‹ Calcul des chances et philosophie de la bourseChapitre 13 sur 20 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Les conclusions vont se déduire d'elles-mêmes des idées qui précèdent :

h'intérêt est la seule cause qui, par sa constance, finisse par donner des résultats certains et positifs. Or, le mécanisme des opérations à terme rend cette cause complètement nulle pour le joueur. L'intérêt est une pure fiction pour le joueur à terme. Chaque fois qu'un coupon est payé et détaché à la Bourse, sur la Rente comme sur toute autre valeur, il en est bien tenu compte, au moyen d'un solde, à chacun des deux contractants, et le vendeur en est débité au profit de l'acheteur ; mais cet intérêt est directement compensé par les reports que celui-ci paie au vendeur, et s'il peut rester une différence, elle n'est que le résultat de la balance des opérations à découvert, qui tourne précisément au désavantage du joueur (par. 64). Il ne peut donc venir à l'idée d'unjoueur à découvert, d'acheter dans le but de toucher des dividendes imaginaires, de vendra pour utiliser un capital fictif. Le joueur, qui ne

— lys — .

voit rien au-delà d'une liquidation, achète ou vend toujours en vue des événements présents et pour profiter d'un mouvement accidentel de hausse ou de baisse.

Le véritable spéculateur, le capitaliste, achète en vue des intérêts, et c'est moins sur les circonstances présentes qu'il doit tourner son attention que sur un avenir plus ou moins éloigné. Certes, il ne dédaignera pas une aug-mentation rapide de capital, mais ce ne sera jamais là le but unique et immédiat de son opération. Si les événements le favorisent, et qu'il puisse réaliser un bénéfice en peu de temps, il aura raison de le faire ; mais dans le cas contraire, il se sera mis en mesure de pouvoir dire : j'attendrai. En effet, tout est dans ce seul mot. Il faut pouvoir ATTENDRE.

Cependant, il ne suffît pas au spéculateur sérieux de placer étourdiment ses fonds, à n'importe quel moment, dans n'importe quelles conditions, sous prétexte qu'il peut attendre ; il faut encore qu'il puisse, sinon être assuré, du moins avoir une probabilité très-forte ou suffisante de revoir ses cours ; c'est un principe trop facilement reçu, qu'à la Bourse o% retoit toujours ses cours; les cours reviennent plus ou moins souvent les uns que les autres, et le talent du spéculateur doit consister à prévoir quels sont ceux qui reviendront le plus souvent.

A quelque cours, si élevé qu'il soit, il est clair que le spéculateur qui achète au comptant peut presque toujours, avec de la patience, reconstituer son capital primitif, au moyen de l'accumulation des intérêts; mais cela revient alors au même que si son capital avait été inactif, et de cette façon, il jjerd^ en réalité, tous les intérêts que ce ca-

pittil lui a produite. Il suffit encore au capitaliste de n'essuyer aucune réduction de capital dans la réalisation, pour trouver à la rigueur un bénéfice dans le montant des intérêts touchés. Faisons donc abstraction de cette question de l'intérêt, et bornons-nous à formuler pour le capitaliste, le spéculateur sérieux, le moyen de réaliser une augmentation de capital, ou du moins de n'avoir pas de diminution à redouter.

Les premières règles de la prudence commandent de ne jamais s'eng-ager dans une entreprise quelconque, que les probabilités de bénéfice ne soient supérieures aux probabilités de perte. Un placement n'est sage et opportun qu'à condition de présenter plus de certitude de voir le capital augmenter que diminuer.

L'estimation du degré de chacune de ces deux probabilités et leur comparaison, n'est plus chose illusoire et peut être ramenée à des règles précises. Si le joueur croit trop facilement ce qu'il espère, ce n'est pas une raison pour se livrer à un scepticisme universel et pour rejeter les conseils de l'expérience. L'appréciation du passé peut mener, il est vrai, à de faux résultats, dès qu'au lieu de g'énéraliser, on tombe dans des dounées particulières, dès qu'on veut y soumettre certaines affaires industrielles et privées qui ont pu jusqu'alors présenter des résultats brillants, mais dont les conditions d'existence ne sont pas clairement définies^ dont la gestion est mal dirigée ; c'est surtout quand il s'agit d'entreprises dont les bases sont étroites, qui ne peuvent couvrir les mauvaises chances par un grand nombre d'affaires, que ces craintes sont fondées ; mais quand on se tourne sur les vastes entrepri-

ses d'un pays tout entier, quand il s'ag-it surtout du crédit d'un grand peuple, l'enseignement du passé peut être une sûre garantie pour l'avenir. Un peuple ne périt pas.

