AU PALAIS-ROYAL
M. DCCC. XXIL
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ToM. I. Cttlde'ron.
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VIE DE CAJ^DERON.
ToM. I. CtltitTon.
JLa vie de Pedro Caldéron de la Barca commença avec le dîx-seplième siècle. Il naquit le P' janvier i6oi , six ans avant Corneille. Philippe II était mort 5 son fils , Philippe III 5 héritier de ses états , mais non de ses talens , pof tait le titre de roi d'Espagne. Cette monarchie occupait alors un rang imposant en Europe , par ses souvenirs et par les traditions politiques et militaires qui gouvernaient encore. Les circonstances qui avaient donné aux Espagnols une prépondérance universelle ne pouvaient pas cesser d'agir subitement»
C'est dans ces momens de calme et de force qui suivent les époques de la gloire militaire d'une nation que se développe sa gloire littéraire. La fin du règne de Philippe II, et celui de son successeur, furent l'âge d'or de la littérature espagnole. Alors brillaient Cervantes , Lope de Vega , Quévédo , Solis , Mendoza , Gongora , Fr. Louis de Léon , et tant d'autres dont les travaux fixèrent la langue , et , sans les circonstances politiques , lui auraient peut-être conservé l'espèce d'universalité dont elle jouit long-temps. Le siècle de Philippa III fut pour l'Espagne ce qu'avait été celui de Léon X pour l'Italie , ce que fut ensuite celui de Louis XIV pour la France. L'exemple de quelques beaux génies avait répandu ime émulation universelle , et un tailleur de Tolède fit aussi des comédies.
C'est au milieu de celte effervescence que Caldéron vit le jour. Sa famille était très-ancienne 5 elle tirait son origine d'un solar ( manoir héréditaire) de la vallée de Carriedo , dans les montagnes de Burgos \ sa mère appartenait^ disait- on , aux anciens souverains du Hainault. Tout
cela est dçvenu assez indiiTéreut. Il a été un temps où le. Caldéroiis de la Baroa Barreda, et les comtes de Hainault illustraient le poëte ; à présent c'est du poëte que ses ancêtres retirent quelque illustration. Don Diegue deCaldéron , son père , secrétaire du conseil des finances , connaissait le prix d'une bonne éducation. H soigna celle de son fils.
Envoyé au collège des Jésuites à neuf ans , il y fit des progrès rapides ; à treize il composa une comédie intitulée : El Carro del Cteh , le Char du ciel. Dès Tannée d'après , il fut envoyé à l'université de Salamanque où il fit ses cours de philosophie et de droit.
On peut supposer que celui dont le génie dramatique s'était développé à treize ans , n'étudia pas avec beaucoup de soin des sciences abstraites ; et , en effet , on trouve dans ses ouvrages des preuves trop évidentes qu'il n'avait pas profité de ce*lte première instruction qui est si nécessaire. Il savait probablement les langues anciennes, mais ne s'était jamais occupé d'apprendre l'histoire ni les mœurs des peuples qui les parlaient.
D'après le genre de ses études , Caldéron se destinait jprobablément h suivre la carrière des lois. Nous ignorons ee qui l'en détourna ; plusieurs de ses comédies doivent appartenir à cette époque ] quoi qu'il en soit , il quitta la plume pour l'épée , abandonna Thémis pour Mars , mais ne renonça pas aux Muses ^ son historien nous apprend qu'à vingt-quatre ans , le jeune avocat devint militaire. Il servît d'abord à Milan, et ensuite en Flandre»
Pendant son repos , pendant ses expéditions militaires, il exerça ses talens pour la scène 5 car Philippe IV appela le jeune officier à Madrid pour être occupé , conmie poëte comique, aux frécpentes fêtes qu'il donnait; Lope qui vieillissait n'aimait pas cette sorte de composition , et n'aurait peut-être pas pu s assujettir ^ travailler à jour fixe et sur un si:^^ donné.
Philippe IV n'était pas un grand roî , quoique ses conr-
ti ans lui eussent donné le surnom de grand, et quoique
les poètes de sa cour , et Caldérou tout le premier , nq
cessassent de le comparer au soleil. Mais une gloire que ne
peuvent lui ûter les malheureux événemens qui signalèrent
son règne , c'est qu'il eut dç l'affection pour les lettres , et
eu particulier pour la littérature dramatique» On lui a at--
tribué beaucoup de pièces , entre autres celles qui ont
vu le jour sous le nom vague de : Por wi ingcnio de esta,
coite ( par un auteur de cette capitale ) , et il parait que ;
Darsa i^ida por su dama ( Donner sa vie pour sa dame ) ,
est en entier son ouvrage.
Ce qui prouve que le roî dut se décider d'après la répu^ tation de Caldéron absent , ce qui nous démontre aussi (jpe cette réputation était déjà bien grande et qu elle ne disparaissait pas auprès de celle de Lope , alors au plus haut degré de gloire auquel homme vivant ^oit parvenui c'est que dan» le Laurier d* Apollon , ouvrage de Lope lui-même y écrit en i62{^ , cet auteur fait déjà im grand éloge de celui qui devait lui succéder , mais qui , nonob'-» stant Favis des critiques allemands , n'est pojnt parvenu à l'eflacer. Voici comment , dans la Sylve VII , la Muse «'qX"»prime en parlant au Manzaïiarès..
