‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 13 sur 73 · LE ROI, MULEY · texte numérisé non relu

LE ROI, MULEY

MULE Y, À part.

Puisque les mesures de surveillance que le roi a multipliées m'empêchent de servir Fernand , il faut au moins qu'en véritable ami je le remplace en son absence. ( Haut. ) Seigneur, tu sais comme je t'ai servi sur terre et sur mer; si j'ai pu mériter ta ^bienveillance , daigne m'écouter.

LE ROI

Parle.

MULEY

Fernand...

Lt: ROI.

N'en dis pas davantage.

MULEY

£st-il possible que tu ne veuilles pas m'entendre ?

LE ROI

Non ; lorsque tu nommes Fernand tu m'offenses.

^4 liE PRINCE CONSTANT, .

MDLEY.

Comment , seigneur ?

LE ROI

Parce que , si tu me parles, pour lui , tu me mets dans rimpossibilîtë de faire ce que tu demandes.

MULEY

Je suis chargé de sa garde, nç dois-je pas te rendre compte de sa personne ?

LE BOI

Parle donc, mais n'espère point de pitié de moi.

MULEY

Fernand a vu remplacer sa gloire par une misère si profonde, que l'univers, connaissant ta rigueur ( je devais dire ta puissance ) , le nomme le prodige de l'infortune. Fernand est aujourd'hui conduit par sa constance à un état si déplorable, que jeté dans I un lieu que je n'ose nommer devant toi, pauvre, malade , paralysé, il demande l'aumôneaux passans. Tu as voulu qu'il dormit dans les cachots , qu'il travaillât dans les bagnes et dans tes écuries, que per- \ sonne ne lui donnât à manger ^""^^ ; il est arrivé au \ point que les souffrances qu'il a éprouvées , et la fai- \ blesse naturelle de son corps , l'ont privé de l'usage 1 de ses membres, et ont détruit jusqu'à la noblesse et 1 à la majesté de soa aspect. Cependant il passe la nuit i dans des cachots humides, persévérant dans sa cons- V tante foi ; et lorsque le soleil ramène le jour , d'auj très captifs le portent sur une misérable natte dans i quelque endroit oii il puisse jouir de ses rayons (''^* Mais sa présence offense tellement tous les sens,

que personne ne peut le souffrir près de sa demeure, que chacun le chasse à l'envî , et qu'on en est venu au point de ne vouloir ni lui parler, ni l'écouter, ni le plaindre. Un domestique seul et un loyal chevalier le consolent dans ce malheur et ne le quittent pas : ils partagent avec lui la faible portion d'alimens qu'on leur distribue ^**^; encore tes gardes les maltraitent-ils à cause de la pitié qu'ils montrent en servant leur maître : mais il n'est point de rigueur ni de cruauté qui les puissent éloigner de lui. Pendant que l'un va lui chercher des secours , l'autre reste auprès de l'infant pour le consoler dans ses peines. Seigneur, que tant de rigueur finisse; si tu n'as point de pitié du prince , aie du moins horreur de son état; qu'il te donne du dégoût, s'il ne peut t'arracher des larmes.

LE ROI

C'est bien , Muley.

(Féniz entre. )

FÉNIX.

Seigneur, si mon respect et ma soumission à vos volontés vous ont donné quelque affection pour moi, je viens demander une grâce à votre majesté,

LE ROI

Que pourrai-je te refuser ?

FÉNIX.

Le grand-maitre Fernand. . .

LE noi.

U suffit : n'ajoute pas un seul mot.

FÉNIX.

Il inspire l'horreur à tous ceux qui le voient. Je voulais seulement obtenir...

LE ROI

Arrête , Fënix , arrête. Qui donc oblige Fernand à chercher lui-même son mal^ à courir à une mort aussi douloureuse ? S'il souffre un juste châtiment pour être fidèle à sa foi ^ c'est lui-même qui se montre cruel. N'est-il pas en son pouvoir de sortir de sa misère , de vivre heureux et libre ? il, çft^jiest.IsLîûaître ; qu'il remette Ceuta , le même instant verra finir ses peines et ma rigueur.

( S^iiD entre. )

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