‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 28 sur 73 · LOUIS PÉREZ, ISABELLE, DONNE JEANNE · texte numérisé non relu

LOUIS PÉREZ, ISABELLE, DONNE JEANNE

MANUEL

LOUIS

Cette haute montagne, dont le front sourcilleux semble soutenir le ciel , doit être notre défense et notre forteresse. Et puisque les lâches qui attaquèrent deux hommes seuls dans une occasion si favorable, n ont pu nous arrêter dans la maison du juge, qu'ils perdent l'espérance de se venger sur moi. Ne sachant où je suis retiré, ils me chercheront ailleurs; qui croirait que c'est dans un bois fermé et sans issue que je veux sauver ma vie? De ce côté est la ville ; de l'autre, la nature, plus habile que l'art, a placé un mur de rochers, au bas duquel, comme un large fossé, le Mignp roule ses ondes argentines. C'est ici que nous demeurerons. Les fourrés de ces bosquets seront la retraite où nos beautés , ton épouse et ma sœur, seront en sûreté. Au milieu des bois, orgueilleux de les protéger,

JOURNÉE III, S€ÈNE I. î8i

leur teint embellira à la fois ces lieux ^ de la neige de janvier et des roses de mai. La nuit nous pourrons nous retirer dans ce village, qui d'icr semble être une tache du rocher; ce n*est pas là qu'on soupçonnera notre retraite : pendant le jour nous irons tous les deux sur le chemin, où nous demanderons notre subsistance aux laboureurs de ces villages , sans user de violence envers eux ; Tïous ne prendrons que ce qu'ils voudront nous donner.C'est ainsi que nous vivrons jusqu'à ce que, la première ardeur des recherches étant affaiblie , nous puissions en sûreté sortir d'ici et passer dans^ une autre province, où nous serons ignorés et à l'abri de nouveaux malheurs, si cependant il est quelque asile où l'on puisse être garanti du pouvoir d'une fortune ennemie.

MANUEL

Ce n'est pas la première fois, brave Louis Pérez, qu'un vaillant meurtrier a trouvé son asile dans la maison du mort, parce que la justice, ne pouvant présumer qu'il ose s'y retirer, ne l'y cherche pas; de sorte qu'il reçoit la vie de celui à qui il a donné le trépas. C'est ainsi que dans cette montagne , qui est sous les yeux de nos ennemis, nous sommes en sûreté, parce qu'ils ne viendront pas nous y chercher ; et y. vinssent-ils , nous pourrons leur résis^ ter, puisque nous ne craignons point d'y être enveloppés. Nos flancs et nos derrières sont gardés par ces roches énormes , par ces ondes pures qui paraissent rivales , lorsque le fleuve , répétant la verdure du feuillage, semble vouloir devenir une

i8?. LOUIS PÉREZ DE GALICE,

forêt, et que la forêt à son tour paraît offrir aux yeux le brillant de Tonde dans le cristal de ses ro« chers y et les flot$ dans la masse ondoyante de ses rameaux flexibles.

Je vous ai écoutés avec attention; maisi vive Dieu! je suis outrée de yotre mépris pour nous. Comment y vous croyez n'être ici q^e deux pour combattre ! Je suis à tea catésj mon frère ; Isabelle t'imitera X et tu verras que mon bras,, comme le tieû , peut mériter de la glpire , et s^v^sl dopner la mort.

J arrive la derrière ; uuûs^ quoique je par^issie la plus timide , il n'est jaipais trpp tard pour vou3 assurer que je saurai me défendre et ^lourir avec vous. ^

LOUIS

Je V0U3 remercie dç votre valeuf* |. m^aiç vqs^ oQres généreuses sont inutiles. Les fem^y^Sr doivent toiir jciurs être femmes , et nous suffi^on^pour yqu9 protéger. Allons jusqu'au chemin. Manuel >. AOjflS y trouverons 4© q^ioi vivre j et voua, atteiMle»-nous en ce lieu.

( Ils sortent. ) ISABELLE.

Nous prions le ciel qu'il vous permette de revenir si vite , que la pensée puisse ignorer que vous avez été absens.

(EUe sort avec Jcaioiu:. }

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