‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 38 sur 73 · TOUJOURS CAVER AU PIRE · texte numérisé non relu

TOUJOURS CAVER AU PIRE

ToM. II. Caldéron. l5

228 IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE , honneur. C'est ce que je me dois à moi-même et non ce que je lui dois , qui m'oblige à ces démarches. Appelle-la ; il est temps qu'elle s'e' veille.

(Léonor entre.)

Vous pourriez parler ainsi ^ don Carlos, si je me livrais au sommeil, mais une malheureuse femme qui éprouve les rigueurs d'une fortune si cruelle, souffre tant à chaque instant, qu'elle n'en peut donner aucun au repos. Que me voulez-vous?

DON CARLOS

Je veux vous informer des moyens que mon affection veut prendre, pour vous protéger du moins, s'il ne m'est plus possible de vous aimer. Vous saurez

LEONOR

Vous n'avez pas besoin de continuer. Quelque chose que vous exigiez , il me suffira de connaître vos ordres pour m'y soumettre avec obéissance. Certes, il est pénible pour moi que, danfe une; peine semblable , je vous voie plus occupé de remplir les devoirs d'un ^oble cavalier que ceux d'un amant ; mîiis je n'ai , point d'autre choix , d'autce désir , d'autre volonté que les vôtres; vous pouvez vous dispenser de m'en dire davantage sur ce sujet.

DON CARLOS

Ah! belle Léonor, que cette soumission serait ag^réable àtmon .cœur,; si elle naissait de l'affection et non de la nécessité !

LÉONOP.

Celui qui, vjictime d'une fausse apparence ^ est

JOURNÉE I, SCÈNE I. aag

persuade d'une erreur , peut difficilement être détrompé^ et surtout lorsqu'il fait lui-même aussi peu d'efforts pour examiner ce qui a pu être ou n'être pas.

DON CARLOS

Ne cherchez pas à tous discul]per ^ Léonor : cela TOUS est impossible.

LÊONOR.

Fais du moins encore une chose pour moi , c'est la dernière que réclamera mon amour.

DON CARLOS

Je la ferais n'ayea^ point de souci : dites-mpi ce que TOUS désirez..

LÉONOR

Écoute-moi^ Carlos^ avec tranquillité... tu pourras ensuite ne rien croire de ce que je t'aurai dit.

DON GARLOS.

A cette condition j'y consens : continuez. Qu'exigez-YOus de moi ?

LÉONOR

Ton attention seulement.

DON CARLOS

Un moment. ( A Fabio. ) Fabio?

FABIO

Seigneur.

DON GARLOS.

Si le cavalier que tu as été chercher venait, tu entreras avant lui, pour que Léonor ait le temps de se cacher. ( Fabio sort. ) Vous pouvez maintenant poursuivre.

23o IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE,

LÉONOR

Tu sais, mon cher Carlos.... Je commence mal. Je veux te dire la ve'rité et je débute par un mensonge... Carlos ! tu n'es plus h moi ! oii en suis-je réduite , que je doive à présent m'interdire les mots que je m'étais fait une douce habitude de prononcer ^'\Tu sais, di^e, de quel illustre sang je suis née, tu sais quel est le rang que tiennent dans Testime publique mes parens et mes alliés. Tu sais aussi , Carlos, que je n'en ai jamais démérité, quelles que soient les taches dont mes malheurs puissent souiller Iha renommée. C'est avec crainte que je me rends cette justice , je vois à ma honte que la vérité même entasse des SQupçons contre moi. En me voyant errer ainsi dans un royaume étranger ^'), au pouvoir d'un jeune homme, en sachant qu'il me traite avec tant d'indifférence , que les attentions recherchées qu'il a pour moi, je les dois, non à son affection, mais aux sentimens d'honneur qui l'animent, qui croirait que c'est sans avoir commis de faute, que je souffre tous ces malheurs? Qui croirait que le premier qui s'offense de ma conduite est celui qui me «doit le plus? Mais qu'importe que, pour multiplier ces fausses apparences, le destin, les cieux et le temps semblent conjurés contre moi ; un jour la vérité les ramènera de jnon côté, et, telle que le soleil après une éclipse, ses rayons voilés un moment finiront par percer l'omhre vaine dont l'orgueil croyait l'obscurcir à jamais. Oui, malgré les nuages , qui souillent la splendeur de ma vertu , elle sortira victorieuse et bril-

JOUaMÉË I, SCÈNE I. a3i

lante de ces épreuves; mais jusqu'à cet heureux moment, je dois mettre à profit le temps que tu veux bien m'accorder. Je reviens à mon discours.