C'est à dessein que, dans la théorie des variations de la valeur, nous avons toujours pris pour exemple et pour type, la Rente Française 3 y,, qui, par sa nature, doit présenter les plus solides éléments pour une appréciation raisonnée, qui, depuis la conversion du quatre et demi, a en quelque sorte élargi les bases sur lesquelles elle repose, en devenant, dans un avenir prochain, le fonds unique de la Dette Nationale.

Les variations accidentelles et momentanées de hausse ou de baisse ne peuvent, pour la Rente Française, affecter sensiblement ses valeurs moyenne et probable.

Que Li Rente soit aujourd'hui à 70 fr. et demain à 80 fr. , pour le public, pour le joueur, elle aura monté de 10 fr.; pour le sage, pour le véritable spécitlat'ucr, elle ne vaudra ni un centime de plus, ni un centime de moins.

Po'ir le joueur, une opération n'est jamais bonne ou mauvaise en elle-même ; tout dépend de la manière dont elle se liquidera.

Pour le spéculateur, une opération doit être bonne ou mauvaise dès le principe^ et sa moindre inquiétude, de savoir comment elle se liquidera; car, bien qu'il puisse liquider une opération avec perte, plusieurs opérations bien engagées dès le principe ne peuvent jamais que lui rapporter du b énélice.

Or, il ressort de la définition même delà xûquv probable, qu'il suffit à' acheter au dessous de cette valeur, ou de vendre au-dessus, pour acquérir une probabilité supé-

rieure à !, ou plus que suffisante, de réaliser un bénéfice sur l'opération : la valeur probable est celle qui fixe la limite d'une complète ég-alité de chances. Si, par conséquent, une opération d'achat ou de vente qui doit se liquider dans l'avenir par une opération inverse de vente ou d'achat, est exécutée au cours même qui représente cette valeur, la probabilité du bénéfice est ég-ale à-, c'està-dire qu'elle est douteuse, et l'opération pourra aussi bien présenter de la perte que du bénéfice ; si l'opération est exécutée plus avantageusement, au-dessous ou audessus de ce cours, la probabilité du bénéfice surpasse *- et peut s'élever en s'approchant indéfiniment de la certitude.

La loi de cette croissance, qui est celle d'une augmentation de probabilité proportionnelle au carré de l'éloig'nement, donne l'équivalent de la certitude pour des cours très-éloig-nés de la valeur probable, et dans tous les cas, accroît cette probabilité beaucoup plus rapidement que les cours ne s'éloignent de cette valeur.

Tout ceci est de la dernière évidence, si, mettant de côté tous préjug'és, toutes influences du moment, on se rend bien compte de cette vérité que le prix j^rohabh n'est autre chose qu'un pivot autour duquel se produisent les variations de la valeur, que les circonstances accidentelles portent tantôt au-dessus, tantôt au-dessous, mais que la constance des événements tend infailliblement à faire revenir dans un t3mps plus ou moins éloigné.

La valeur moyenne ou probable d'une marchandise, d'une rente, n'est cependant pas absolument invariable. Cette valeur })eut éprouver et éprouve en efîet, sur une

échelle de durée plus grande encore que celle qui sert de base à sa détermination, des variations absolues, de même qu'en astronomie, on reconnaît des variations sécîtlaires, indépendamment des variations périodiques.

Ces variations de la valeur moyenne, produites par un grand nombre de causes qui ne laissent apercevoir en dernier lieu que les lois constantes du progrès, tendent à donner une plus grande valeur aux rentes par la diminution successive du taux d'intérêt. On doit se représenter une société comme une immense machine où tous les ressorts sont liés les uns aux autres; le crédit est le fonctionnement de ces ressorts, et le taux général d'intérêt auquel on trouve à emprunter dans cette société, représente assez bien la perte de force vive causée par le jeu de la machine ; plus le mécanisme sera parfait, plus cette perte devra nécessairement s'amoindrir.

