‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 62 sur 73 · ABEN-HUMÉ^A · texte numérisé non relu

ABEN-HUMÉ^A

Sur le penchant de cette colline couronne'e de rochers sourcilleux , et où il semble que la nature ait réuni toutes les fleurs, afin qu'elles reconnaissent ensemble Ja souveraineté de la rose, sur ces gazons frais et brillans, tu peux, ô ma jeune épouse , te reposer un moment. Vous, chantez, et tâchez de dissiper sa mélancolie par vos accens mélodieux.

LIDÔRE.

Vaillant Aben-Huméya, dont le noble courage sera bientôt couronné non-seulement du chêne de TAlpujarra , mais des lauriers de nos plaines, dont la valeur rendra bientôt aux Espagnols les chaînes cruelles dans lesquelles nous avons si long-temps gémi ; ma continuelle mélancolie n'est point le mépris du bonheur que m'offrent ta grandeur et ton amour. C'est .une charge pénible que le sort a voulu imposer sur moi ; car tel est le caprice de la fortune, qu'elle n'accorde jamais un bien, sans en faire payer le prix par quelque mal. Ma tristesse n'a aucune autre cause. {A part.) Hélas! plût au ciel ! ( Haut. ) Et puisque c'est ainsi que le destin

4^4 lE SÏÉGE DE L'ALPUJARRA,

envieux veut me punir de la félicité qu'il m'accorde, comment pourrai-je cesser d'éprouver celle peine vague, si je ne puis cesser d'être heureuse auprès de toi ?

ABEN-HUMEYA.

Si telle est la cause de fa sombre douleur , je ne puis , chère Lidore, t'offrir de consolation ; ta tristesse croîtra chaque jour, car chaque jour augmentera ma puissance, comme il augmente ma tendresse. Chantez; la musique et la mélancolie se plaisent à être réunies.

( On ébante. )

Que l'on ne demande pas , ïrop fugitive allégresse , Pour qui sont les faux appas De votre rapide ivresse.

Dès que je vous aperçoi , Mon cœur vous sent disparaître ; On voit bien que c'est pour moi Que le destin vous fit naître.

(Malech «ntre atiift d« Maltflis (Ctara) «t de TuBuiai (don Alvar). Il parle Us à

Aben-Huméya uû genou en terre. )

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