SCÈNE IV
Campement de don Juan d'Autriche. r
DON JUAN D'AUTRICHE , DON LOPE DE FI- GUEROA, DON JUAN DE MENDOCE, soldats.
DON JUAN
Nous avons emporté Galère; devenue immortelle par sa ruiqe, elle est déjà le nid du phénix, et semble un fragment détaché de la région du feu ^^*^ ; nous n'avons pas à nous arrêter davantage. Aussitôt que l'aurore aura versé ces pleurs dont la mer fait de précieuses perles, que toute l'armée prenne la route deBerja : mon cœur, toujours plein d'une nouvelle ardeur, est toujours sûr de là victoire et je ne pourrai avoir de repos que lorsque je verrai à mes pieds Aben-Huméya mort ou vaincu.
DON LOPE
Si VOUS voulez , seigneur , faire de Berja ce que TOUS avez fait de Galère , vive Dieu ! vous pouyez être sûr de vos troupes; marchons. Mais songez qne, d'après les ordres du roi ^ il n'est pas dans ses intentions de détruire des coquins qui , après tout^ sont ses sujets, qu'il ne veut de punitions que pour l'exemple, et qu'il entend que vous mêliez ensemble le pardon et lés châtimens (m).
MENDOCE
Je suis, prince , de l'avis de don Lope ; qu'on vous croie à la fois sévère et sensible. Vous avez montré aux rebelles le châtiment , qu'ils voient aujourd'hui le pardon. Que leur grâce, accordée par votre altesse^ montre votre générosité; tempérez votre rigueur, votre courage se déploira mieux encore dans la clémence; car il n'y a point de valeur à tuer pour tuer.
DON JUAN
Mon frère m'ordonne , il est vrai , d'apaiser ces troubles, mais je ne sais point prier sans armes. Cependant, puisqu'il le veut et qu'il me confie ce double pouvoir, le monde me sera témoin que je réserverai dorénavant le châtiment à la révolte , aux prières le pardon. Don Juan?
MENDOGE.
Seigneur.
DON JUAN
Vous irez à Berja, où est Fernand de Valor, et vous lui direz de ma part que c'est sur Berja que je me dirige. Vous publierez à la fois et la grâce et la
punition ^ et , pour remplir votre double mission , vous lui direz qfie s'il se rend et se donne à quartier^ l'accorderai une amnistie à tous les rebelles, à condition qu'ils reviendront vivre au milieu de nous dans leurs métiers et x leurs emplois ordinaires; qu'aujourd'hui ma juste sévérité suspendue se contente de cette satisfaction : qu'il se rende enfin, sinon je soufflerai sur Berja les cendres mal éteintes de Galère.
MENDOGK.
Je cours vous obéir.
( Il tort.) DON LOPB.
Jamais il n'y eut de pillage qui ait donné autant de butin ; il n'est pas un soldat qui ne soit riche.
DON JUAN
Y avait-il donc tant de tré3CM:*s dans Galère ?
DON LOPE
Parbleu ! vous pouvez en juger à l'alégresse de ros troupes.
DON JUAN
Je serais bien aise de présenter à ma sœur et ma peine quelques trophées de cette guerre, et je vais lonner ordre d'acheter tout ce qui sera digne de lui 3tre envoyé.
DON LOPE
J'ai aussi des présens à offrir , et j'ai feût quelques împlettes. Je puis vous prier d'accepter ce collier Je perles que j'ai acheté à un soldat qui l'a gagné au eu ; je ne crois pas que vous trouviez un cadeau 3lus convenable.
ToM. II. Caldéron. 29
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Ah ! il D a qve trop attiré mes regards. Le rW 4e |>#!rrlK3i qne yai tu en ses mains, kâas! c*cst cefau que j ai donné it Maléha ! Je Tai reconnu. O cîd!
JOURNÉE III, SCÈNE IV, 45i
DON JUAN
Retirons-nous, don Lope. Comme ce soldat est demeuré saisi en me regardant.
DON LOPE
'Qui diable voulez-vous qui puisse contempler votre front sans être frappe d'admiration?
( Il sort avec don Jaan ) TUZANI.
Je suis resté interdit.
ALGOUSGOUS.
Etre seuls à présent, seigneur, dire à Alcouscous pourquoi être descendu de l'Alpojarra.
TUZANI.
Tu le sauras bientôt.
ALCOUSCOUS.
Moi savoir qu'être venu ici, et être bien assez pour me repentir de t'avoir suivi.
TUZANI.
Pourquoi donc ?
ALGOUSGOUS.
Avoir été icr esclave d'un soldat, et si lui me voir, tout de suite tuer Alcouscous.
TUZANL
C'est impossible ; déguisés comme nous le sommes, avec notre changement de costume , nous pouvons tous les deux passer dans toute l'armée pour chrétiens, puisque nous n'avons glus rien de morisque.
ALGOUSGOUS.,
Oui, toi qui bien parler lit langue, paraître Eb-
{^>nt LE SIP.GË DE L'ALFUJ iULA.
pagnol; mais moi qai ^la^oir mal prononcer, mai. c|ai mal porter cca habita, moi cpû a^oîr été fictif, comment éditer le châtiment?
Ea ne parlant <pi a ma». Apvès fera attention it nn domcrtîqne.
ALCOCSCOUS
Et si demander i^ moi qœlqne chose ?
Ne pas répondre , te taire.
ALCOOSCOII&
G>mment ponToir me taire?
TCZAIIL
En songeant anx risqnes qne tn cours.
ALCOOSCOUS.
Mahomet seul ponroir rendre maet nn barard comme moi.
TUZÂIII.
Je le sais , je le sais bien , on accusera ma tentatÎTe de folie. Idolâtre d'an soleil écHpsë pour toujours , je viens chercher an milieu de trente mille hommes , un soldat que je suis sans le connaître , sans avoir aucun indice. Mais pourquoi s'étonner? Qu'importe un prodige de plus où nous voyons tant de prodiges. Sans doute il ne m'est pas possible de me venger , j^en conviens ; mais serait-il digne de moi de ne pas tenter l'impossible ? JTai déjà découvert un signe in&illible , mais je ne puis croire à cet indice : car il est dàtr qrne ceint à qui j ai vu le
collier de perles est trep noble pour avok* touillé sa main du sang d'une femme. CeluMà n'a ni nohlesse^ ni valeur, qui n'admire pas la beauté, qui ne respecte pa$ la faiblesse. Ainsi ce premier signe est inexact; c'est un autre qui a été rinfâme assassin.