‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 27 sur 73 · UN AUTRE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

UN AUTRE DOMESTIQUE

Un étranger veut vous parler, et prétend qu'il est nécessaire que vous l'entendiez dans l'affaire dont vous vous occupez.

LE JUGE

C'est sans doute quelque nouveau renseignement. Qu'il entre.

( Louis Pérès pandt m foaà da thë&tre avec Manuel Meodea. )

LOUIS

Manuel , reste à cette porte , et tant que je parlerai au juge , ne permets à personne de s'approcher fjbur voir ou écouter.

S'approcher? N'aie aucune crainte ; aucun n'entrera que moi. Tiens-toi pour averti.

(Iliort.) LOUIS, s^approchant.

J'ai l'honneur de baiser les mains au seigneur juge j je le supplie de s'asseoir et de rester seul avec moi. J'ai à lui parler de choses relatives à* la commission dont il est chargé.

LE JUGE , aux domestiques.

Sortez.

( Les domestiques sortent. ) LOUIS.

Comme cet eMretîeri pourrait être long, vous me permettrez de^prendre un tabourei.

LE JUGE

Asseyez-vous. ( A part.) Cette déposition sera importante.

JOURNÉE II, SCÈNE IIl. 173'

LOUIS

Comment vôtre seigneurie se trouve-t-elle de l'air de la Galice ?

LE JUGE

Très-bien. A vpus servir, si je pouvais le faire.

LOUIS

J'ai entendu dire que votre seigneurie est venue pour procéder contre certains coupables...

Oui, seigneur; contre un don Âlonze de Tordoya et un certain Louis Përez : don Alonze est accuse d avoir donné la mort, en combat singulier, à don Diègue d'Alvarade.

LOUIS

Voyons j est-ce donc là un forfait assez grand , un éyénement assez important, pour qu'un homme juste et sage s'éloigne de la capitale ? Devait-il abandonner les aises et le repos que lui ont assurés ses talens, et qui conviennent à son âge, pour constater un malheur qui se répète chaque jour ?

LE JUGE

Aussi n'est-ce pas l'essentieL Ce qu'il y a de plus important , c'est la résistance faite à justice; c'est la blessure d'un corrégidor par un malheureux , un insolent , ce Louis Pérez, homme vil, qui vit ici de ses crimes. Mais j'ai tort de parler ainsi de cette affaire sans savoir qui vous êtes. Veuillez me dire ^otre non! , et ce que vous voulez , parce qu'avant tout il convient de savoir avec qui l'on cause.

LOUIS

Je TOUS le dirai yolontiers.

LE JUGE

Diles-le donc.

LOUIS

Je suis Louis Ferez.

LE JUGE, «levant.

Holà ! quelqu'un !

MANUEL, eatraat.

Seigneur ^ que TOulez*TOus ? Je suis à vos oi

LE JUGE

Qui êtes-vous ?

LOUIS

Un de mes camarades.

MANUEL

Votre très-obéissant serviteur , et si obéissat nul autre que moi n'aura l'honneur de yous s tant que je serai ici.

LOUIS

Que votre seigneurie ne se trouble pas. Q veuille bien se rasseoir y nous avons à causai guement*

(Manuel sort. ) LE JUGE, a part.

Il est de la prudence de ne pas aventurer m avec des hommes aussi désespérés, et qui sans en ont d'autres avec eux. ( // se rassied. ) {H Eh bien , Louis Pérez, que voulez-vous ?

LOUIS

J'ai été absent pendant quelques jours de ce

(e suis de retour d'aujourd'hui^ et dans mes conversations avec différentes personnes , elles m'ont toutes assure que tous aviez commencé un procès contre moi ; mais quand j'ai demandé ce qu'il contenait , les unes m'ont dit une chose , les autres une autre ; moi, impatient de connaître la vérité, je n'ai cru pouvoir mieux faire que de venir m'en informer à celui qui la sait mieux que personne. Ainsi, seigneur, je vous supplie, si mes prières peuvent avoir quelque puissance , de voidoir bien me dire ce qu'il y a contre moi, pour que je ne fasse pas des imprudences , dans le doute où je pourrais être de ce qui me condamne ou de ce qui me disculpe.

LE JUGE

Vous poussez loin la curiosité !

LOUIS

Je suis même un curieux impertinent; mais si votre seigneurie ne veut pas le dire , il me paraît que c'est là la procédure; elle s'expliquera ellemême, et je ne vous en aurai point l'obligation.

( Il prend le procès sur la table. ) LE JUGE, se levant.

Que faites-vous ?

LOUIS

Je feuillette un procès.

LE JUGE

Songez....

LOUIS

Rasseyez-vous , seigneur juge ; je ne voudrais pas être forcé de vous le dire si souvent. ( Le juge se

rassied. ) Voici le préambule, les procès verbaux^ et cœtera , je n'en ai pas besoin , je sais à peu prè^ ce qu ils contiennent. Venons à Tinformation. Voi-ci le premier témoin.