« Tu le connaîtras si je te fais son portrait. En te parlant de celui dont le nom est célébré depuis les montagnes €>ù tu prends ton prigine jusques à celles que les soui^ ces du Pinde arrosent dis leurs ondes vénérées , tu nomr meras don Pedro Caldéron de la Barca. Je te dis des vérités et non des flatteries ^ dans l'harmonie et la vigueur de son style , il s'élance au sommet du double mont. La vive ardeur de cet illustre jeune homme doit te plaire , etc. »
Quoiqu'il y ait en général beaucoifp à rabattre des louanges que Lope de Vega , au faîte de la gloire littéraire 9 à la fin de sa carrière ^ distribuait à ses rivaux , si
VIE DE GALDÉRON.
Caldéron n'avait pas eu à cette époque une réputation faite, l'éloge que je viens de citer n'aurait été qu'une sanglante ironie.
Les faveurs du roi le fixèrentà Madrid. Il y reçut l'épée de l'ordre militaire de Saint- Jacques comme prix de ses travaux littéraires. Gnq ans après les chevaliers des quatre ordres ayant été appelés à l'armée de Catalogne , commandée par le comte-duc d'Olivarès, Caldéron y alla , quoiqu'il eût été dispensé parle roi de ce service. Mais, pour ne manquer à aucun de ses engagemens , il se hâta avant son départ d'achever une pièce ( Combat d^ amour et de jalousie) que le roi lui avait commandée. A la suite de cette campagne il reçut une pension de trente écus par mois sur les fonds de l'artillerie.
Ce fut dans ce temps que ses pièces commencèrent à être recueillies. Son frère en publia douze en un volimie dans l'année i64o , mais les approbations sont de 1637. Cette différence de date donnerait lieu de penser que les libraires de Madrid furent long-temps à se décider à faire les frais de l'impression.
Ces pièces sont déjà un choix , car elles ne sont pas rangées par ordre chronologique , puisque le Carro del ciejo n'y parait pas, et que d'ailleurs il n'est pas probable que la F^ie est un songe ^ la Maison à deux portes y et les autres qui composent ce volimie , et que l'on compte parmi les meilleures, fussent précisément les premières. Au reste, d'après le peu d'empressement que l'Espagne mit à recueillir les ouvrages de Lope de Vega, mort en i635 , et dont, dans les douze années suivantes , on ne publia que six volumes , on n'est pas étonné du peu d'accueil que le nouveau poëte reçut chez les libraires.
De retour de la campagne de Catalogne , Caldéron ne quitta plus Madrid. En 1649 ' ^ l'époque où Philippe III épousa en secondes noces Marie- Anne d'Autriche, sa
VIB DE CALDÉRON. 7
mèce, il fut chargé de faire la relation en rérs des fêtes qui eurent lieu. Il en a inséré un abrégé dans sa comédie de Guardate del agua mansa ( Gardez-vous de Teau qui dort).
En i65i il quitta l'épée pounfcitrer dans l'état ecclésiastique , comme il avait quitté le barreau pour l'épée ; mais 3 fut auteur comique , étant prêtre , comme il l'avait été dans les camps et dans son étude. C'était le principal de sa vie. Les autres circonstances n'en étaient que l'accessoire.
Depuis Nabarro jusqu'à Lope de Vega , la prêtrise n'avait empécbé aucun auteur dramatique de continuer ses travaux. L'église espagnole ne s'en offensait pas 5 et nonobstant les dissertations de Mariana , plusieurs casuistes permettaient cette sorte de composition. L'approbation donnée aux œuvres de notre poëte, par le licencié Fr. Manuel de Guerra y Ribera, est une dissertation assez étendue , où l'auteur , très^savant théologien , a cherché à démontrer par les pères , les conciles , la tradition , que le théâtre moderne est une chose indifférente eu soi sous le rapport théologique , bonne sous le rapport politique , et susceptible de devenir utile, et même méritoire , .suivant la manière dont elle est traitée. Je ne suis nullement compétent pour juger de la valeur intrinsèque des argumens qu'il emploie, mais on ne peut nier que sa dialectique ne soit trèspuissante.
Philippe IV avait récompensé son poëte par une pension sur rartiUerie , lorsqu'iL était soldat ; devenu prêtre , Caldéron obtint des bénéfices pour ses comédies. Il fut nommé, en l653, chapelain des Rois nouveaux de Tolède. Après que Henri de Transtamare fut monté sur le trône , ne voulant pas que sa cendre fût mêlée à celle des rois dont il ne descendait pas légitimement , il fit construire dans la cathédrale de Tolède une chapelle magnifique et richement dotée ^ pour servir de sépulture à lui et à ses des-
ïo VIE DE CALDÉRON.
Parmi celles qui se sont perdues , on doit regretter surtout El Çarro del cielo , le premier ouvrage de Fauteur ; il serait curieux de voir d'où est parti celui qui s*est élevé si haut. Il avait aussi écrit un don Quichotte , qui est perdu aussi-bien que ceux de G. de Castro. Il eût été bien intéressant de juger comment il avait pu soutenir la lutte avec Cervantes , dont le roman est si comique , qu'il a été jusqu'à présent impossible d'en tirer une bonne comédie.