A Madrid , ma patrie , et plût au ciel qu'elle fût déjà mon tombeau! tu me vis un soir, Carlos; parce qu'ayant été à Saint-Isidore avec des amies , tu pus , comme leur parent, t'approcher de nous ; et que la liberté de la promenade favorisant ton audace, tu fis quelque attention, je dirais à ma beauté, si je croyais en posséder quelqu'une; enfin tu fus aussi galant qu'aimable , et ton esprit sut voiler habilement la vivacité de tes sentimens sous les formes de la politesse. Dès ce moment tu commenças à te promener dans marne, à soupirer aux grilles de mes fenêtres, à être le jour et la nuit, ou immobile comme une statue devant ma maison, ou prompt comme mon ombre à me suivre ; tu employas les soins de mes amies et de mes suivantespour obtenir que je fusse, sinon reconnaissante de ton afiTection , au moins attentive à tes discours. Que de temps , de soins , d'adresse ne t'en coûta-t-il pas pour me décider à lire une de tes lettres.? Tu sais tout cela ; et, quelque douceur que j'aie à me rappeler ce temps, je cède à ton impatience. Je fus enfin persuadée que tes desseins honnêtes et purs n'avaient pour but que le mariage; je reçus tes vœux : je fus trop peu sévère peut-être , mais puisque tes désirs étaient légitimes , l'illustration de ta race , la sagesse de ta conduite , les agrémens de ta personne, les grâces de ton esprit, sontsansdoute une excuse suffisante. D'accord dans nos projets, pendant le silence de la nuit^ seule dépositaire de nos secrets , nous nous parlions par une croisée de mon

a3a IL NE FAUT PAS TOUJOURS CAVER AU PIRE , appartement ; mais, de crainte d'ëveiller l'attention de ceux qui ont la sottise d'oublier leurs affaires pour se mêler de celles des autres , nous convînmes que tu pusses dès lors entrer dans la chambre d'un domestique, où nous pouvions causer sans être vus. Malheureuse précaution qui a attiré tant de malheurs, et qui n'a ëcartë les maux du dehors, que pour en accumuler de plus terribles dans l'intérieur de ma retraite! Une nuit tu vins plus tard qu'à l'ordinaire : je ne veux point maintenant te demander si ce n'étaient pas d'autres plaisirs plus vifs qui t'avaient retardé; tu venais au malheur, je te rends grâce de ne t'être point hâté d'arriver : tu entres ; et au moment où mon affection inquiète , ma constance alarmée , t'attendaient avec ces doux reproches d'amour , qui , mêlés de confiance et de crainte , rendent l'affection d'autant plus vive, qu'ils semblent moins la témoigner j à peine avais-je commencé à te parler, lorsque j'entends du bruit dans mon appartement ; j'y rentre j toi, pensant que c'était un adieu affecté pour punir ton retard , tu me suis, lorsque,... ô ciel I... je vis devant moi,.. • ma mémoire me tue , ... un homme couvert de son manteau,. ... la voix me manque,.. •• qui venait.... ^^\

(Fabio entre.)

FABIO

Le cavalier que j'ai été chercher attend à votre porte.

DON CARLOS, à Léonor.

Rentrez chez vous; il ne doit point vous voir encore.

JOURNÉE I, SCÈNE I. a33

lAonor.

Faut-il que la fortune me poursuive , au point de m'ayoir même enrië le court instant où je distrayais mon chagrin en rappelant mes malheurs ?

C'est en vain que tu cirois pouToîr te disculper.

FABIO

Si vous devez vous cacher^ hÂtez-yous, car il entre.

D0|N CARLOS, à Fabio.

Tu nous laisseras seuls. ( Jl Léonor. ) Vous écouterez notre conyersation.

LÉONOR

Que je suis malheureuse !

(EUeiort.) DON CARLOS.

Plus malheureux encore^ j'ai perdu la félicité que je croyais posséder.

(Fabio sort.) (Don Jttan entre.)

DON JUAN

Don Carlos ! mon cher cousin I

DON CARLOS

Embrassez-moi^ don Juan.