(Il Ut.)

u Et ayant reçu en la forme prescrite le serment » d'André Ximenez , il a déclaré que lorsque les M deux cayaliers vinrent , il était à couper du bois, » qu'ils se battirent seuls ^ et qu'au bout de peu de » momens, il vit tomber don Diègue; que la justice » arrivant en même temps , don Alonze voulut s'é- » chapper , mais que son cheval fut tué d'an coup » d'arquebuse ; et qu'alors s'enfuyant avec rapidité , » il arriva à pied à la maison de campagae de Iaxhu » Pérez ( voici mon affaire ) ; que celui-ci parla » poliment au corrégidor pour l'engager à ne paî » poursuivre aussi rigoureusement ce cavalier , que » le magistrat n'en voulut rien faire , et qu'alori » Louis se mit au milieu du chemin ^ pour en dé- )) fendre le passage et résister à la justice é Que h » déposant ne peut dire quand ni comment fu » blessé le corrégidor, ne le sachant pas. Telle est si » déclaration qu'il aiErme, sous le serment qu'il i » fait. »

El il affirme la vérité. André Ximenez est ui homme de bien. Voici le second témoin.

« Gil Parrado déclare qu'entendant du bruit , j » sortit de Salvatierra, et arriva au moment où Loui » Pérez se battait contre tous ; qu'il le vit ensuite s( » jeter dans le fleuve , et qu'il n'en sait pas davan- » tage. »

Celui-là est bref. Troisième te'moin , Jean-Baptiste, Ah ! voyons ce que dira ce vieux chrétien.

« Il était entre des arbres verts , lorsque ces deux » cavaliers vinrent se battre. Us combattirent avec » égalité , quand Louis Pérez sortant d'une embus- » cade , et se mettant à côté de don Alonze, ils don- » nèrent ensemble la mort à don Diègue, lâche- » ment et traîtreusement. »

Vous en faut-il davantage , seigneur juge , poup connaître cet homme et apprécier son témoignage ? Il est si infâme qu'il s'accuse lui-même d'avoir vu consommer une trahison , ef de n'avoir pas bougé. Vive Dieu ! il ment. Continuons.

« Que don Alonze monta à cheval, et que Louis « Pérez se trouvant à pied combattit contre la jus- » tice . tuant et blessant diverses personnes. »

Cçfi un juif. Vous me permettrez, seigneur, d'emporter la feuille. ( Il T arrache). Je vous promets de vous la rapporter moi-même lorsqu'il en sera temps, parce que je veux faire confesser la vérité à ce chien maudit. Il est vrai qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'il ne sût pas faire une confession ; il n'y a pas assez long-temps qu'il l'apprend. Si les juges doivent prononcer sur les dépositions , ce ne doit pas être sur celles de faux témoins, et ils doivent d'ailleurs écouter ce qu^on peut alléguer pour la décharge de l'accusé.

Veuillez, seigneur, examiner si j'ai commis quelque délit en étant tranquillement à la porte de ma maison de campagne. Si le malheur vient m'y chercher, dépendait-il de moi de le fuir? Vous savez

({ue l'homme prudent ne doit pas inculper pour un

TOM. II. Caldéron, 12

178 LOUIS PÉREZ DE GALICE, événement fâcheux celui qui ne se l'est point attira par sa conduite

DOMESTIQUES, derrière la scène.

Tout le monde est réuni. L'homme qui est aveC^ le juge est Louis Pérez. Entrez , arrêtez-le.

MANUEL, derrière la scèue.

Je suis ici pour le défendre.

LOUIS , se levant et mettant Tépëe à la main.

Manuel^ vous pouvez les laisser entrer. Je sais ce que je voulais savoir , et vous verrez que ceux qui entreront par la porte se trouveront peut-être heureux de sortir par les fenêtres.

LE JUGE

Arrêtez. Je vous promets, foi d'homme de bien, Louis Pérez, que, si vous vous* rendez , je serai éternellement votre ami.

LOUIS

Je ne veux point d'ami parmi les gens de robe- Ils ne se croient point obligés par leurs paroles et font les lois en conséquence.

LE JUGE

Si vous ne vous rendez, je puis vous faire donne la mort.

LOUIS

A la bonne heure , ce sera quand vous le pourrez^

LE JUGE

Ne le puis-je à présent?

LOUIS

Non. La force de mon bras me sert d'asile.

LE JUGE

Entrez; tuez-les s'ils se défendent.

( Maouel entre avec des alguaiUs domesliquet.)

MANUEL

A eux , Louis Pérez ?

LOUIS

A eux y brave Manuel Mendez. Je vais éteindre les lumières ; nous saurons s'ils sont hardis dans Tobscurité.

(II éteint let lumières.) UN ALGUAZIL.

Quelle horreur !

LE JUGE

Quelle confusion!

LOUIS

Place, canaille, traîtres, lâches! Il en restera du renom de Louis Pérez de Galice.

(Ils sortent en se battant.)

FIN DE LA DEUXIEME JOURNÉE

i8o LOUIS PÉREZ DE GALICE,

'»%<»%<»%%%»i<%%<i»%w^i^wr»>»%*^^i»%<i»»»ii>»%»»m<^<>i»%KM»i»<<»^i»»»»»m%>i»%»%^>t%on%^%* m *****

JOURNÉE TROISIÈME

Page 1