L'édition d'Apontes contient soixante-douze actes sacramentaux ; mais dans la liste dont j'ai parlé plus haut , il en est plusieurs qui ne se retrouvent plus ; de sorte qu'il est assez probable qu'il en a composé plus de cent.
Il a fait aussi des saynètes , ou petites pièces ; beaucoup de poésies détachées , un savant Traité sur la noblesse de la peinture^ vax autre sur le Déltige uniyerseL Ils n'ont point été réunis en une seule collection.
Cette fécondité paraîtra surprenante; cependant, en réfléchissant à la longue carrière qu'il a parcourue, en songeant qu'il a consacré sa vie toute entière au théâtre; en le comparant, enfin, sous ce rapport, à Lope de Vega, on concevra qu'il ait pu suffire à cet immense travail , el l'on ne sera pas même étonné qu'il ait, plus que son illustre prédécesseur, soigné les détails de ses plans et de son style.
Chaque auteur a sa poétique particulière. Cependant ceux de la même époque se ressemblent par des caractères communs ; et lorsqu'il y en a un qui , à l'ascendant d'un grand talent , joint l'avantage d'iine longue vie , il domine son siècle ; ses contemporains sont plus ou moins empreints des formes , revêtus des couleurs de son génie ; et , pour me servir de l'expression consacrée pour la peinture , il fait école.
POÉTIQUE DE CAmÉRON. ii
Les modifications particulières que Caldéron apporta à Fart dramatique , sont d^autant plus utiles à examiner, qu'elles teiminent à peu près l'histoire du théâtre espagnol. Quelques-uns de ses disciples lui survécurent -, mais vingt ans s^étaient à peine écoulés depuis sa mort , qu une nouvelle direction fut donnée aux esprits.
' Caldéron a joui de sa renommée : célèbre de bonne heure , il survécut à tous ses rivaux ^ et , contemporain de deux générations, il pût, si l'on peut s'exprimer ainsi, recevoir les applaudi ssemens de la postérité. Peu de temps après s^flnort , voici comment s'exprimait le censeur chargé d'examiner ses ouvrages , Fr. Manuel de Guerrâ y Ribéra, trini taire , prédicateur du roi , professeur de philosophie ,. etc. Je sais qu'en général les censeurs espagnols étaient plus flatteurs que ceux qu'il y avait autrefois en France , et même que ceux dont nous avons vu les travaux ^ mais l'opinion du P. Guerra a été celle de ses contemporains : il serait aisé de le prouver.
* « Sans faire tort à la mémoire de tant de grands poëtes qui ont illustré les théâtres des diverses nations modernes, et surtout le nôtre , on me permettra de dire qu'il suffirait que don Pedro Caldéron s'en fût occupé pour rétablir l'honneur de la scène , et dissiper les préventions de ceux qui eu craignent les dangers. Cet homme , grand par son jugement , ses études , son génie , s'est élevé avec tant de majesté au plus haut point de l'art dramatique , qu'il n'a laissé à l'envie que le désir de l'imiter. Ce n'est pas moi , ce sont ses ouvrages qui le disent.
» Personne n'a su marier comme lui la délicatesse de l'intrigue avec la vraisemblance des événemens , ce qui était d'autant plus difficile que la trame en est ourdie avec tant de finesse , quelle semblait devoir se rompre en la tissant. Quels que soient les sujets qu'il a traités , il a partout ^ obtenules mêmes succès. Ses comédies , tirées de Y Histoire
13 POÉTIQUE DE CALDÊRON.
saiiiie , sont édifiantes \ celles qui sont historiques nous offrent des leçons utiles ; celles dont Tamour est le sujet nous amusent sans nous offrir de danger. Au milieu des plaisanteries , il conserve la majesté des sentimens, la clarté des idées , la pureté du discours ; jamais il ne tombe dans des puérilités, jamais il ne montre des affections basses \ il coih serve une haute dignité dans tous les stgets. S'il s'occupe d^un saint, il ennoblit les vertus \ si c'est d'un prince, il excite aux actions les plus héroïques \ s'il prend pour arçu* ment les événemens de la vie privée , il rend plus pures les affec ti ons ^du cœur, • • . w \
» Ce que j'admire le plus dans ce rare génie , c'est qu'il n'imita personne. Il naquit pour être maître et non disciple; Jl se fraya sur le Parnasse de nouveaux sentiers ,■ et s'éleva seul et sans guide à son sommet ...
» Ce fut surtout dans ses actes sacramentaux qu'il se surpassa. La dévotion de son âme embrasait son esprit , et son génie , enflammé comme celui d'Ezéchiel , s'élevait au-de&sus de ses rivaux et de lui-même. Cest en lui que l'on a Vu se réaliser cette exagération de Cicéron que les poëtes sont des êtres remplis d'une inspiration divine. Ses sigets sont si pieux , ses allégories si religieuses , la morale et la doctrine si bien enchaînées avec l'action, la sainteté y est mêlée avec tant d'art à l'éloquence , et Futilité s'y trouve si intimement lice à l'intérêt , que l'auteur se fait à là fois admirer par l'esprit et suivre par le cœur , et que le spectateur se retiixî plein d'autant de piété que d'admiration , d'autant de contrition que de plaisir. »
On pourra comparer avec ce jugement d'un savant critique espagnol du dix-septième siècle , celui d'un illustre critique allemand du dix-neuvième.