DON JUAN

Je deyrais yous refuser; -mais je ne puis obtenir de moi que les^ plaintes que j'ai à former de yous remportent sur le plaisir de yous yoir. Vous êtes à Valence , don Carlos , et yous n'êtes pas chez moi ? Qu'est ceci ? d'où y ient que yous faites cet outrage

à notre amitié^ et aux liens du sang qui nous unissent?

DON CARLOS

Je vous remercie de vos reproches, don Juan ; mais j'ai de si bonnes excuses, que je suis sûr que vous ne vous plaindrez pas long-temps de cette Êiute. Comment vous portez-vous ?

DON JUAN

Comme un ami, toujours disposç à vous servir, quoi qu'il puisse en arriver.

DON CARLOS

Ma cousine, votre sœur....

DON JUAN

Elle se porte à merveille. Majs laissons là , s'il vous plaît, les compli mens, qui sont des gentilshommes fort ennuyeux. Qui vous a amené ici, don Carlos? Qu'y a-t-il de nouveau à la capitale ?

DON CARLOS

Que peut-il y avoir? des malheurs qui m'accablent , que je fuis en vain , et que je retrouve partout.

DON JUAN

Vous augmentez encore le de'sir que j'ai de savoir quel motif vous amène.

DON CARLOS

Je vis , il y a quelque temps , une beauté' , et je Taimai si promptement, que je sais à peine si ma vue précéda mon amour. Passionné , je lui rendis des soins; constant, je souffris ses dédains; tendre, je méritai des faveurs ; jaloux , je pleurai mes tour-

/ JOURNÉE T, SCÈNE I. 73r>

mens. Tels sont les quatre âges de Tamour. Il nait dans les bras du dëdaîa^ il croit sous la tutelle du désir, il s'entretient avec les faveurs, et meurt enfin empoisonné par la jalousie. Je pouvais lui parler de nuit en entrant dans la chambre d'un dômes-* tique ^ où elle passait de son appartement. Un soir nous entendîmes du bruit chez elle ; elle rentra; je la suivis , craignant que ce ne fût son père, et empresse de la défendre de sa fureur^ lorsque nous vîmes un homme qui sortait de sa chambre , suivant ses pas avec précaution. Qui est-ce? dit-elle; il répondit : Quelqu'un , qui ne voulait autre chose qu'être témoin de ce qu'il voit à présent. Je ne parlai pas. Aux yeux de ma dame, et enflammé par ma jalousie , je chargeai mon épée de s'expliquer pour moi. Nous nous battîmes, résolus Tun et l'autre à vaincre ou à périr. Le ciel , je ne sais si ce fut dans sa bonté ou dans sa colère , le ciel voulut que mon adversaire tombât d'une blessure , et que nous eussions ainsi la même destinée en expirant, lui de mes coups, moi de l'offense qu'il m'avait faite. Vous croyez sans doute que c'est ce malheur qui m'oblige à venir à Valence pour fuir les rigueurs de la justice; non, don Juan; il me reste à vous raconter l'événement le plus étrange , l'aventure d'amour la plus extraordinaire qui ait jamais dû être recueillie dans les annales de son temple. Au bruit de nos épées, au désespoir de ma maîtresse, les femmes de la maison poussèrent des cris qui réveil-* lèrent son père. Voyez-moi à présent , lorsque Isk jalousie me déchire , exposé à la colère d'un noble vieillard , et prêt à être enveloppé par ses gens |

236 IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE, entre ma dame évanouie et mon adversaire expirant. Voilà quelle était ma position, lorsque, revenant à elle , elle me supplia de vouloir protéger sa vie. Si elle avait fait une faute , elle sut au moins se fier à un homme d'honneur ; aussi , malgré sa trahison, fùalgré l'outrage que j'avais reçu, je pensai à sauver celle que j'avais aimée , et non point à me venger d'elle. Suivez-moi, lui dis-je. Faisant de mon épée un mur qui arrêta ceux qui tentèrent de nous poursuivre , nous parvînmes à sortir ; et , la crainte prêtant ses ailes à notre fuite, nous secourut si puissamment, que nous pûmes trouver un sûr refuge dans l'hôtel d'un ambassadeur.

