SCÈNE PREMIÈRE
Salon dans la maison de don Âlonze.
CLARA, MARIE NUGNE.
CLARA
V oiLA ce qui se passe; et je ne le dirais pas à une autre qu'à toi.
MARIE NUGNE.
Vous savez combien vous pouvez vous fier à mon attachement pour vous ; mais en vérité je suis étonnée de voir jusqu'où va l'étourderie de votre sœur.
CLARA
Deux cavaliers lui font la cour; puisque j'en ai été instruite, il est de mon devoir de prévenir le scandale qui pourrait arriver ; et pour parer à tout, il faut que tu remettes ce billet à celui qui m'a lonné cet avis, afin que,, sans savoir qui je suis, il me parle plus clairement, et nous reprendrons bientôt cet entretien. Il me semble que j'entends quelqu'un ; vois qui c'est ( j^ part. ) Sans
altérer en un mot la vérité, j'ai su tromper Marie
ii€ GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT, Nugne^ et c'est elle-même qui me procurera les moyens de lui parler cette ])uit , et de voir. • •
( Doa Torribio yeut entrer, et Marie Nagne le retient. )
MARIE NUGNE.
Âttendez-donc ; personne ne peut entrer dans cet appartement sans avertir.
DON TORRIBIO
Tu es aujourd'hui deux fois duègne pour moi.
MARIE NUGNE.
Comment?
DON TORRIBIO
D'abord y en me tourmentant^ et ensuite en m'empêchant d'entrer où je veux ^'®^.
MARIE NUGNE.
Si vos cousines ne sont pas habillées , prétendezvous les voir ?
DON TORRIBIO
Est-ce qu'elles ne sont pas habillées depuis qu'elles se sont levées ?
CLARA
Quel est ce bruit ?
DON TORRIBIO
Cette antiquaille voulait me défendre la porte.
CLARA
Et elle faisait fort bien : personne ne peut entrer ici en l'absence de mon père.
DON TORRIBIO
Vous voyez bien pourtant que je suis entré. Au reste ^ je sais d'où vient cette humeur^ aussi je
vous la pardonne. Je ne veux pas ôter à une fille dédaignée la consolation de pleurer.
CLARAé
Je suis cette fille dédaignée j et puisque le bienheureux objet de votre préférence n'est pas dans cette chambre , vous n'avez rien à y faire : sortez-en tout de suite , ou j'en sortirai. Je ne veux pas qu'on pense que je veux vous troubler quand j'ai des vengeances plus sérieuses à satisfaire.
DqN TORRIBIO.
Voilà qui est bientôt dit^ et fort mal dit.
CLARA
Viens y Marie Nugne ; il faut que tu me fasses ce plaisir.
« (Elle sort.)
MARIE NUGISE.
Je serai toujours toute à vous j mais attendez , je vais voir qui appelle.
( EUe sort. ) DON TORRIBIO.
deux ! secourez-moi. Cette insulte, qui se joint aux soupçons aigus qui me déchirent le cœur à belles dents comme des aspics, c'est, à présent que j'y songe, une fière insulte ! Lorsque nous avons visité la maison, j'ai vu.... Tais-toi, langue indiscrète ; il faut d'abord que je te dise que tu en as menti : j'ai vu que, derrière le lit d'Eugénie, ô malice infernale ! que, derrière son Ut, il y avait
MARIE NUGNE, rentrant.
Mesdames ! mesdames ! bonne nouvelle ! Ce billet, qui annonce une voiture et un balcon
ï i6 GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT,
DON TORRTBIO.
Tais'toi , femme; songe que billet^ Toiture, balcon , et duègne sur le tout , c'est une intrigue complète.
MARIE nughe.
Si le secret était d'importance^ il serait fiàçheux de le rencontrer. Mesdames !
DON TORRIBIO
Mémoire ^ ne me tourmente pas.
MARIE NUGNB.
Mademoiselle Clara n'était-elle pas ici?
DON TOBRIBIO,
Oui , elle y était encore un moment avant de s'en aller.
MARIE NUGNE. *
Je vais les chercher pour leur remettre cette lettre.
DON TORRIBIO
Un moment. Je dois la voir avant elles.
MARIE NUGNE*
Que veut-il dire, celui-là? Je pourrais bien la montrer ; mais je ne le ferai point , pour ne point le rendre sitôt maitrendans la maison •
DON TORRIBIO
Veux-tu parier
MARIE NUGNE.
Quoi?
DON TORRIBIO
Que d'un coup de poing j'écrase ta coiffe et ta tête?
MABIB NUGIIB.
Veux-tu parier qu'il ne Taudra pas celui-ci ?
( Elle lui donne un coup àe poing. ) DON TORRIBIO.
Nous avons parie les dents , car je crois que de ce coup, j'ai perdu les miennes.
MARIÉ NUGNE, criant.
Âhie ! on me tue ! on m'assomme ! au secours !
DON TORRIBIO
Il ne me manquait plua que ses plaintes.
(Don Alonie , Clan, Eugénie et Brigitta entrent. )
DON ALONZE
Quel est ce bruit ?
CLARA
Qu'est-il arrive ? qu'as-tu ?
MARIE NUGNE.
Don Torribio^ mon maître et seigneur; parce que je n'ai pas voulu lui donner une lettre adressée à ces dames ; s'est impatienté ^ et dans sa colère il a mis la piain sur moi. #