« Enfin parut don Pedro Caldéron de la Barca , génie aussi fertile , écrivain aussi laborieux que Lope de Yega , et bien plus grand poète , un grand poëte , si jamais ce
POÉTIQUE DE CÀLDÉRON. i3
nom a été mérité sur la terre. En lui se renouvelèrent, et dans un degré bien plus éminent , la puissance d^exciter Tenthousiasme , Tempire exercé sur la scène , et , pour tout dire enfin , le miracle de la nature.. .
» L'enthousiasme religieux anime surtout le poëte lors-» que dans les actes sacrés destinés à solenniser .la Fête- Dieu, il peint allégoriquement, et sous les couleurs les plus éclatantes , Tunivers embrasé des flammes de Tamour cé«^ leste. C'est dans ce genre qu il excitait surtout Tadmiration de ses contemporains , et c'est à ces compositions que lui-^ même attachait sa plus grande gloire. ...
» Les comédies de Caldéron finissent par le mariage comme celles des anciens. Mais combien tout ce qui précède ce mariage n est-il paà différent I Dans les pièces anciennes on se sert de moyens très-immoraux pour satisfaire des passions sensuelles ou remplir un but égoïste : les hommes épient leurs faiblesses mutuelles et se combattent arec leurs forces morales, comme is'ils luttaient avec leurs forces physiques. Dans les pièces espagnoles , au contraire ,. on voit régner cette ardeur passionnée qui ennoblit toigours les désirs de l'homme parce qu'elle les met hors de proportion avec toute jouissance matérielle L'honneur , l'amour et la jalousie sont les ressorts de ces comédies. Le jeu hardi des passions les plus généreuses forme le tissu de l'intrigue , et aucune fourberie vulgaire n'y vient mêler ses fils gi^ssiers. L'honneur est toujours un principe idéal , car il repose sur cette morale élevée qui consacre les principes des actions sans avoir égard aux conséquences.... Caldéron donne aussi aux femmes un sentiment d'honneur également prononcé , qui l'emporte sur l'amour ou tient sa place à côté de lui. Ne pouvoir aimer quVn homme irréprochable , l'aimer avec une pureté parfaite , ne souffrir aucun hommage équivoque , aucune atteinte à la dignité la plus sévère , voilà en quoi le poëte
f/i POÉtIQUE DE CALDÉKON.
fait consister Thonneur des femmes. La jalousie n a pas dans les mœurs que dépeint Caldéron , comme dans celles de rOrient^ la possession pour objet, elle s^attache aux plus . légères émotions du cœur et aux signes imperceptibles qui les trahissent ^ c'est un genre de jalousie fait pour ennoblir un sentiment qui , dès qu'il n'est pas entièrement ex^ tlusif , est altéré dans son essence la plus noble et la plus intime. Quelquefois le conflict de ces diverses forces niornlcs n'amène aucun résultat , et alors le dénoument est véritablement comique : quelquefois aussi la catastrophe semble appartenir au domaine de la tragédie , et l'on voit riiouncur jouer le rôle d'une destinée ennemie pour ceux qui ne peuvent obéir à ses lois rigoureuses sans anéantir leur bonheur ou sans devenir coupables.
)> La partie burlesque ne consiste d'odinaire que dans un valet bouflbu j connu sous le nom de Gracioso. Ce valet sert à parodier la partie idéale de la pièce, et il contrefait de la manière la plus agréable les senlimens exaltés de son maître. Il est rarement employé activement à former par SOS fourberies le nœud de l'intrigue; c'est 4e hasard qui s*ou charge et qui s'en acquitte avec esprit.