Pour continuer la comparaison, on trouverait que la gratuité du crédit, rêvée par quelques réformateurs, n'est qu'une utopie semblable à celle du m.ou.\em.eTit perpétuel^ sans nulle déperdition de forces ; l'inconvénient d'une société basée sur le crédit gratuit, c'est que tout le monde voudrait emprunter, et que personne ne s'offrirait à prêter.

L'histoire du crédit est celle de la civilisation ; il ne faudrait pour s'en convaincre qu'étudier la marche qu'a suivie chez nous le taux d'intérêt depuis la création de la dette consolidée, en 17U7. Or, s'il est vrai que le progrès tende au développement matériel et moral des sociétés, aussi bien qu'à la perfection et à la simplification des rouages qui les font mouvoir, il est certain que le taux d'intérêt doit diminuer par l'élévation progressive de la

valoiii" moyenne des rentes. Qui peut dire ce que sera la valeur normale de la Rente Française dans cinquante ans, dans un siècle d'ici? Pourquoi n'arriverait-elle pas un jour à la valeur actuelle des Consolidés Anglais ? La Rente 3 pour cent, comme son nom l'indique, ne peut être remboursée qu'au prix de cent francs. Tant qu'elle est audessous, le g-ouvernement ne peut amortir la dette que par voie de rachat; c'est là une circonstance qui, tandis qu'elle comprimait l'essor des anciennes rentes cinq et quatre et demi, n'agit aujourd'hui que dans un sens, et sous un g-ouvernement économe, tend à élever le prix de la Rente, en ne lui assignant d'autres limites que le pair.

Mais, quand nous disons qu'au-dessus ou au-dessous de la valeur probable, la probabilité de bénéfice surpasse - , il faut s'entendre :

A quelque cours que ce soit, la probabilité de réaliser un bénéfice iiQntjamais^an moment même d'une opération, supérieure à - .

Au-dessous de la valeur probable, pour toutes les opérations d'achats, au-dessus pour les ventes, il n a :

1° Une probabilité égale pour toutes, de réaliser un hénéûce proportionnel à l'écart qui sépare le cours d'achat ou de vente de la valeur probable.

Si on se reporte dans un avenir peu éloigné, on peut regarder le cours de 75 ir. comme le prix normal^ répondant à la valeur probable du 3 °/o; par conséquent, une opération d'achat qui sera faite, par exemple, au cours de C5 fr. , et une opération de vente qui sera faite au cours de 80 fr.. c'est-à-dire à 10 fr. au-dessous et à 5 fr. au-

dessus de la valeui' probable, auront toutes les deux une probabilité égale à ce qu'elles puissent, dans un temps donné, être liquidées avec un bénéfice sur les cours d'achat et de vente, de 10 fr. pour la première, de 5 fr. pour la seconde.

Si deux opérations dans le même sens, achats ou ventes, étaient faites à ces deux cours, le bénéfice de l'une serait probablement double, ou moitié, de la perte de l'autre.

2** Une probabilité difèrente pour chacune de réaliser un bénéfice égal, en raison de la distance qui sépare le cours d'achat ou de vente de la valeur probable.

Ainsi, dans l'exemple précédent, l'opération d'achat se trouvant à une distance deux fois plus grande que l'opération de vente, de la valeur probable, il y a, au-dessus de - , une probabilité quatre fois plus forte sur la première que sur la seconde, à ce qu'elles puissent être toutes les deux liquidées avec un bénéfice quelconque, mais égal.

Les probabilités de bénéfice ou de perte, towjotirs égales à ~^au moment même de V opération, prennent un accroisment insensible, mais régulier, en proportion du temps écoulé, sans jamais cependant pouvoir atteindre l'unité ou la certitude.

C'est cette propriété curieuse que figurent en géométrie certaines lignes, comme Y asymptote , qui indéfiniment prolongées, se rapprochent de plus en plus d'une autre ligne donnée, qu'elles ne rencontrent jamais.

Quelle est au moins la raison de l'accroissement , et la quantité de temps nécessaire pour que la probabilité ait acquis telle valeur donnée, c'est ce que les plus grands mathématiciens ne pourront jamais résoudre. Il manque

ici une inconnue. Les causes accidentelles échappent par leur nature à toute analyse rigoureuse, par la multiplicité et l'ignorance où nous sommes des causes qui les produisent. Nul ne peut en prédire exactement l'arrivée et la durée. Tout ce que l'on peut affirmer sans crainte de se tromper, c'est qu'elles finiront toujours par se détruire et disparaître sous l'action incessante du temps.

