SCÈNE IV
Le pied des murs de Galère,
TUZANI, ALCOUSCOUS.
TOZANI.
Je te confie , Alcouscous , ma vie et mon honneur. , Si l'on sait que j'ai quitté Gabia pour venir ici , je . perds l'honneur et la vie. Garde ma jument ^*^^ pendant que j'entre dans ce jardin, j'en ressortirai bientôt, il faut que je sois de retour dans la place qui m'est confie'e, avant qu'on s'y soit aperçu de mon absence.
ALCOUSCOUS.
Toujours prêt à te servir, bien que tu ne m'aies pas laissé le temps de poser cette besace j moi rester
au poste, sans remuer pied ni patte.
â TUZANI,
»i Si tu bouges, vive Allah ! tu mourras de ma main.
( Maléha parait à une porte, )
MALÉHA.
Est-ce toi ?
TUZANI.
Quel autre pourrait être aussi empressé?
MALÉHA.
Entre, ne t'arrête pas, de peur qu'on ne t'aperçoive du mur.
( Ils sortent. )
43o LE SIÈGE DE L'ALPUJARRA,
ALCODSCOnSMo].
Vive Allah ! moi prêt à m'endormir ; rade jouteur que le seigneur sommeil y mettre tout de suite son homme à terre.... Triste métier que celui de se mêler des amours d'autrui. Tous les autres artisans
travailler pour eux ; mais celui-là^ non Là, là,
jument, ho!.. Revenons à mon conte pour dissiper le sommeil. Le cordonnier faire pour lui des souliers y le tailleur se couper un habit neuf; le coisinier goûter ses ragoûts, le pâtissier écorner un pâté et le manger. Enfin, il n'être que le courtier d'amour qui ne fasse rien pour lui ; lui , assaisonner le plat, et point manger, coudre Thabit et point le revêtir. Là.... là.... Ho.... ho.... La jument partir, courir^ galoper. Là, là, jument, reviens, fais ce que demander Alcouscous, reviens... à la pareille.... La première chose que toi demander, moi le faire tout de suite. ( Il court et res^ient. ) Impossible à atteindre! bel ouvrage, Alcouscous! que faire? maître va revenir demander sa jument pour arriver à temps à Gabia. C'est lui : Alcouscous, doane-moi ma bête. — Maître, moi ne l'avoir pas. — Qu'en avoir fait.— Elle s'être e'cliappe'e. — Par où. — Par ces montagnes. — Toi, mourir : et zigue, zague, voilà deux coups de poignard dans ma poitrine. S'il faut mourir , Alcouscous , mieux vaut choisir sa mort ; au lieu de l'acier prendre le poison , va pour le poison , aussi bien moi, sans ma jument, ne pouvoir supporter la vie. ( // tire une outre de sa besace et boit. ) Meilleur mourir ainsi. C'est plus propre qu'être baigné dans son sang. Comment ça va ? pas assez
JOURNÉE II, SCÈNE IV. 43i
mal j le poison , il être trop faible , et si vouloir mourir^ faut revenir au poison. ( // boit. ) Déjà commencer l'inflammation j me chauffer bien l'estomac; pour éviter la douleur, faut reveni|: au poison. {Il boit. ) Bien, faire bon effet , mes yeux se troubler, ma tête s'embarrasser, ma langue s'épaissir. Moi mourir bientôt, mais ne pas laisser pour empoisonner les autres ; il faut pas être méchant, faut achever le poison. (// boit. — On entend derrière la scène. Sentinelles de Galère ! aux armes ! On voit des feux sur les montagnes. ) Qu'est cela? des éclairs ; soit, bientôt entendre le tonnerre.
(Tusani et Malëha entrent.)
MALÉHA.
Tuzani, les sentinelles des tours d'alarme, ont allumé les feux.
TUZANI.
Sans doute, dans l'obscurité de la nuit, l'armée chrétienne s'est rapprochée de Galère.
MALÉHA.
Pars, mon ami, déjà toute la place est en alarmes.
TUZANI.
Et faut-il qu'on dise de moi, que je laisse ma dame assiégée par les ennemis?
MALÉHA.
Hélas !
TUZANL
Souffrirai-je que l'on croie que j'ai tourné le dos au péril?
43a LE SIÈGE DE L'ALPUJARRA,
m;alkha.
'Oui, ton honneur esta défendre Gabia; pe être est-ce sur ce point que Tennemi s'est por Mon ami , songe à ton devoir.
TUZANI.
Dans quel étrange embarras je me trouve plac mon honneur et mon amour m'appellent à la fois
MALKHA.
N'écoute que la voix de Thonneur.
TUZAHL
Je les satisferai ensemble.
MALÉHA.
Comment ?
TUZANI.
Je vais t'emmener avec moi. Soit que je t'aba donne y soit que je reste à tes côtés , je me pei également; partons; que du moins ma fortune et m amour courent une même chance. Viens , une j ment, à qui les autans portent envie, t'éloigm de ce danger.
MALEHA.
En suivant mon époux, quel risque puis-je cour Je suis à toi.
TUZANI.
Hola! Alcouscous.
ALCOUSCOUS, MrtfTaiUaiit.
Qui m'appelle ?
TUZANI.
C'est moi. Donne-moi ma jument.
ALCOUSCODS.
. La jument?
Qu'attends-tu ?
ALGOUSGOUS.
Moi, attendre la jument; elle ma dit qu'elle aller revenir.
TUZANI.
Où donc est-elle ?
ALCOnSGOUS.
Elle avoir ëté se promener sur ces montagnes ; mais être jument de parole et reparaître bientôt.
TUZANI.
V Vive Allah! Traître...
ALGOUSGOUS.
Ne pas s'approcher d'Alcouscous ; il être empoisonné, et tuer par son haleine.
TUZANI.
Ta mort sera le prix de ta fauté,
(Il tire sa dague, Malëha veut Tarréteret se bleue.) MALÉHA.
Arrête , je t'en prie. Ahie !
TUZANI.
; Qu'as-tu?
MALÉHA.
En voulant arrêter ton bras^ je me suis blessée à la main.
La vie de ce misérable paiera ce sang.
TOM. II. Caldértm, 28
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aasesiée, elle ne riemaiiiy je partirai ^pielqne temps onrot.
Cette douce espérance me doime lai fiirce de tV
Qa' AlUt le çsde !
Pcmrtoû Sans toi , je Toedrais
ALCOirSCOVS.
St toi désirer mourir, de poison délicieax.
perdre la TÎe.
là
pea
de
Adieu donc.
Je pars désespéré.
KAUE^A.
TUZAHI.
MALEHA.
Je demeure désole'e.
TUZANI.
Quelle est l'étoile funeste...
MALÉHA.
Quel est le sort ennemi...
TDZANI.
... Qui^ suspendant toujours mon bonheur...
MALÉHA;
• •• Qui , mettant obstacle à mes désira. ••
... Suscite deux fois une armée chrétienne pour le troubler?
MALÉHA.
... Fait deux foi&fuir lamour deyant les foudres de Mars.
(lU sortent.) ALCOUSCOUS, seuk
Vais-je mourir ou dormir ? Les savans dire être tout un , et il être vrai ; Car, par Mahomet ! ne savoir si moi dormir ou mourir. Faut marcher encore en attendant d'expirer.
(Il fort en chaneelaoi. )
FIN DE LA DBirXltME JOURNÉE.
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JOURNÉE TROISIÈME