» Il y a encore des pièces de Caldéron qu'il nomme luîmi^me pièces de fêtes (fiestas) , parce qu'elles étaient destinées à paraître sur le théâtre de la cour dans des occasions solennelles. Il comptait sur l'eilct du spectacle , des changeniens fmjuens de décorations , des prodiges exécutés sur la scène « et même quelquefois de la musique , et cepen*^ dant tous les accessoires restaient tellement dans l'ombre « qui^i peut nonmier ces drames des opéra-poétiques , parce ^u'ilsproduis;lieut, au moyen du seid éclat de la poésie, le goure d'elVet que l'appareil théâtral , la danse , la musique, piXMluisent à Topera. C^était là que le poète laissait Tessor le plus libre à sou imagination; aussi ces iictions légères cl fauta;^tiquos touchent-dles à peine la terre, b
POÉTIQUE DB CALDÉROH. 16
Si , sfrès Topinion de M. Schlegel , la mienne pouTait ifoir ^pelque poids , ye dirais que toutes les beautés qu il trouTe dans Caldéron s y rencontrent effectivement , sauf cependant ce mérite d'invention qu'il lui attribue après le pire Gnerra, et qui ne lui appartient pas. Avant Caldéron^ en avait Cût des pièces d'intrigue, en employant les mêmes Rssorts que lui ; dans plusieurs comédies de Lope de Vega, klHscreia Enamorada^ la Dama Melindrosa^ los Locos de Falencia , la fable est ourdie par les moyens qu'emploie Cildéron ; et Juan de la Cueva , antérieur à Lope , avait StyCn i58a , en justifiant ses compatriotes d'avoir secoué le joug des unités théâtrales :
c L^mvention et la grâce sont des qualités propres aux {Aies ingjénieuses de la scène espagnole. Rien n'y est dé- {hoé, comme disent nos adversaires : les scènes et les actes 9mx remplis par une intrigue fortement embrouillée , et )v Fintérèt qu'excité son dénoûment, choses qu'aucitee iitre nation ne peut imiter. )>
Avant Caldéron, l'honneur et l'amour avaient été les sentinieiis dont l'expression avait été dominante dans les pièces espagnoles. Je ne partage pas davantage l'opinion de H. Schlegel sur l'infériorité de Lope de Vega ^ mais , au oeu de me livrer à des discussions pour savoir lequel des deux avait la meilleure poétique , ou même si leurs poétiques étaient bonnes, je vais exposer les règles qu'a sui- ]riet Caldéron^ montrer en quoi il s'est éloigné de liOpe et des contemporains de celui-^. ' i
Je suivrai à peu près la division qu'a établie entre les (ièoes de Caldéron le critique que j'ai cité. Je distinguerai des drames historiques , les sujets inventés ^ entre ceux-ci , je séparerai ceux qui peignent les mœurs espagnoles , réelles eu conventionnelles, de ceux dont le sujet est fabuleux ; et oifin la dernière classe sera formée des drames allégoriques religieux.
iC POÉTIQUE DE CALDÉRON.
Je considère comme drames historiques tous ceux dont la marche a été tracée à Fauteur {mr une histoire , un conte , une légende vraie ou fausse 5 car je m'occupe ici de la nature de la composition , et non de là vérité des événemens. Aussi les drames religieux > comme le Prince de Fez , T Aurore à Copaca^ana ; F Origine , la Perte et la Restmration de Notre-Dame du Sanctuaire de Tolède , entrent dans cette classe. Je croîs que quelques autres pièces , te Peintre de son Déshonneur^ par exemple, doivent y être ausM rangées , parce que , si nous ne connaissons pas le fait original qui en a fourni le sujet ^ nous y retrouvons du moins lesformes qu'a adoptées Tauteur lorsqu'il a un récit à suivre. C'est dans ces pièces que Caldéron dispose avec le plus d'étendue des élcmens de temps et de lieu, L'Origine ^ h Perte et la Restauration de Notre-Dame du Sanctuaire, forme une trilogie qui comprend l'espace de sept siècles; wÊk si dans cette sorte de composition il néglige toutes lei vraisemblances de l'illusion théâtrale , cet inconvénient eit compensé par un respect plus grand pour la vérité morak des caractères. On voit des jeunes gens débauchés dans k Mattressede Gomez Aiias^ dans laDévotion delaCroix^ dan» T Alcade de Zalaméa. On rencontre dans d'autres , comme on en trouve dans le monde , des femmes , des fiQes faibles, même pis que cela •, mais aussi , quelle variété , quelle vigueur dans les portraits ! Le bandit, dans Louis Pérès dk Galice ; le riche laboureur espagnol , dans T Alcade (fc Zalaniéa ; don Lope de Figuéroa , dans la même pièce et dans Tuzani de VAlpuxarra ; vingt autres , que je poup" rais citer, indiquent que le poète possédait au plushant degré l'art de caractériser les individus qu'il faisait paraître. Le marquis de Barlançon ne prononce pas trente vers dans le Siège de Bréda , pièce très-médiocre d'ailleurs \ mais ces trente vers le font connaître aussi-bieu qu'un volume écrit sur sa vie.
POÉTIQUE DE CALDÈRON. 17
Quelque bien que Caldéron traitât le drame historique national , il parait que ce n était point le genre qu'il affectionnait le plus. Les ouvrages de cette classe forment le quart du répertoire de Lope , et ne sont pas le dixième de celui de Caldéron. Mais la plus grande différence qui existe entre les deux, c'est que jamais, dans ses pièces historiques, le dernier ne s'est élevé aux intérêts généraux : ses comédies sont de l'histoire. plus ou moins altérée^ mais elles sont l'histoire de tel ou tel cavalier. Les princes , les rois d'Es-^ pagne n'y interviennent que comme pouvoir , pour, récompenser et punir. On y voit leur justice , leur force , mais non leurs passions : ils y jouent le rôle des dieux dans les tragédies anciennes ^ ils n'y paraissent point comme des kommes. Lope de Yega , au contraire , peint Wamba , lodrigue, Alphonse-le-Chaste, Maurégat, Femand-Gron* idàs , et jusqu'à Charles Y que ses contemporains avaient fa voir , dans les actes de leur gouvernement : il retrace les faits de l'histoire générale de l'Espagne ; et, à mon avis da moins , il est , dans cette sorte de composition , aussi supérieur à son successeur que celui-ci l'a été dans l'art de le servir de quiproquos de toutes les espèces, pour nouer fortement une intrigue.