Le TEMPS, voilà la condition essentielle, indispensable, mais infaillible, du succès de toute opération bien commencée.

C'est par le seul effet du Temps, qu'un capitaliste peut voir doubler son capital :

En 23 ans \, s'il a été placé à 3 Vo » 18 ans » 4 «/o

» 14 ans » 5 Yo

Que le capital placé à 5 % se trouve triplé en 23 ans, quadruplé en 29 ans, décuplé en 47 ans, et rendu deux millions de fois plus considérable en moins de trois siècles.

Un Etat qui veut se servir utilement des ressources que crée l'accroissement prodig'ieux de l'intérêt, pour amortir sa dette publique, consacre au rachat des effets publics un fonds annuel dit caisse d'amortissement ^ sans cesse accru de l'intérêt des rentes rachetées. Il peut ainsi à la longue absorber une grande partie de la dette, sans effort:^ et par la seule action du Temps,

Time is r/ioney^ le Temps, c'est de l'argent, rien n'est plus vrai.

Enfin, c'est' le Temps qui se charge de ramener les cours à leur véritable valeur et de corriger les écarts de la spéculation.

Il n'est donné à personne de mesurer jusqu'où iront les cours dans leurs écarts de hausse ou de baisse, ni quand se produira la réaction, mais l'écart s'arrêtera, et la réaction se produira; cette succession alternative d'effets contraires est tout aussi certaine que celle du flux et du reflux.

Les cours, dans leurs plus grands écarts, sont toujours à la reclierclie de leur équilibre, comme la mièr !

La doctrine des Compensations sans cesse rétablies par le mouvement à la reclierclie de son équilibre, est la première loi naturelle ; en nous apprenant ce que valent au juste ces honneurs, ces richesses qui éblouissent la foule, elle doit nous délivrer de l'envie, de la haine, etde toutes les passions violentes ; elle doit nous engager à ne jamais nous réjouir au-delà de certaines limites de notre bonheur, comme à ne jamais nous désoler outre mesure du mal qui nous arrive : toute joie est suivie d'une douleur, toute douleur est suivie d'une joie.

C'est la doctrine des Compensations qui nous indique avec plus de certitude et d'autorité que ne pourraient tous les meilleurs traités de morale, que le vice et l'ignorance sont suivis de la misère, le crime, du remords, l'intempérance, de la maladie, et que si la vertu est difficile, elle porte avec elle sa meilleure, sinon sa seule récomp'ense.

Le devoir, la vertu, ne sont qu'affaires d'intérêt et de calcul bien compris. 11 avait raison, ce penseur qui a écrit :

« Préférer le vice à la vertu, c'est visiblement mal juger (')».

(>) Locke, de VEntmâeraent humain, tom. Il, cli. XXI, par. 7J.

En résumé, et pour revenir à notre sujet, il est parfaitement indifférent d'acheter ou vendre à tel moment que ce soit, une valeur à la Bourse, pour réaliser un bénéfice instantané; chercher de bonne fui des règles, des lois quelconques, pour diriger ses opérations dans ce but, c'est aussi insensé que la recherche de l'absolu.

C'est rarement un bénéfice immédiat, instantané que l'on demande; on sait qu'un certain temps est toujours nécessaire au succès de quelque opération que ce soit ; mais lorsque le temps jugé nécessaire est très-court, lorsqu'il n'est, comme dans la plupart des opérations à terme, qu'une moyenne de un, deux, trois, dix ou quinze jours tout au plus, l'accroissement des probabilités favorables peut être tellement faible qu'il est inutile de s'en préoccuper, en raison des circonstances accidentelles qui le font disparaître. Un homme doit-il s'inquiéter de quelques centimes quand toute sa fortune est en jeu?

Cependant, ainsi que nous avons essaj'é de le faire comprendre, on peut toujours, à la Bourse, acquérir un degré de probabilité, quelquefois presque égal à la certitude, de réaliser des bénéfices éloignés, et (Sautant i)lus prohahUs quiïs seront plus éloignés.

