‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 37 sur 73 · TOUJOURS CAVER AU · texte numérisé non relu

TOUJOURS CAVER AU

Siempre lo pebr es cierto. Le pire est toujours vrai. Telle est la traduction littérale d'un proverbe espagnol qui n'est pas très-encourageant , et qui devait être invente par un peuple dont une des premières qualités est la constance dans l'adverse fortune* Galdëron a fait une comédie sous ce titre j mais , pour se donner à lui-même et au dicton populaire un démenti formel , il a composé celle-ci , sous le titre contraire , No siempre lo peor es cierto. Je ne l'ai pas traduit littéralement, parce que j'ai pensé que ma version serait plus exacte , si je remplaçais un proverbe par une locution proverbiale.

Les apparences sont trompeuses : c'est une vérité triviale , s'il en fut , et surtout au théâtre ,

et il n'est pas une comédie d'intrigue qui ne le prouve pour sa part ; aussi ne faut-il pas chercher dans cette pièce la démonstration de la yërité qui en fait le titre ; c'est tout simplement un drame d'intrigue assez compliqué y noué avec art , et dénoué avec facilité. Les caractères ne sont pas tracés d'une manière très-forte, cependant la générosité de don Carlos amène une très-belle scène.

Les comédies d'intrigue forment , comme je l'ai dit ailleurs , la plus grande partie du théâtre de Galdéron. Si dans notre collection nous ne leur avons pas donné une plus grande place , ce n'est pas que nous méconnaissions leur* mérite j mais c'est que toutes les traductions de cet auteur , par Duperron de Gastera y le Sage , et Linguet y toutes les imitations qu'on en a faites , excepté , Im vie est un songe ^ et Le Paysan magistrat y ont transporté en français des ouvrages de ce genre , de sorte que Galdéron était presque inconnu en France comme peintre de mœurs. Nous u'avons pas dû cependant écarter tous les drames d'intrigue , et nous en donnons un des plus remarquables par la conduite.

SUR IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE. st23

L'action dure à peu près trois jours. Mais on verra aisëment que ce n'est que par respect pour la vraisemblance , que Fauteur a marque les intervalles de temps ; qu'il est peu de nos comëdies où l'on ne trouve plus d'ëvënemens y et qu'au besoin il est tel faiseur de vaudevilles qui mettrait en un acte les trois joumëes de Galdéron.

La scène se passe à Valence , et presque toujours dans là même maison. Mais Galdëron ne s'est pas fait scrupule parfois de supposer que la même décoration représentât successivement deux chambres différentes.

Une grande partie de l'ouvrage est en mètre de romance , le reste en redondilles ; il n'y a qu'une seule scène y au second acte , qui soit écrite en mètre de sylves. Le style , en général , est simple j cependant l'auteur a cédé un moment , au troisième acte , au désir de faire de l'esprit , uniquement pour le plaisir de le montrer. A cela près son dialogue est toujours élégant et natufel.

On remarquera que , tout comme dans ses pièces historiques, l'auteur espagnol emploie volontiers les idées de fortune , d'étoile , de

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destinée , enfin tout ce qui tient au systènie de la fatalité chez les païens , à celui de Faction continuelle et irrésistible de la Providence chez les musulmans, Sont-ce les Mores qui ont laisse en Espagne cette opinion , dont on retrouve encore aujourd'hui de fréquentes traces dans les discours et même dans les actions des Espagnols ? Je l'ignore , mais aucun poète , y cotapris les tragiques grecs , n'a plus fréquemment présenté que Caldéron l'idée d'une destinée toute-puissante .

Si j'aimais les classifications , je diviserais les dramaturges en deux classes; ceux qui peignent l'action de la Providence , ceux qui retracent les résultats de la volonté et de l'industrie humaines. Sophocle 5 Racine et Galdéroiiy seraient d'un côté ; Aristophane , Corneille , Molière , Shakspeare de l'autre ; et cette division serait aussi raisonnable qu'aucune autre qu'on

ait inventée.

A. La Beaumelije,

IL NE FAUT PAS

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