‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 14 sur 73 · SÉLIM · texte numérisé non relu

SÉLIM

Seigneur^ deux ambassadeurs , l'un de Tarudant^ l'autre du Portugais Alfonse , attendent la permission de t'être prësente's.

FÉNIX, à part.

Peut-il exister de plus grandes peines ? Sans doute Tarudant envoie cet ambassadeur pour me conduire à lui.

MULE Y, à part.

Ce jour détruit à la fois toutes mes espe'rances. L'amitié et la jalousie me déchirent à Fenvi.

LE ROL

Qu'ils entrent. Fénix, assieds-toi près de moi sur cette estrade.

(Ils s'asseyent; Alfonse et Tarudant entrent chacun de leur côlé [^^).

TARUDANT.

Généreux roi de Fez...

ALFONSE

Roi de Fez, justement glorieux...

TARUDANT.

...Dont la renommée...

ALFONSE

...Dont la vie...,

TARUDANT.

... Durera toujours.

ALFONSE

... Puisse prospérer long-temps!

TARUDANT.

Et toi, aurore de ce soleil...

ALFONSE

Et toi, orient de ce midi...

TARUDANT.

...Que les temps....

ALFONSE

...Que les siècles...

TARUDANT.

•.. Prodiguent à ton règne...

ALFONSE

Répandent sur ta vie...

TARUDANT.

La gloire et les triomphes !

ALFONSE

••. Toutes les félicités !

fjQ LE PRINCE CONSTANT.

T\RUDANT.

Pendant que je parle, chrétien, comment oses-ttL parler ?

ALFONSE

Parce qu où je suis, personne ne doit parler avant moi.

TARUDANT.

Je suis More , et je dois être le premier. On ne préfère point les étrangers aux compatriotes.

ALFONSE

On les préfère toujours : l'hôte a toujours la pre-^ mière place au foyer.

Ce motif ne suffirait pas...

LE ROI

Veuillez vous asseoir tous les deux sur Ces estra-* àe^.{A Aljonsc.) Parle ïc premier. Portugais, {à Tariulant ) parce qu'enfin , étranger à notre race et à notre loi, c'est à lui que je dois d'abord faire honneur^

TARUDANT, à part.

Quel affront pour moi !

ALFOiNSE.

Je ne te retiendrai pas long-temps. Roi fameux, que la renommée puisse à jamais célébrer, iiialgré l'envie et la mort même ^^""^ , Alfonse de Portugal te salue ; et puisque l'infant don Fernand ne veut point de sa liberté si c'est au prix de Ceuta qu'elle doive être rachetée , mon roi m'a chargé de te dire que tu peux estimer sa rançon à tout ce que peut désirer

JOURNÉE m, SCÈNE t. tjg

l'avarice , à tout ce que peut cle'daigner la prodigalité; qu'il te donnera en or , en argent, en joyaux , la valeur de deux \illes comme celle que tu demandes : voilà ce qu'il te prie d'accepter. Mais, si tu ne lui rends pas ton prisonnier, il m'a charge de te déclarer qu'il le mettra en liberté' par la force des armes. Déjà , dans ce dessein , une cité flottante de mille vaisseaux s'élève sur le dos de l'Océan; il jure qu'il saura te vaincre et le délivrer ; que , dans tes états baignés de sang, le soleil, cherchant en vain le soir les éméraudes qu'il a éclairées le matin, ne verra plus que des rubis.

TARUDANT.

Ambassadeur comme toi, il ne m'appartient pas de te répondre pour le souverain à qui tu t'adresses; mais, mon roi étant son fils, l'insulte que tu lui fais touche aussi Tarudant , et je puis m'expliquer pour lui. Dis donc, de la part du roi de Maroc, à don Alfonse, qu'il peut venir; que, dans le peu d'instans qui s'écoulent entre la nuit et l'aurore , il verra , grâce à nos cimeterres , ces champs, ï'uisselans d'une pourpre brûlante, faire croire au ciel que les oeillets sont les seules fleurs qu'il ait l'épandues sur cette plaine.

ALFONSE

More, si tu étais mon égal , tout cela pourrait se

réduire à un combat entre deux jeunes guerriers.

Mais disàton roi, s'il a envie de gagner de la gloire,

de se présenter au combat; le mien ne manquera

pas de s'y rendre.

8o LE PRINCE CONSTANT,

TARDDANT.

Tu as presque dit que tu es le roi don Alfouse; et, s'il en est ainsi , Tarudant saura te répondre.

ALFONSE

Soit; je t'attends en champ clos.

TARUDANT.

Tu ne m'attendras guère ; je suis l'autan.

ALFONSE

Je suis la foudre.

TARUDANT

Je suis la fureur.

ALFONSE

Je suis la mort.

TARUDANT.

Tu m'entends, et tu ne trembles pas ^^^?

ALFONSE

Tu me vois , et tu vis encore ?

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