Quelques-unes de ^es pièces historiques , le Siège de
Bréda , par exemple , n'ont point d'intrigue \ d'autres ont
Une fin sans avoir de dénoùment , comme le Schisme d^Anr-
f^gierre et Louis Pérès de Galice , dont la seconde partie
liest pas de Caldéron. Cependant , en général , il s'est ef<-"
Ibrce de lier l'événement principal à une fable dramatique,
et ne s'est fait aucun scrupule de disposer librement des
accessoires \ moins consciencieux en cela que Shakspeare
eu Lope de Yega , qui ont toujours conservé avec assez de
fidélité les données des historiens ou des romanciers qu'ils
mettaient à contribution.
Dans ces créations , notre auteur a suivi le système de
Ton. I. Caldéron. 2
i8 POÉTIQUE DE CALDÉRON.
set piiceê d*îiiT6nd<m ^ et les dégakemciis , les ciH^heites , les erreurs cU lieu , les cknf^emens de nom , loi senrctot à ourdir son iotrigae.
CoBodooe Ta i^serré M. ScUegel , il né faut pats prendre pour historiques les pièces où Calderon s'est emparé dés .noms consacrés par lliistoire ancienne. 11 ne suit les documens avec quelque exacdtnde , que quand il s'agit de rhist^re de son pays ou des chroniques religieuses. Encore même , Judas Macchabée a-t-il été traité par lui avec aussi peu d'égards que s'il eut été un héros grec ou romain*
Les comédies d'intrigue de Caldéron forment près â/e la mcMtié de ses pièces^ et c'est dans celles-là surtout qu'il a montré l'inconceraUe fécondité de son imagination.
n s'est, en général, efibrcé d'eiciger peu du spectateur, quant aux vraisemblances théâtrales. H est remarquable de ¥oir l'un de ceux que l'on n<Hnme les chefs de l'éccrfe romantique chercher les unités de temps et de lieu , de la même manière que les Romains cherchaient la rime , comme un embellissement bon à cm^ojer, mais non comme une chaîne indispensable à porter , et d'observer comment , pour resserrer, pour abréger son action , il la fait précéder d'expositions bien amenées , il est vrai ,*mais qui sont en général d'une longueur démesuiye. Il en est telle qui a plus de cinq cents vers , d'un mètre unifoifne et assez monotone ( celui de romance ) , gène dont Lope de Vega se serait afiranchi en faisant deux ou trois scènes qui n'aU^ raient pas été plus longues. C'est le parti que Caldéron lui-même a pris dans le MeiUeur est de se taire , et dans quelques autres \ mais, en général, il a préféré la méthode contraire.
Dans cette sorte de drames , il a rarement cherché à peindre des caractères ; il a voulu seulement mettre en situation des individus à peu près tous pareils : c'est le système de la c^nédMi latine et de la comédie italienne , avec
celle différence toutefois que l'auteur espagnol n^avaii pomt ravanlage de disposer de cette Tariété de mœurs , deprofes-^ sions que les autreé présentent dans leurs ouvrages. Le Parasite ^ le Capitan , le Marchand d'esclaves ( si j'écrivais en espagnol , je pourrais mieux ti*aduire Lcno) metteut de la diversité dans les pièces de Piaule ] Pantalon ^ le Docteur , Soaramouclie , Arlequin , ont chacun leur physiononûe marquée dans les comédies italiennes. Chez Galdéron , tous leà amans se ressemblent ^ ils ont tous les mêmes sentimaas d'honneur, d'amour et de jalousie : tous les pères obéissent également au point d'honneur ; les femmes soBl aussi toi] jours les mêmes, et l'on voit qu'elles sont toutes d'une fimuUe : le valet et la soubrette sont seuls distingués^^ et le sont tellement qu'ils semblent d^une race différente de celle des maîtres. Lope de Yega , si quelquefois il a peint ceux-ci comme des hommes assujettis à tous les définis de i'humanité , n'a point, en général , dégradé autant la classe inférieure ^ ses valetd sont rarement poltrons , et en cela il s'est conformé à la nature aussi-bien qu'à la vérité historique. « En Espagne , comme il le dit lui-même , tout le monde est si bien né , que la nécessité de servir distingue seule le pauvre du riche. »
En donnant des mœurs plus pui*es à ses-héros et à ses héroïnes , Caldéron s'est aussi ôté beaucoup de ressources. Il n'a pupeindre les femmes que dans une seule position , au lieu que. ceux qui l'avaient précédé les avaient présentées dans toutes cdles. où elles peuvent se trouver.
U ne Haut pas cependant en croire aveuglément M. Schlegel| lorsqu'il vante d'une manière absolue la pureté de sentimens des personnages de notre auteur. Dans plus d'une occasion il met dans la bouche de ses amoureuses une formule qu'il avait adoptée : a Ici \e me lais ^ ma honte doit vouft dire ce que ma If^uche ne peut vous répéter. >» Il y a mieus 1 ou pour parler plus juste , il j a pire. Il £itt
ao POÉTIQUE DE CALDÉRON.
quelquefois le spectateur ^ non pas témoin , grâce à Topifcité des décorations des coulisses , mais confident immédiat d'événemens dont le récit seul nous choquerait.
