hommes.
CALAS
Je les implore , au contraire : le plus ï usie en a besoin. Mais v eus , iNlonsieur , songez ainsi que moi que Dieu vous toit, et qu'il va voas entendre.
LE CAPITOUl.
Ecoutez votre jugement.
( Un Juge s^ approche , et remet le jugement au Capitoul , qui le déploie lentement et comme avec effroi. Calas attend , les jeux élcvçs vers le ciel ; sa femme et sa Jille , pressées contre lui ^ l'implorent avec ferveur. Jacob et Jeannette semblent aussi prier de Vautre coté de la salle. )
Mad. CALAS , d'une voix affaiblie.
•O mon Dieu! tu sais qu'il est innocent ; détourne de lui la mort.
{Le Capiioiil av-ance quelques pas , et semble hésiter un moment,
puis il lit. ) LE CAPITOUL , lisanL « Le tribunal assemblé , ayant reconnu qu'un meurtre a étécomr, mis sur la personne d'Antoine Calas ; que la cause et les circonsi> tances de ce meurtre lui ont été révélées par le témoin Anibroise, j) sous la garantie du serment, et qu'il résulte des dépositions qu'au- » cun autre que Jean Calas n'a pu exécuter ce crime; le tribunal, jj à la majorité de sept voix contre cinq , condanme Jean Calas à » la peine capitale. »
( Il rend te papier au juge j Mad. Calas, Pauline, Jeannette et Jacob JHient un cri de douleur j les deux premières tombent anx genoux de Calas, baisant ses mains quelles tiennent , etsufjFolouées par les sanglots. )
Mad. c\ivs et vxvLiyE, jie poui^anl s'exprimer. Cher époux ! . . mon père !..
LE CAPiTouL , plus rapidement.
i( Et attendu les menaces de quelque?^ faciieux , dont ie parlement » est instruit ; ordonnons que le condamné sera conduit à l'iîislunt » au supplice [Mr.d. Calas et Pauline se relèvent, à mesure qu'il M parle , au comble du désespoir \et de P effroi. ) et que les nia- » gistrats resteront assemblés jusqu'au moment où la cloclie du )) beffroi annoncera la mort du coupable. » ( ^ deux OJficicrs. ) Exécutez les ordres du tribunal. ( Mouvement général. )
aiad. calas- II est donc vrai !.. ah ! je te suis à la mort . . rien au monde ne t'arrachera de mes bras! . . ie bourrea j n'osera pas te frapper sur mon sein
CALAS
Grand Dieu ! . . O chère épouse , que fais-tu ?. . où donc est Ion courage ? la noble résignation Y . . L'instant est venu r)our nous d'accomplir les plus grands , les plus subHmcs devoirs que l'éiernel prescrive aux hommes!.. Oui, mon trépas et ta vie un jour serviront d'exemple, que cette idée nous rnnplisse de toute la force de Dieu inème ! et pour supporter les dernières douleiîrs de ce monde , regardons dans réierniié!. . je vais avec mon fils y préparer ta place.
LE CAPITOUL
C'est assez différer ; qu'on le mène au supplice.
CALAS
Ah ! laissez-moi les embrasser pour la dernière fois. [Jacob et Jttannette se précipitent vers lui y et baisent ses mains qiûil tend avec ajfection.) Adieu... adieu, laes amis... ma fille... mon épouse. . . mon Dieu , protège ma famille. . . je défends à E<Jouard de chercher à venger ma mort. Je pardonne à mes ennemis. . . je pardonne à mes juges... puisse le ciel leur pardonner aussi. . , allons... Piiuline , soutiens ta mère... adieu... adieu. ( Il veut sortir pendant que sa femme est presque évanouie dans les bras de Pauline. )
PAUf.INE.
Ma mère!. . on rentraîne !.. ah ! . .
Mad. o.^las, rappelée à elle , conrsnt à son époux . Arrête!., arrête!..
GALAS
Grand Dieu!...
PAULINE
Mon père !..
Au nom du ciel, ahrogo/ mon sup(i!icc ! f On sep- ra d'^ force Cala f et sa famille, et on V entraîne : il passe sur. la place derrilre les Jcné:rjs de la salît: Pe,iJant ce tems , le Capiloul et Les juges rentrent dans la chambre du Conseil , et les soldats se retirent. Jncob a suivi son /notre. Pauline et Jeannette ont placé dans un fauteuil Mad. Calas, qui est sans
connaissance. Pauline est a ses pieds , la tient appuyée sur .ieâ' genoux j et Jeannette , derrière elle , tient son mouchoir on son tablier sur ses yeux. O est alors qu dinbroise ^ n^ité par une terreur secrète , parait au fond de la salle j entre et s' avance en regardant le groupe des trois J'emines, dont il ji'est poini aperçu; lorsqu'en même tems un rommissicnnaire tenant une lettre, parait sur la place' et regarde dans la salle au travers des Jenêires.^
SCEXE X.
Mad. CÂlAS, PAULIN K, JEANNETTE, groupées d'un côté;
AMBliOl^E, de L'autre côté , et par après le CoiniTiissionnatre ,
enlrant cTuu air craintif et cherchant des yeux,' a la an de
la scène , JACOB.
AMBROisE , regardant le groupe.
Voila donc mon ouvrage!., fai sasisfait. ma liaine... j'ai consommé nn vengeance!.. Mais, grîiml Dieu, si l'on savait.,.
LE COMMÎSSlONNAli'.E.
Enfin on m'a laisse entrer ! . .d"|>nissepf hep.resiln matin qnp -'clicrche à parler au,., {^aperci'vant Mad. Calax. ) Ali ! mon Difu , qiioifjue y vois la?. . . (^Vst c'te pauv' Mad. Cajas. ( Il s'tssuye les yeux. ^ A M BU OISE, a part.
SorJons d'ici. . jV'prouvc un horrible toiirmrnt !..
I F coMMissioNN 'inE. te heurtant. '
Ah! pardon... Voi' serviicuf; Monsieur.
AMBROISE
Que veux- lu?