J'envoyai chercher un des domestiques de la maison, qui, après s'être informé de tout, vint me dire que le cavalier blessé était un étranger qui suivait un procès à Madrid ; il m'apprit son nom que je ne me rappelle pas. Je sus que, blessé à la tête , il était tombé sans connaissance , mais que le coup, cpioique dangereux , ne lui avait pas coûté la vie, et qu'un alcade l'avait conduit comme prisonnier dans une maison voisine ; qu'on avait appris que j'étais l'agresseur et que mes biens étaient saisis ; je sus aussi que le père de mon infidèle, avec la sagesse et la prudence qui convenaient à son âge et à sa noblesse, n'avait fait aucune plainte, ni démarche judiciaire , comptant sans doute sur son courage pour assurer sa vengeance.

Entouré de peines de toutes parts, engagé par l'honneur à sauver celle qui les avait causées, je me suis décidé à l'emmener hors de Madrid , dans une ville où du moins elle soit en sûreté contre la

fureur de son père et de ses parens. Dans mes chagrins et mes obligations^ je me suis souyénu de vous et c'est Totre assistance que je riens réclamer. Cette dame^ don Juan , est avec moi ; quelle qu'ait été sa conduite , je dois d'abord la sauver. En la laissant en sûreté , ce qui est ma première obligation , je n'aurai plus qu'à remplir la seconde , la plus cruelle que m'impose mes malheurs. Ce sera de quitter cette charmante ennemie que je défends comme noble^ dont je me plains comme offensé , que j'adore comme amant , que je fuis comme un homme d'honneur trahi. Ainsi tourmenté de passions opposées, amoureux et loyal à la fois, je Tadore passionné, je la déteste jaloux; et j'ai su si bien m'acquitter des différens devoirs que m'imposait ma situation, que, de Madrid ici, je ne lui ai pas adressé deux paroles , si ce n'est ce matin. Je n'ai pas voulu que la renommée pût un jour dire de moi , que mon courage ait été moins puissant que mes désirs. Celui-là n'a point de sentimens d'honneur, celui-là joint la sottise à la bassesse, qui, abandonné à des goûts sensuels, lorsqu'il a perdu le plus doux de l'amour , peut se contenter de ses faveurs les plus grossières. Maintenant, don Juan, dîtes-moi comment cette dame pourra demeurer à Valence sous un nom supposé; dans quelle maison , dans quel couvent , dans quel village je puis la placer avec sûreté. Je lui laisserai le peu que j'ai pu emporter de Madrid, jç n'ai besoin de rien pour moi. Mon épéeme suffit, car, au même instant où je l'aurai mise hors de danger, j'irai servir le roi en Italie. Là, je demanderai au ciel que la première balle vienne frapper ma poitrine et mettre fin d'une

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e>.3« ÎL NE FAUT PAS TOUJOURS CAVER AU PlRE,Li fois a ces craintes, à ces |)eines, à ces tourmemCa ces angoisses que me fait souffrir mon amolmi et que l'honneur me force à fuir. L^^

DON JUAN. f 5^

Votre histoire est si extraordinaire que le silen est la seule manière que j'aie d'exprimer mon éU nement. Ne parlons plus du passe', il n'y a point, remède ; voyons de pourvoir au pressent. Ce qu'il! ^ aurait de mieux, ce serait un couvent; mais il faur drait que vous y payassiez la pension de cette dam<[^ et cela n'est pas aise' lorsque vous vous trouvez privr de vos biens et re'duit à une pension alimentaire ^^y Mon âme, ma vie, mon honneur, toute mon exisl tence vous appartiennent, il est vrai; mais, CarlosJ mes affaires sont aujourd'hui dans une situatioj.ij telle, que je n'ose vous faire des offres que je ne suis| pas certaia de pouvoir remplir. Ainsi je pense que{ ce que vous pouvez faire de mieux, c'est de la placer chez moi. J'ose croire qu'elle....

DON CARLOS

N'en dites pas davantage ; je suis sensible à vos offres, mais je ne puis les accepter, ni donner à ma cousine des soucis d'une telle nature. Je respecte trop Bëatrix , pour conduire chez elle ma dame ; et bien que par sa naissance elle puisse s'asseoir à ses côte's , de fâcheux ëve'nemens , comme ceux qui lui sont arrives , ternissent la plus antique noblesse.

DON JCAN.