On doit reconnaître pourtant qu'il a sur ce point un grand avantage sur Lope. Cela dut tenir au siècle où il vivait.. La réunion de toute TEspagne sous le même gouvernement, Tessor prodigieux qu'avaient pris la littératureet les arts , l'augmentation de Faisance des citoyens , les connais- ' sances rapportées par les militaires de leurs voyages en Italie, en Allemagne, en France, devaient avoir singulièrement avancé la civilisation dans Fintervalle qui s^est écoulé entre le règne de Philippe U et celui de son petitfils* La décence de l'expression, non-seulement dans les pièces de Caldéron, mais dans celles de ses contemporains, suffirait pour prouver combien la société avait reçu d'amélioration sous ce rapport. Je sais bien qu^on dit que la pruderie des paroles est d'autant pl&s grande , que les mœurs sont moins chastes ^ mais je sais aussi qu^il est ridicule de juger d'une collection d'individus par des principes absolument opposés à ceux qu'on adopte pour j[nger ces individus eux-mêmes : qu'il est absurde que,' lorsqu'on juge de l'esprit industrieux , militaire , religieux d'un peuple par l'influence que les mots et les phrases relatifs à ces sentimens ont sur la langue , on veuille faire, une exception par une autre passion.
Caldéron n'a tracé que rarement des caractères dans ses pièces d'intrigue^ on ne peut cependant s'empêcher de remarquer dans ce genre une peinture très-saillante , et à laquelle il semble se complaire. C'est celle d'une femme forte de son caractère , de sa résolution , de sa présence d'esprit, d'une femme bien femme (mii^ muger) ; expresn sion qui , en espagnol , n'a pas le sens que, faute d'attention , on pourrait lui donner fn français; elle indique un caractère viril, exactement comme ces mots, es muy
POÉTIQUE DE CALDÊRON. ai
hombre ( c'est bien un homme). Toutes les fois cpe Galdéron introduit ce personnage (Daus Basta callary Peorestà que esiaba , etc« ) , il efface ou domine tous les autres. Cest le plus souvent en habits étrangers qu'il fait paajftre son liérome, conune dans El encanto sût encanto (renchantement sans enchantement) ; parce que la clôture à laquelle 3 a condamné les femmes espagnolesi ne leur permettait pas les actions nécessaires au développement complu de ce caractère» D'aiUeurs , que la scène de sa pièce soit à Babylone ou k Séville, qu'il fasse parler des Hongrois, des Mores ou des Saxons , ils ont toujours les mœurs ccHiune la langue de Castille : seulement , lorsqu\in Espagnol se trouve mêlé à ces étrangers , le patriotisme de Tautenr lui assigne toujours la meilleure place.
Deux causes paraissent avoir obligé Caldéron à transporter quelquefois la scène hors de son pays : je viens fen dire une ; la seconde a été le besoin qu'il avait pour Texécution de ses plans de princes souverains qu'il ne pouvait trouver en Espagne. Ces personnages forment une esception aux règles de mœurs qu'il a généralement adoptées. Us sont amoureux , tout comme les autres jeunes gens , mais ils veulent séduire et non pas épouser. Ils sont jaloux tout conune les autres ; mais quelquefois, au lieu de se battre , ils se contentent de faire assassiner. Il est très-singulier de voir notre auteur , en même temps qu'il invente pour la classe moyenne de la société une perfection idéale , réserver la débauche, la lâcheté, tous les vices, pour en fiJie le partage des souverains et des valets. Et ce n'est point ici le résultat de cette profonde observation qui sait trouver de l'analogie entre les cours des princes et les maisons de force ; c'est encore moins la conséquence d'une intention irrespectueuse \ c'est au contraire une preuve de profonde vénération pour des êtres aussi supérieurs à riuunanité. Il pensait que leurs défauts cachés par l'éclat
'^% POÉÏIQUE DE CAtDÉROîr,
^ )a pourpre luç dérangeraient point rharmoniie de 9es cQxapQ3itions« Il les voyait trop supérieurs aux lois pour n^ j^ l^ur permettre de les vi^ai^ ^ ejt il étendait cett^ faculté .^&qu'aux lois (ju'il avait établies pour son tkéàtre \ les règK de Thonneur elles-mêmes y sont souvent mises ai^-çLççsous de Tobéissai^ce due au souverain, ce qui n'est exact ni moralement ni historiquement. Caldéron trouvait les princps ^i grands , qu'il les- croyait au-dessus de la vertu ; i} ne sentait pas qu'il leur convient de surmonter leurs passions \ et par consié<|ueat leur volonté aveugle et irréflécl^ie jpvbe quelquefois daip^ ses pièces le ràle.attri* bué svu 4estin dans la tragédie grecque.
