SCÈNE V
/lutre partie du bois. Sur uif côté de la scène est mi rocher escarpé.
JEANNE, ISABELLE, sur le rocher.
Le coup d'arquebuse que j'ai entendu, ce bruit plein d'e'pouyante et d'horreur , a ëté l'éclat du tonnerre pour les autres , et m'a frappée comme la foudre. ciel tout-puissant ! d'où yient le retard, de Louis? de cruelles pensées me font frissonner d'effroi. Ma chère amie, qu'en crois-tu?
JEANNE
Comment yeux-tu que je te réponde, moi que les mêmes doutes tourmentent des mêmes terreurs?
ISABELLE
Descendons de la montagne ; il est moins pénible de mourir d'une fois, que d'être tué lentement par les angoisses déchirantes.
(Louis et Mannel entrent sur la scène. )
LOUIS
Faites en sorte de parvenir sur le rocher. Manuel; une fois que nous y serons tous les deux, qu'un bataillon Tienne, par Dieu! nous ne nous rendrons pas.
(Us montent I Manuel le premier.) ISABELLE.
Louis !
JEANNE
Manuel !
MANUEL
Te voilà , mon amour !
Me voici, ma sœur.
ISABELLE
Qu'est-il arrivé ?
LOUIS
Qu'un monde entier nous poursuit.
MANUEL
Toute la force humaine ne peut lutter contre le destin .
ISABELLE
Ne craignez pas le monde entier. Vous avez vos épees dans vos mains ^ et les nôtres pourront rouler ces pierres.
C Lo juge et ses gens entrent dans le bas.) LE JUGE.
Escaladez ces rochers; malgré toute leur résis* tance, il faut que je pose mon pied sur leurs têtes orgueilleuses. Vive Dieu ! tout le pays que nous découvrons sera la place publique; cette montagne sera l'échafaud qui verra s'exécuter les arrêts de ma justice. A celui qui me livrera Louis Pérez mort ou vif, je lui donne deux mille écus.
LOUIS, dëj à près du sommet.
En vérité , c'est par trop bon marché ; vous m'estimez trop bas : je vous apprécie bien davantage.
Celui qui me livrera le seigneur juge , vif ou mort , pourra espérer quatre mille écus de ma main«
LE juge!
Tirez, tuez-les; que les foudres du ciel les frappent!
( On tire an coup d*arquebuM. Louis toinLe.) LOUIS.
Je suis mort. mon Dieu ! protëge-moi !
LE JUGE
Rends-toi !
LOUIS
Me rendre? J'en appelle à mon ^ée; mais je ne puis me soutenir. Venez, venez me prendre.
( Il loml>e jusqùtfS sur la scène. ) LE JUGE.
•Mort encore , il me résiste !
ISABELLE
Ah! seigneur! ne le tuez pas ; ou si votre cruauté lui ôte la vie , arrachez-moi aussi l'existence.
LE JUGE
Marchons à Salvatierra ; cette prise me suffit.
MAI9UEL, à Jeanne.
Laisse-moi !
^ JEANNE
Que veux-tu fiiire ?
Me précipiter là-bas.
JEANNE
Arrête !
2o8 LOUIS PÉREZ DE GALICE,
MANDEL
Lache-moi! ou, par Dieu! je te lance au fond de cette vallée oii nous mourrons tous les deux.
( Don Alonse entre. )
DON ALONSE
Quel bruit ai-je entendu ? *
MANUEL
On emmène Louis Ferez prisonnier, et dût-il m'en * coûter la vie , on verra ce que peut mon amitié.
( Il descend suivi des deux femmes ) ^ DON ALONSB.
Suivons-le. J'avais cru devoir me cacher, et rester ici sans être connu; mais puisque les choses sont en cet état , et que la situation d'un ami est si périlleuse, je quitte le masque, et nous moHrrons tous ensemble pour lui.
(IlsaorUnt.)