Toute l'intelligence, toute la compréhension de la Bourse, toute sa PHILOSOPHIE sont contenues dans ces deux idées, si simples quand on les examine séparément, et dont la réunion ne peut présenter quelque chose de complexe ou de contradictoire pour quiconque admet cette vérité que la valeur future ne réside pas dans l'objet même, mais dans la seule action produite par les progrès du temps.

Il y a une grande différence entre une probabilité future et une probabilité présente.

La certitude même de gagner une grosse somme dans un avenir très-éloigné, peut ne valoir qu'une probabilité très-petite de posséder cette somme à l'instant.

Le bénéfice que doit rapporter une opération bien dirigée suit exactement la marche constante et régulière, mais lente, de l'intérêt. C'est une aussi grande folie de tenter d'escompter ce bénéfice par le jeu, que ce serait de payer une rente le double de sa valeur présente, par la seule raison qu'au baut d'un certain nombre d'années, la valeur de cette rente se trouvera certainement doublée.

C'est ce que le joueur ne veut pas comprendre.

Rien d^ plus tristement curieux qu'un groupe de boursiers discutant sur la hausse ou sur la baisse probable du lendemain, les uns donnant, les antres accueillant des conseils ; on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, le plus plaindre, de la présomption des uns, ou de la niaiserie des autres.

Le spéculateur prudent doit peu s'inquiéter de ce qu'on fera le lendemain ; sans crainte, sans soucis, on peut dire sans hyperbole que le bien lui vient en dormant.

Le joueur n'opère qu'en vue des résultats présents ; le spéculateur n'opère qu'en vue des résultats futurs.

Le spéculateur sème pour recueillir, le joueur veut recueillir sans semer.

Il n'est d'ailleurs aucune séparation précise qui indique où commence le joueur, où finit le spéculateur, pas plus que sur l'immense échelle qui sépare le possible de l'im-

— io\) —

possible, on ne peut dire où finit le doute, où commence la certitude.

Que de déclamations sonores n'a-t-on pas faites pour ou contre la Spéculation! Pour l'un, tout jeu est spéculation, pour un autre, toute spéculation est jeu.

Le commerce aussi est un jeu, soit; mais avec cette différence que les chances favorables y surpassent généralement les chances défavorables.

Si la Spéculation à la Bourse peut , en raison de son caractère, présenter des résultats diamétralement opposés, ruiner les uns, enrichir les autres, c'est que pour le joueur, il j a dans le courtage une cause constante d'inégalité à son désavantage ; pour le capitaliste, en dehors même de toute opération, il y a dans Y intérêt une cause constante d'inégalité, mais cette fois, l'inégalité est toute à son avantag-e.

Le Jeu est l'abus de la Spéculation, mais il lui est indissolublement lié ; toute mesure, tous coups portés contre le Jeu réagissent donc plus ou moins fort sur la véritable spéculation , qui ne mérite que louanges et encouragements.

Le Jeu est le parasite obligé de la Spéculation ; c'est lui qui exagère tous les mouvements des cours, qui fausse le prix des éléments constitutifs de la richesse publique, abusant en même temps la spéculation honnête qu'il remorque dans ses plus grands écarts.

C'est contre ses illusions trompeuses et ses mensonges que l'opinion doit se prémunir; c'est contre ses influences malsaines, ses excès, que l'esprit public doit

réag'ir.

La Bourse est l'expression du Crédit public.

Le Crédit public est l'expression de l'état d'avancement d'une société.

Dans notre époque si matérielle et si progressive, tout doit venir converger à la Bourse. C'est, comme dans un grand corps, le C(Bî^t qui reçoit la vie et en opère la diffusion à travers tous les membres.

Quand le cœur a des mouvements inégaux et convulsifs, l'homme et la société sont malades.

La moralité des individus consiste à savoir garder en toutes circonstances un juste milieu; les vertus ne sont autre chose que l'état d'équilibre de nos facultés, et nos qualités elles-mêmes, dans leurs plus grands écarts, ne produisent que des vices.

Les peuples n'avancent en civilisation, en moralité, en bien-être, qu'à mesure que les éléments sociaux sujets à varier oscillent entre de plus étroites limites ; que le calme politique s'affermissant, les grandes commotions disparaissent ; alors la confiance grandit, et avec elle la puissance de l'Association et du Crédit,

Les choses extrêmes sont toujours fatales, aux peuples comme aux individus.

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