SCÈNE VI
EDOUABD, JEANNETTE, PAULINE.
JEANNETT.
Ouî, mamzelle , c’est lui ; c’est M . Edouard qui veut vous parier.
PAULINE
Edouard !
EDOUARD
A h ! chère Pauline ! \
PAULINE
Mon ami, pourquoi n’entrez-vous pas chez ma mère? Elle vous attend avec tant d’impatience!.. Ah! venez... vous seul pouvez rendre le courage à mes parens!
EDOUARD
Le courage!., ah! Pauline, combien il leur en faut ? vous êtes loin encore de connaître toute la grandeur du péril qui menace votre père !
PAULINE
Mon père.
ÉDOUARD
Si les cris d’un peuplq>.en fureur n’allaient bientôt vous l’apprendre, il vous serait impossible de me croire ; moi-même , je doute encore si mes sens ne m’ont point abusé. Ah! c’est la haîne, qui cherche et demande une victime , car il est hors de la nature d’accuser un père du mebrtre de son fils.
PAULINE
Que dites-vous , ô ciel.
jeannette.
Quoi ! M, Calas. . .
ÉDOUARD
Chère Pauline !.. la douceur de votre âme, l'ianocence de votre cœur, vot te jeunesse , et surtout la prudence de vos parens, ont mis , jusqu’il ce jour, un voile entre vous et les cruels préjugés des hommes! jamais vous n’avez su jusqu'où l’imagination égarée, pouvait porter la prévention!., jamais vous n’avez pû soupçonner à quelles injustices l’erreur peut entraîner !. . vous frémissez. . . eh bien, oui , Pauline, on dit que votre frère devait changer de religion , et Ion accuse votre père de l’avoir immolé.
PAULINE
Dieu . . .
ÉDOUADD.
Oui , Dieu. . . c’est lui seul que l'on peut invoquer contre une semblable horreur.
PAULINE
Un père , immoler son fils ! . . inon ami , ce .crime est-il possible ?
ÉDOUARD
Non , Pauline.
PAULINE
Eh bien, mon pire »e justifiera.
ÉDOUARD
Il est perdu si nous ne parvenons à l’arracher à ses accusateurs , i ses juges , au peuple de cette ville ! . . Chère Paul’ ne , j'ai complu sur vous , sur votre courage , sur l’empire que vous donne l’antour de vcs pareus , pour les sauver du dernier malheur.
Pauline.
Oni, Edouard; parlez , que faut-il faire?
Édouard.
Il faut obtenir de votre père qu'il abandonne sa maison , qu’il fuye, qu’il sorte de Toulouse.
PAUIINE.
Au milieu de la nuit ?
ÉDOUARD
A l’instant; mais en réuuissant nos efforts pour l'entraîner loin d’ici , tendre amie , ménageons le cœur d’un père ; qu’il ignore qu’on l’accuse d’un parricide : il u’aurait point la force de résister à cette horreur.
PAULINE
Oh ! non, non... ma mère surtout!.. O Edouard, que mou •ceur est touché de votre amour pour ma' famille.
KD0UA 1 D .
Allons, chère Pauline, ne perdons pas un instant.
PAULI 'E
Venez. ( Ils vont pour entrer dans F appartement ; tout-A-to'ip des voix confusent et des cris sc font entendre ; iis s'arrêtent effrayés. )
Edouard et Pauline.
O ciel. ( Jacob accourt avec effroi- }