LÉ050R
De donne Violante.
BÉATRIX, àlnès.
Inès y qu elle est jolie !
INÈS
Coussi^ coussi.
LÊONOR, à part.
fortune ! à quelle extre'mité m'as-tu réduite ? Et cependant ce qui m'af&ige est moins encore que ce que je crains.
Violante m'écrit pour me dire qu'ayant appris que j'ai marié une de mes femmes , elle me prie de vous recevoir...
LÉONOB, âpar».
HéljiB!
B^BATRIX.
.... Pour la remplacer. Elle est sûre, dit-elle, que votre vertu et votre bonne réputation sont telles qu'il convient à mon service. Il suffit d'une recommandation aussi puissante.
tÉOIfOR.
Agréez ma reconflâissâ^nce.
' TOURNÉE I, SCÈIIE II. ^j
BÉATRIX
D OÙ étas-vQus ?
^OJHOB.
Bes environs de Tolède.
BEATRIX
Quel eVënement vous a conduite à Valence ?
LÉONOR
J y ai e'té amenée par une des dames de la vicereine. Elle vient de mourir, et j'ai e'té force'e de chercher du service.
Sa bonne grâce et sa figure me plaisent. Qi^ç Êiisiez-vous chez cette dame ?
LEON OR
Je travaillais à l'aiguille , et j'étais demoiselle de compagnie.
INÈS, à part.
De compagnie, à la bonne heure ; pour l'autre , j'en doute ^^\
LÉONOR
Je la coifFais'aussi ; et je crois que foijtf ce rapport je pourrai satisfaire vos goûts. Le printemps n'amène point de fleurs quç ie:ne puisse imiter avec ces beaux cheveux. Vous n'aurez pas besoin d'envoyer hors de chez vous , jupes , coiffes , ni collerettes; personne ne sait les monter et les repasser mieux que moi. Je couds en linge fin , je fais toute sorte de festons , je brode assez bien , et sais travailler en tapisserie* •
BÉATRIX
Vous êtes justement la personne qu'il me faut. Vous pouvez rester ici : cependant le maître de cette maison et le mien est mon frère ; mais je suis sûre que , puisque j e le désire , il n'y mettra point d'obstacle.
LÉONOR
Étant ce qu'il est ^ j'ai confiance dans sa bonté. Il appartient aux nobles comme lui de faire le bonheur des infortunés.
Votre nom ?
LÉONOR
Isabelle.
BÉATRIX
Vous pouvez quitter votre manteau.
( Don Jiian entre. )
DON JUAN
Béatrix !
BÉATRIX
Don Juan , mon frère.
DON JUAN
Que faisais-tu ?
BÉATRIX
Je te faisais une galanterie.
DON JUAN
Comment cela?
BÉATRIX
Sachant qu'en amant passionné tu serais bien aise qu'on fît ce qui plaît à u,ne belle dame , je viens
de recevoir cette demoiselle , parce qu'elle m'a e'të adressée par Violante.
Je te remercie de ta politesse , et même de ta malice. ( A Léonor. ) Mademoiselle ^ à cause de Yous^ à cause de la personne qui vous envoie, vous pouvez disposer de ma maison. Étant aussi puissamment recommandée auprès de tous les deux , vous servirez la sœur , et le frère sera empressé de vous servir,
LËONOR.
Que le ciel vous récompense , seigneur , de vos bontés pour moi I vous aurez en Isabelle une esclave dévouée.
DON JUAN, baiàLëonor.
Comment trouvez-vous, Léonor, ma maison et ma jolie sœur.
LÉONOR, bas à don Juan.
Que seulement aujourd'hui, il me semble que le destin cesse de me poursuivre.
DON JUAN
Béatrix , il faut que je te parle en particulier. J'ai à te demander un service.
BÉATRIX
Ordonne ce que tu voudras. Écartez-vous un peu.
(Béatrix et don Juan s'éloignent au fond du théâtre. ) INÈS.
Mademoiselle Isabelle voudra bien me reconnaître pour son humble servante, son amie et sa ca-
25o IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE , marade. Je lui serai fidèle et loyale, mais j'attead;^ une chose de sa grande bonté,
LÉONOR
Quoi donc ?
INÈS
Qu'elle ne se montre pas trop scrupuleuse si elle s'aperçoit de quelque amourette....
LÉONOB.
Bon! bon! les scrupules sont morts de vieillesse, et, s'il faut tout vous dire, chacun a ses petits chagrins.
INÈS
Quand tu me parleras ainsi, tu trouveras en moi une sœur plutôt qu'une amie.
Moi, je serai ton amie, c'est plus que d'être ta sœur. {^A part. ) lO ciel ! aurais-je pu jamais croire que j'eusse de telles conversations?
( Elles sortent. ) BÉATRIX.
Carlos est à Valence ?
DON JUAN
Oui , mais tu ne dois pas le dire parce qu'il passe en secret à Naples , et c'est pour ce motif qu'il n'est point descendu chez nous. Mais il viendra pourtant te voir à la nuit tombante, et je voudrais que ton amitié pour moi tâchât d'arranger un petit cadeau que tu lui offrirais.
BJ^ATRIX.
Je fouillerai dans mes armoires et je verrai si j'ai
JOURNÉE I, SCÈNE II. aSi
^elque chose à pouvoir lui présenter, car, encore que je sois bien de'pourvue pour de pareilles occasions, j'aurai des bourses, des gants, du linge fin ; enfin tu verras une corbeille qui , je crois , pourra te satisfaire.
DON JUAN
Tu me fais le plus grand plaisir.
BÉiTRIX.
Tu peux te fier à moi pour cela et pour le souper.
DON JUAN
Adieu donc. Je reviendrai bientôt.
BEATRIX, à part. '
Traître don Diègue ! comment me venger de toi?
(Elle sort.) DON JUAN seuL
Je veux avertir Carlos de l'efiTet qu'a produit sa lettre, et, quelque grand que soit son de'sir de n'être point vu, je le mènerai ce soir chez moi.
(n tort.)
a52 IL NE FAUT PAS TOUJOURS GAVER AU PIRE,