SCÈNE
Rue devant la maison de don Juau.
DON DIÈGUE, GINÈS, tous deux en habit Je
voyage.
DON DIÈGUE
Quel plaisir , Ginès , de revoir sa patrie !
GINÈS
Et surtout lorsqu'on a été au moment de ne plus la revoir.
DON DIÈGUE
A peine me suis-je vu convalescent et libre, parce qu'il n'y a point eu de plainte contre moi, que je me suis hâté de sortir de Madrid, de crainte que les parens de Léonor ne cherchassent à se venger.
GINÈS
Si la mort, même pour la première fois, est une fort mauvaise plaisanterie, que serait-ce pour la seconde? vous avez, seigneur, agi en cela trèsprudemment.
DON DIÈGUE
N'est-ce pas don Juan qui sort de sa maison ?
GINÈS
Lui-même.
DON DIÈGUE
Ginès, il me semble qu'aujourd'hui tout doit me
réussir.
Ouais! qu^l trésor avez-vous donc trouve?
DON DIÈGUE
N'est-ce pas un bonheur de savoir que, don Juan étant sorti , je pourrai entretenir Béatrix ?
GINES.
Vous vous souvenez d'elle ?
DON DIÈGDE.
Quand ai-je oublié sa beauté?
GINES.
Quand^ pour une autre que je sais bien , on vous assena sur la tête un tel fendant qu'avec le pareil vous n'auriez pas eu besoin de cliirugien.
DON DIÈGUE
On peut , absent d'auprès de sa belle ', en courtiser une autre , c'est une permission accordée à l'amant le plus fidèle.
GINÈS
Elles en font tout autant.
DON DIÈGUE
Entrons. Tu demanderas Inès, et tu lui diras que je suis arrivé.... et souviens-toi surtout....
GINÈS
De quoi ?
De ne dire à personne , et surtout chez Béatrix , l'événement qui m'est arrivé.
GINÈS
Qui , moi ! je ferais telle chose ! Je vous jure qu'elle n'en saura pas de moi ce soir, plus qu'elle n'en a su ce matin que je ne l'ai pas vue.
DON DIÈGUE
Entrons et tu appelleras.