‹ Caldéron (volume 2)Chapitre 70 sur 73 · TROISIÈME SOLDAT · texte numérisé non relu

TROISIÈME SOLDAT

Cela est vrai.

PREMIER SOLDAT

Écoutez^ je ne voudrais jamais avoir de dispute avec des camarades pour de l'argent. Cherchons un homme , qu'il prononce , et je me soumets d'avance à ce qu'il décidera I

SECOND SOLDAT

Le premier venu pourra résoudre cette difficulté. ( J Alcouscous. ) Soldat.

ALCOUSCOUS, èp«rt.

Parler à moi ^ et moi pas répondre. Patience.

SECOND SOLDAT

Vous ne répondez pas. .

ALCOUSGOUS.

Ah! ah! ah!

PREMIER SOLDAT

Il est muet; hien choisi pour prononcer.

ALCODSGOUS, i part.

Eux me croire muet. Ahl si savoir!...

TUZANI, àpart.

Ce malheureux me perdra. Je vais tenter de les di^ traire. ( Haut. ) Cavaliers, je voué supplie d'excuser

ce domestique s'il ne fait pa$ ce que vous lui ordx)n7 nez. Il est muet.

ALGOUSGOUS, ipart.

Pas du tout; mais^ en occasion comme celle-ci > moi être pic^ rèpic et capot , et ne pas répondre.

PREMIER SOLDAT

Ce que nous voulions de \jn, nous pourrions sans doute l'obtenir de vous d'une manière plus satisfaisante. Il s'agit d'une difficulté de jeu.

TUZANI.

Je TOUS en dirai volontiers mon avis.

PREMIER SOLDAT

Jouant pour mon camarade et pour moi^ j'ai gagné contré de l'argent ce Cupidon de diamans.

TUZANI, &parl.

Ah ! malheureux! celui que je donnai à Maléha! les arrhes de ta noce sont les dépouilles de ton tombeau ! Comment trouver son assassin , si les indices vont depuis le soldat jusqu'au prince?

PREMIER SOLDATS-

Quand nous avons dû partager le profit, j'ai voulu lui donner ce Cupidon pour sa part. Il prétend qu'il ne veut pas de bijoux, ^oyez vous-même s'il n'est pas juste que j'aie quelque préférence dans le partage?

TUZANI.

Je veux terminer votre discussion , puisque je suis arrivé à temps pour cela. Je vous achèterai ce joyau au prix auquel il a été mis sur jeu ; mais à une seule

condition, c'est que je saurai de qui tous le tenei» afin que je sois sûr de mon emplette.

SKCOND SOLDAT.

Aujourd'hui on peut acheter en toute confiance. Tous ces bijoux ont été pris sur ces chiens de Moriso ques, dans le sac de Galère,

tOZANI, à part.

Et voilà ce que je dois entendre et supporter !

ALCOUSCOUS, ipart.

Moi ne pouvoir le tuer ni même lui dire des injures,

PREMIER SO|;.DAT

Je vais vous faire aboucher avec celui à qui nous avonsga^éceb^JQU} et^pour plus dereoseignemens^ il m'a dit qu'il avait lui-même enlevé ce Cupidon avec d'autres pierreries, à une jeune Morisque qu'il a tuée dans l'assaut.

TUZANI, à part.

Hélâs !

Mi&ktBR SOLDAT.

Venez ; vous entendrez de sa bouche toute l'aflTaire,

TOZANl, ipart.

Non; parce qu'à la première parole qui le fasse reconnaître , il expirera sous mes coups de poignard, ( Haut. ) Allons , je vous suis,

SOLDAT, derrière la scèae.

Arrêtez !

AUTRES, derrière la scène.

Éçarte55-yous,

( Op enlood un bruit d*épe>s )

JOimNÉE III, SGÈ»E IV. 457

W SOLDAT, derrière la scène.

Je le tuerai , dût le monde eifUier le défendre.

PREMIER SOLDAT

Us disputent avec notre a^versptiret

SEGOliD 8OLDAT.

Eh bien ! qu'on le tue.

G A R G È s , derrière k Mène.

Qu'importe qu'ils soient tous contre moi ^ si c'est moi qui me défends.

( Il eiitt* «e dëfendaiit tMAr» des toUftls. )

TtïZANL

Réunis tous contre un seul homme ! c^esl une infamie , soldats. Arrêtet-Tons , ou vive Dieu ! je vous forcerai à vow art^êter*

(Il«i#ir<d^àkinitl«.) ALC006COOS.

Agréable voyage! ne rien dire et me trouver dans des disputes*

UM SOLDAT, ÀteiittfàrCâr«èi.

Je suis mort,

(DonXope de Figaeroa entre. )

DON LOPE

Quel est donc ce tapage?

\PBI SOLDAT.

Il y a un homme tué ; fuyons ^^ qu'oii ne nous arrête pas.

