SCÈNE II
Rue entre les maisoDS de don Alonze et de don Fëlix.
DON FÉLIX , HEMANO.
HERNAUD.
Vous revene? sans voir la fête?
DON FÉLIX
IL n'y a point de fête pour moi quand je ne suis pas de bonne humeur.
HERNAND.
Qu'a vez-vous , monsieur^ qui vous rende si triste?
DON FÉLIX
Maudit bavard ! tu voudrais déjà le savoir pour aller le répéter.
HÉRNAND.
Par cela seul^ vous me dites que c'est de l'amour.
DON FÉLIX
Belle conclusion !
HERNAND.
Très-juste. Car si vous n'étiez pas amoureux^ rien ne saurait vous engager à vous taire'.
DON FÉLIX
Je te l'avoue , une beauté charmante est la cause de ma tristesse ; et il m'est si impossible de réussir^ que mon premier désir est déjà un premier obstacle.
HERNAND.
Comment cela ? *
iîi8 GARDEZ-VOUS DE L'ÊAU QUI DORT,
Songez que mon atnitië peut retarder mes instances f mais que je dois finir par Toir ce papier.
DON FELIX
Voyez ce que nous avons à faire , car je ne vous le montrerai pas.
DON JDAN.
En sortant des murs de la ville ^*^^....
DONFÉLI^L
Conduisez-moi où vous voudrez ; je suis disposé à de'fendre mon secret.
( Don Pèdre entre. )
DON PÈDRE
Don Félix, don Juan, que vois-je? où allez-vous ainsi?
DON FEUX
Nous allions nous promener.
DON PÈDRE
Vous ne me tromperez point avec un vaine défaite que dément votre contenance. Je vous ai aperçus près à tirer l'épée, et vous ne vous éloignerez pas
DON JUAN
Eh ! n^onsieur , vous prenez une peine inutile.
HERNAND.
Elle n'est point inutile. Don Juan et mon maître vont en venir aux mains.
DON FELIX
Tais-toi; maraud.
DON PÈDRB.
Peut-il y avoir entre des amis use affaire qu'on tie puisse arranger sans en venir aux eitrémitës? Faites ceci pour moi^ mes^eurs. Dites-moi la cause ie votre différent.
DON FÉLIX
Quant à moi , il ne me convient pas de la dire.
DON jiAn.
Et je la dirai , moi. Je ne veux pas qu'on pense que je manque légèrement aux devoirs de l'hospitalifé; et puisque vous n'êtes point homme à nous empêcher de vider cette affaire quand vous en connaîtrez la cause , je vais vous tout déclarer.
DON FÉLIX
Vous ne parlerez pas^ parce qu'auparavant...
DON PÈDRE
Arrêtez.
DON FÉLIX, ipart.
Comment pouvoir l'empêcher de tout découvrir ?
DON JUiïN,
Je veux faircf pemr Vous ce que je ne ferais pour personne. Écoutez, don Pèdre, j'ai confie à don Félix que j'étais amoureux d'une dame, et lui, non content de refuser de m'aidér dans mon amour, violant lés lois de l'honneur et de l'amitié , il fait la cour à la même personne. J'en suis sûr; et mes plaintes sont si bien fondées, que lorsqu'on lui a jeté liné létEre par cette croisée*. •
DON PÈDRE, ipart.
Qu'en tends-je , ô ciel !
TOM. I. Caldéron, 9
i3o GÀRDEZ-VOUS DE TEAU QUI DORT,
DON JUAN
J'ai entendu qu'on lui disart que c'était Eugémê qui la lui écrirait : j'ai dit son nom , mais , avec un cavalier tel que vous , cette indiscrétion n'a rien d'essentiel.
DON FELIX, àpart.
Me voici dans de nouveaux embarras^
DON PÈDRE
Pardon , cette révélation est très-importante i parce que je me trouve ainsi l'ennemi de tous les deux : de vous , car si vous aimez Eugénie^ c'est elle que j'ai suivie à Madrid ; de don Félix , puisque vous venez de me dire qu'il prétend à elle; de sorte qu'il m'appartient de venger sur tous les deux, et l'of- 'fense qui nous est commune et celle que vous me laites.
DON JUAN
Puisque vous déclarez que vous l'aimez , lorsque je meurs d'amour pour elle , vous êtes tous les deux à la fois mes confidens et mes rivaux; et c'est d'abord à vous^ don Pèdre , que j'aurai afiaire.
DON FÉLIX
Vous êtes deux aussi qui m'outragez , en soupçonnant mon amitié, en croyant que moi, étant ce que je suis, j'aie pu vous offenser : tandis que ma conscience me rend témoignage que si j'ai caché à chacun de vous l'amour qui occupait l'autre, c'était pour éviter un éclat; et, par vos idées injurieuses, vous changez en une trahison ce qui était une preuve de mon attachement.
• JOURNÉE III, SCÈNE II. i3i
DON JUAN
Une preuTe d'attachement^ lorsque ^ ingrat..^
DON PÈDRE
Perfide...
DON JUAN
...Avec fausseté....
DON PÈDRE
. . .Avec déloyauté. . . .