‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 16 sur 79 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Salon dans la maison de don Âlonze.

CLARA, MARIE NUGNE.

CLARA

V oiLA ce qui se passe; et je ne le dirais pas à une autre qu'à toi.

MARIE NUGNE.

Vous savez combien vous pouvez vous fier à mon attachement pour vous ; mais en vérité je suis étonnée de voir jusqu'où va l'étourderie de votre sœur.

CLARA

Deux cavaliers lui font la cour; puisque j'en ai été instruite, il est de mon devoir de prévenir le scandale qui pourrait arriver ; et pour parer à tout, il faut que tu remettes ce billet à celui qui m'a lonné cet avis, afin que,, sans savoir qui je suis, il me parle plus clairement, et nous reprendrons bientôt cet entretien. Il me semble que j'entends quelqu'un ; vois qui c'est ( j^ part. ) Sans

altérer en un mot la vérité, j'ai su tromper Marie

ii€ GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT, Nugne^ et c'est elle-même qui me procurera les moyens de lui parler cette ])uit , et de voir. • •

( Doa Torribio yeut entrer, et Marie Nagne le retient. )

MARIE NUGNE.

Âttendez-donc ; personne ne peut entrer dans cet appartement sans avertir.

DON TORRIBIO

Tu es aujourd'hui deux fois duègne pour moi.

MARIE NUGNE.

Comment?

DON TORRIBIO

D'abord y en me tourmentant^ et ensuite en m'empêchant d'entrer où je veux ^'®^.

MARIE NUGNE.

Si vos cousines ne sont pas habillées , prétendezvous les voir ?

DON TORRIBIO

Est-ce qu'elles ne sont pas habillées depuis qu'elles se sont levées ?

CLARA

Quel est ce bruit ?

DON TORRIBIO

Cette antiquaille voulait me défendre la porte.

CLARA

Et elle faisait fort bien : personne ne peut entrer ici en l'absence de mon père.

DON TORRIBIO

Vous voyez bien pourtant que je suis entré. Au reste ^ je sais d'où vient cette humeur^ aussi je

vous la pardonne. Je ne veux pas ôter à une fille dédaignée la consolation de pleurer.

CLARAé

Je suis cette fille dédaignée j et puisque le bienheureux objet de votre préférence n'est pas dans cette chambre , vous n'avez rien à y faire : sortez-en tout de suite , ou j'en sortirai. Je ne veux pas qu'on pense que je veux vous troubler quand j'ai des vengeances plus sérieuses à satisfaire.

DqN TORRIBIO.

Voilà qui est bientôt dit^ et fort mal dit.

CLARA

Viens y Marie Nugne ; il faut que tu me fasses ce plaisir.

« (Elle sort.)

MARIE NUGISE.

Je serai toujours toute à vous j mais attendez , je vais voir qui appelle.

( EUe sort. ) DON TORRIBIO.

deux ! secourez-moi. Cette insulte, qui se joint aux soupçons aigus qui me déchirent le cœur à belles dents comme des aspics, c'est, à présent que j'y songe, une fière insulte ! Lorsque nous avons visité la maison, j'ai vu.... Tais-toi, langue indiscrète ; il faut d'abord que je te dise que tu en as menti : j'ai vu que, derrière le lit d'Eugénie, ô malice infernale ! que, derrière son Ut, il y avait

MARIE NUGNE, rentrant.

Mesdames ! mesdames ! bonne nouvelle ! Ce billet, qui annonce une voiture et un balcon

ï i6 GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT,

DON TORRTBIO.

Tais'toi , femme; songe que billet^ Toiture, balcon , et duègne sur le tout , c'est une intrigue complète.

MARIE nughe.

Si le secret était d'importance^ il serait fiàçheux de le rencontrer. Mesdames !

DON TORRIBIO

Mémoire ^ ne me tourmente pas.

MARIE NUGNB.

Mademoiselle Clara n'était-elle pas ici?

DON TOBRIBIO,

Oui , elle y était encore un moment avant de s'en aller.

MARIE NUGNE. *

Je vais les chercher pour leur remettre cette lettre.

DON TORRIBIO

Un moment. Je dois la voir avant elles.

MARIE NUGNE*

Que veut-il dire, celui-là? Je pourrais bien la montrer ; mais je ne le ferai point , pour ne point le rendre sitôt maitrendans la maison •

DON TORRIBIO

Veux-tu parier

MARIE NUGNE.

Quoi?

DON TORRIBIO

Que d'un coup de poing j'écrase ta coiffe et ta tête?

MABIB NUGIIB.

Veux-tu parier qu'il ne Taudra pas celui-ci ?

( Elle lui donne un coup àe poing. ) DON TORRIBIO.

Nous avons parie les dents , car je crois que de ce coup, j'ai perdu les miennes.

MARIÉ NUGNE, criant.

Âhie ! on me tue ! on m'assomme ! au secours !

DON TORRIBIO

Il ne me manquait plua que ses plaintes.

(Don Alonie , Clan, Eugénie et Brigitta entrent. )

DON ALONZE

Quel est ce bruit ?

CLARA

Qu'est-il arrive ? qu'as-tu ?

MARIE NUGNE.

Don Torribio^ mon maître et seigneur; parce que je n'ai pas voulu lui donner une lettre adressée à ces dames ; s'est impatienté ^ et dans sa colère il a mis la piain sur moi. #

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