( Ils ÉOlPIMi. )

GARGÈS, èTosMÛ

Je TOUS dois la vie , soldat , je m'acquitterai de cette obligation.

(Il tort.) DON LOPE, àTosani.

Arrête!

TUZANI.

Je ne bouge pas.

DOI9 LOPE

Donnez vos ëpëes. { A un soldat. ) Désarmez ces deux hommes.

TUZAWI.

Ah ! ciel ! Que votre seigneurie veuille bien remarquer que je n ai tiré l'épée que pour mettre la paix, et que. je ne s^uis pour rien dans la querelle.

, ■ DON LOPB.

Bon! bon! Je vous trouve l'épée nue à la main; et je vois un homme mort ; c'est bien assez.

Il m'est impossible.de me défendre. Se |>eut-il que lorsque je viens de tuer un homme ^ Cissoiten voulant sauver la vie à un autre que je me trouve dans ce péril! i ; -

DON LOPE, à Alcouscous.

Et toi; tu ne donnes pas ton épée? Ah! ah! tu parles par signes; c'est bon. 11 me semble pçurtant que je t'ai vu une autre fois , et que tu parlais.' Que l'on conduise ces deux-là en prison, pendant que je poursuis les autres.

ALCOUSCOUS, à part.

Etre moi fâché de deux choses ; de me trouver

• dans la querelle , et de ne pouvoir parler. Mainte-: nant en vdî^ trois : le silence^ la qjt^erelle et la prison. .

^ ( On les emmène. )

( Don JiMD d'Autriche entre. )

Que s'est-il passé , don Lope?

' DON LOPE

' Une dispute de soldats dans laquelle un homme a été tué.

DON JUAN

Il faut cKâtier exemplairement ces délits^ parce que sans cela^ il y aurait chaque jour des milliers de meurtres. Cependant il est bon de n'employer qu'ar vec modération la rigueur que la justice autorise.

( Don Jaan de Mendoce entrej/ / MENDOiGE.

Que votre altesse daigne me permettre de baiser ses pieds.

DON JUAN

Eh bien ! Mendoce^ que nous annoncez-vous? que répond Aben-Huméya?

MENDOCE

Arrivé devant Berja , j'ai fait sonner un appel de trompettes , et une bannière de paix ma répondu ; ^'ai été admis avec sauf-conduit. J'ai été mené, de- .vant le trône d'Aben-Huméya , je dirais mieux, son ciel , puisque la belle Isabelle Tuzani , aujourd'hui reine, sous le nom de Lidore , y était assise avec lui. (Cruel amour, pourquoi réveiller dans mon cœur des flammes que je croyais éteintes?) Il ma fait

46o LE SIÈGE DE L'ALPUJARHA,

placer sur un carreau , suÎTant les asages de sa i» tioD y et a ordonne qu'on me rendit tous/es faonneun qu'un ambassadeur peut obtenir, et que peutacco^ der Fautorité d'un roi. Je me suis acquitte alors de la commission (}ue votre altesse mWait donnée, et aussitôt que le bruit a été répandu dans la yille que TOUS accordiez un pardon général , le peuple , se réunissant dans les places et dans les rues , a commencé à donner mille signes de ton alégresse. Le seul Aben-Huméya , rempli de courage et d'orgueil^ furieux de voir à quel point les bruits d'un pardon général étaient reçus avccfayeur par les Mores , in a donné cette réponse :

tr Je suis^roi de l'Alpujarra; cet ^tat est petit pour mon courage , mais bientôt TEspagne entière sera prosternée à mes pieds. Dis à don Juan que sH ne veut périr dans ces montagnes, il abandonne cette entreprise. S'il est parmi mes sujets quelque lâche qui veuille profiter de l'amnistie que tu annonces ^ tu peux l'emmener avec toi pour servir Philippe. Un ennemi de plus rendra plus illustre ma victoire. » Cest ainsi qu'il m'a congédié^ et que j'ai quitté l'Alpujarra y en y laissant partout le peuple armé et divisé en partis; les uns ont pour cri de ralliement : Espagne ! les autres ; Afrique! et en ce jour la guerre qu'ils ont le plus à redouter ^ le mal le plus cruel qui puisse les affliger, la dissension intérieure et les factions sont dans leurs propres murs, et les font se déchirer de leurs mains.

OOH JUAII*

Jamais nn tyran ne peut £ûra de pl^s grand pro-

JOURNÉE m, SCÈNE V, 46i

gi*ès y ne peut subsister plus long-temps. Les mêmes qui Font soutenu dans le commencement de son entreprise^ sont les premiers qui l'abandonnent^ quelquefois baigne dans son sang. Et puisque tel est l'état de l'Alpujarra , avant qu'ils ne se ruinent eux-mêmes^ que mon camp s'avance sur Berja. Triomphons d'eux avant qu'ils ne s'entre-de'chirent , et que leur perte du moins tourne à notre gloire.

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