‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 4 sur 73 · DON FERNAND, DON HENRI, DON JUAN COU · texte numérisé non relu

DON FERNAND, DON HENRI, DON JUAN COU

TIGNO, Soldats portugais, débarquant.

Je serai le premier, belle Afrique, qui marche-^ rai sur les sables de tes rivages, afin que, foulée par mes pieds , tu sentes quelle est la force à laquelle tu dois te soumettre.

DON HENRI

Je mettrai le pied le second sur le territoire afriaugures nous poursuivent jusque sur ce rivace.

DON FERNAND

Écarte de ton esprit de tels soupçons , Henri ; si tu es tombé, c'est que déjà cette terre, te reconnaissant pour son seigneur, a voulu que tes bras la pressassent en signe de possession .

DON HENRI

Les Mores en nous voyant ont abandonné cette plaine et les coteaux voisins.

DON JUAN

Tanger a fermé ses portes.

DON FERNAND

Tous cherchent des asiles contre notre valeur.

ab LE PRINCIv CONSTANT,

Don Juan Coutigno , comte de Miralva, reconnaissez ce pays avec soin , avant que le soleil dégagé des ya peurs du matin nous frappe avec plus de violence; approchez-vous de la ville ; faite&-lui la première Sommation ; dites à ses habitans qu'ils ne cherchent point à se défendre, s'ils ne veulent que je fasse coo- 1er des torrens de leur sang au milieu de leurs demeur res embrasées.

DON JOAN

J'arriverai à ses portes, dût ce volcan de fer et de flamme, obscurcir le soleil d'un nuage de fum^.

( Bfito mire. )

BRITO

Grâces à Dieu, je marche sur de la terre. Je vais où je veux, et je puis, s'il me plaît, imaginer que je foule aux pieds des fleurs. Je n'ai ni craintes, ni nausées, ni maux de cœur; je ne suis plus sur cette vilaine mer, où tout dépend d'une machine qui n'est après tout qu'un morceau de bois, et où, s'il lui mésarrive, le plus leste ne peut échapper à la mort. Dieu me fasse la grâce de ne pas mourir sur mer, et de ne pas non plus mourir sur terre jusques au dernier jour.

DON HENRI

Tu te plais à écouter ce fou.

DON FERNAND

Es-tu plus raisonnable , toi, que des soucis continuels ab^rbent; qu'ils laissent sans raison, sans liberté, sans consolation ?

DON HENRI

Mon cœur est rempli d'alarmes; il me semble que

JOURNÉE I, SCÈNE II. 9g

le sort est déclaré contre moi. Depuis notre départ ae ljisi>onne^ nous n ayons vu que des images de mort. A peiné aViôns-nous commence cette expédition y que le soleil lui-même^ s'enyeloppant de nuages , cacha sa face dorée , et que FOcëan irrité dispersa notre flotte par d'horribles orages ^"^ Si je regarde la mer, des fantômes me semblent sortir du milieu des vagues ; si je regarde le ciel , son yoile d'azur me parait ensanglante. L'air ne m'offre que le chant lugubre des oiseaux nocturnes, et la terre enfin me présente un sépulcre, où dès le premier pas je tombe, comme s'il devait se refermer sur moi.

DON FERNAND

Mon amitié veut interpréter à son tour ce qui cause ta sombre mélancolie. Si la tempête a abîmé l'un de nos vaisseaux, c'est un signe que nous avons plus de soldats qu'il n'en fallait pour la noble entreprise dont nous sommes chargés. Le ciel se couvre d'un voile écarlate ; il s'embellit pour nous faire fête. Des monstres marins, de tristes oiseaux affligent les ondes et les airs ; mais ce n'est point notre flotte qui les a conduits en ces lieux ; ils les habitaient avant nous; et s'ils annoncent une fin funeste et sanglante, c'est à ceux qui résident en ces contrées. Ces vils augures, ces vaipies terr.eurs ne peuvent menacer Iqùe les Mores qui les redoutent, et non les chrétiens qui n'y ajoutent pias foi. NoÙlf sommes chrétiens, mon firere ; nous ne combattons pas pour une vaine renommée , pour que les hommes lîàeht avec admiration le récit de nos victoires immortalisées par l'art des écrivains; nous venons pour

3o LE PRINCE CONSTANT,

étendre la foi de Die\i : à lui seul sera Fhonneur^ à lui la gloire , si nous sommes heureux dans nos trayaux. Nous devons, il est vrai, redouter ses châtimens, mais ce n'est pas dans des craintes vagues qu'il enveloppe ses menaces; soumettons-nous à sa volonté avec une douce confiance. Nous venons pour le servir, et non pour l'oATenser: chrétiens, conduisons-nous comme des soldats du Christ. Mais don Juan parait. / , ^

/(Don Juan entre.) 1| 1

DON JUAN. K.9F

Seigneur, en m'approchant de la ville pour t'obéir, j'ai vu sur le penchant de cette montagne une

\ t£9Hfô; 4§«Ç%X§^C^ 9 i^ ^^ dirigent vers nous ; leur

I course est si rapide, qu'on croirait qu'ils ont des

I ailes : ce n'est point l'air qui les soutient ; la terre

t sent à peine l'empreinte de leurs pas , et la terre e1

\ les airs doutent s'ils courent ou s'ils volent !

{ DON FERNAND

! Préparons-nous à les recevoir. Que d'abord le!

arquebusiers fassent û*ont pour les arrêter, ei qu'ensuite les cavaliers montés les poursuivent ave< la lance. Allons, mon frère, cette occasion nou; promet un début heureux ; courage !

DON HENRI

Je suis ton frère. Les événemensque le temps peu amener ne m'épouvantent pas, et l'aspect même d la mort ne me ferait pas sourciller.

(n$soricnt.»

BRITOteaL

Pour moi, mon poste est toujours à Tambulance

JOURNÉE I, SCÈNE III. 3i

il faut que je garde ma santé ^^^K Gomme ils se battent! Bien ! Les nôtres attaquent à leur tour. Voilà, j'espère^ un joli tournois; mais il est dangereux de le regarder d'aussi près; je vais me mettre à l'abri.

( Il sort. )

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