Écoutez, don Carlos; il y a remède à tout. Ma soeur vient d'établir une de ses femmes , et elle a

JOURNÉE I, SCÈNE I. aSp

^soin de la remplacer. Je fais la cour à une dame 5S amies de Be'atrîx , qui sera bientôt ma femme et qui je puis confier ce qu'on peut révéler de vos crets. Je prierai cette dame d'envoyer chez nous, 5 sa part , la personne à qui vous vous intéressez , ^ ainsi nous ne risquons pas que ma sœur, connais^ fkt sa destinée , ait quelque peine à la recevoir ; et, loi qu'il soit bien fâcheux pour votre dame d'entrer i cette qualité auprès de Béatrix, j'espère qu'elle mrra le supporter ; que si en public elle est suiinte , elle sera traitée comme dame en particulier. ^ vous promets d'être toujours attentif à la servir ^1 ce qui pourra lui plaire.

ji DON CARLOS.

^Ge serait le moyen le plus sûr ; mais don Juan ,

^1 n'oserais jamais faire à Léonor une telle propos^i-

^n , la situation où elle se trouve....

(L^nor entre. ) ^ LÉONOR

Arrêtez, don Carlos, c'est à moi de répondre : seigneur don Juan, non-seulement je serai honorée et contente d'être domestique dans votre maison , mais encore vous pourrez voir en moi une esclave, dont vos soins obîigeans viennent de payer le prix. S'il est pour moi quelque consolation , au milieu des malheurs que j'éprouve , ce sera d'avoir pour maître un cavalier que l'amitié et le sang lient de si près à Carlos. Ainsi je vous supplie à genoux de vouloir bien m'accorder la faveur que vous m'avez promise : et, comme il vous a raconté mes mésaventures, que d'après son récit je dois vous paraître coupable , et

24o IL NE FAUT PAS TOUJOURS CAVER AU PIRE , que je ne veux pas que vous croyiez admettre sur vos foyers une femme aussi légère que je vous le parais, pour qu'il ne vous reste pas le moindre scrupule, puisse le courroux de Dieu m'anëantir à l'instant y puisse mon âme être privée du bonheur céleste y si je donnai jamais à Thomme caché dans ma maison aucune occasion d'être si audacieux , hors que des mépris constans n'aient été le motif de sa témérité !

DON JUAN

Votre beauté et votre esprit , madame , suffisent pour vous recommander ; et si vous offrir un asile d'une manière si peu convenable, est encore tous rendre service , ce ne sera plus pour Carlos, ce sera pour vous-même que je le ferai j attendez-moi , je vais prier mon amie d'écrire une lettre que tous porterez à ma sœur. Je reviens à l'instant.

(H tort.) LÉONOR.

Enfin, don Carlos, vos désirs sont accomplis, vous ne me verrez plus auprès de vous.... Je n'attends plus qu'une grâce que vous joindrez^ je l'espère, aux bontés que vous avez déjà eues pour moi.

DON CARLOS

Arrête , de grâce , Léonor , ne porte pas le comble à mon malheur ; ce n'est qu'au moment où je te perds , que je sens combien *e. t'aime encore. Dis-moi cependant ce que tu as à me demander.

LÉONOR

Que si quelque jour tu es désabusé , si tu vois que

c'est à tort que tu m'as imputé une faute , tu me tiennes la parole que tu m'as donnée.

DON CARLOS

Ah ! ma main ne serait pas assez pour payer ce

bonheur !.... mon âme, ma vie Mais comment

puis-j e m'attendrir ainsi? n'est-ce pas vous qui teniez un homme caché dans votre appartement ? Non , si je suis dans l'erreur, je ne veux point être détrompé ; mon seul désir , puisque vous êtes en sûreté , est à présent de vous fuir.

Va , va , quelque jour le ciel fera briller sa justice en ma faveur.

DON GÂ.RLOS.

Ah ! Léonor, si je n'espérais ce bonheur, ma douleur m'eût déjà arraché la vie !

LÉONOR

Tour à tour tendre et furieux , si ton esprit balance ainsi , pourquoi ne cherches-tu pas à le tourner du côté favorable? Mets-toi démon parti, Carlos : Ne puis-je pas être innocente?

DON CARLOS

Hélas! je crains , et dans le doute il faut toujours caver au pire.

LÉONOR

Me fiant dans n^on innocence , j'espère te prouver quelque jour que, malgré la voix populaire, Il

( Ils sortent. )

TOM. II. Caldcron. l6

a^a IL NE FAUT PAS TOUJOITRS CA\ER AU PIRE,

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