P^U4, toutes les comédies dont nous nous occupons y on trouve deuxdasaes, asse^ souvent amoureuses du même cavalier, et jusques à trois amans épris de la même maî-i tresse^ Quelquefois la femme chérie et destinée à un autre, es^ la. sQ^r de Tami intime de sim amant; quelquefois deux amis sont enflammés pour la m^me. La jalousie des axoians et des maîtresses \ la lutte entre ce qu on doit à sa belle , et ce ^'oa doit à Tami. qui vous a pris pour cou* fident; l'embarras où l'on se trouve lorsque les obliga*? lions de. frère et les aâections d*amant sont en contradicûon; enfin, les combats entre la fidélité due à sa mai-^ tresse , et l'obéissance pour le prii;ice qui veut vous employer à la. séduire , telles sont les situations morales qui , isolées ou rassemblées, forment le nœud des pièces de Caldércm. Âjoutez-y l'usage pour les femmes , d'être continuellement voilées dians la rue , la facilité poiir les hommes de se couvrir fe visage de leur manteau , les maisons à deux portes^ les changemens de domicile , les portes ^crêtes, les changemens de nom ^ et vous aurez encore dç la peine à^oncevoir comment ce poëte a pu mettre autaiU de variété dans plus de cinquajite de ses comédies ; d'autant plus t^'ï a largement i|8ë de oes ressources ^
qjc^'il, Q>H pi# ime 4« ç^ f\è^% 0à U «^ a^ii cfunteniié du imbroglio simple ^ que presque toujours il fait «uccédc# im solive), ei^b^lTJU 4 O^liû doQi il viont de tipor ses personnages , €^ siirtpiitqua jaiiicd3 Viatrigue ne paraît comme iiUrigiAe ^ qu'^l^ ne^t îfmki^ pcéseotée comme le résultat q un pJaçL , m^i^ s^i^^m^i^t df> circonstaiioes vraisem-
l^^St ^éw^àm^m float prea<pke toujoara les mêmes , les acfcid^s $9joceiisi& de Tactiott réunissent à la fin tons les ^t(Bura i]ap3 U inème miûson. La plupart y sont cachée à ri]EUH| les m^$ 4^ 4«fv«^- Un aecklout, i^n soupçon fait découvrir le s^crç^ au pire» au frère y au jaloux ^ le père ou lo frère vont (um' Içur fille , leur sœnr coupable , Tanpian^ gu le« amans mettent Vépée à la inain pour la défendre ou I4 diÂputei? entre enx : nn mot d'expli^tieii rend le béros de la pièce rbeureux époux de son amante , les «inans de Tintrigue ooUatérale se marient aussi , et cela arrive à ceux-mèmes qui ne s'aiment pas auparavant ^ le- ^àsAgfié d^ Vépouse n^ manqua piae de s'oftîr k la dédaigi^ée <|e VépWx » qui Vaccepte aana le moindre retour smlt lepas^. ,
Si c'^ un prince qui soit Tobstade , la présence de» d^\m: amana lui donne un moment de bonté ou de remorda et il h^ marie.
La d<H)trine de Caldevon sur les lois du point d'honneur,
relativement à To^isfianoe des §ujets , n'eat pas uniforme;
Quelques-unes de ces pièces ocrent des amans qui avec
tout le respect possible, défendent Tépée au poing, leur
maîtresse contre leur maitre. Dans ornant ^ ami et sujet fi--
àèley on voit au contraire le héros qui oflFre gracieusement
à son souverain la clef de la chambre où son amante s'est
renfermée pour éviter les poursuites du duc. Q ^st vrai que
ce dernier né l'accepte pas , et que l'amant , ami et sujet
fidèle , débarrassé de cette première obligation , peut en-
a4 FOtTIQim BE CALDtKOW.
Om a Hlqae la liuéialiu c dromiqpe dW paqple était ïesjfnsmm de son élat sodaL Cda est Tiai, mais ce n*est qfiwÊt^ £ractioB d'une giande ^eriié, c^est que la manière d'éeiire d'nn pei^le eomme sa maniàe de se Tètir, ses
Ififis poiibqnes, ses mœoxs comme son industrie sont coordMnés ensemble. Le câebre antenr que je snis dans cet artide^Uime la poésie dmnaticpefirançaise, cr pourtant CfMment en TÎngt endroits q[a'ene est confoarme an goûts j ans opinions , anxbabttndes des Français. Or, qœpeat-il j aroir de bon que ce qni est i sa place? H faut aussi qoe la comédie d'intrigue ait de Fanalogie arec FE^agne , ponr qu'elle y ait en autant de succès a^ant CaUéron , pendant sairie , et depuis sa mort.
Entre antres causes f en citerai une , c'est l'aptitude particulière des habitans de la Péninsule, i surnre , sans les confondre, lesfils des intrigues les plus embrouillées qu'ils Toient représenter. M. Bourgoing, dont on connaît l'exactitude, a observé ce fait , et jepuis le confirmer. Jai vu des bommes et des femmes d'un condition obscure , des enfans snirre et comprendre une pièce de Gddéron avec plus de facilité que des Français de leur âge et de leur condition ne se rendraient compte de la marcbe d'un yaudeville • cbez nous une intrigue trop compliquée ,
D'un dirertissement nous fait une fatigue.
Au delà des Pyrénées il n'en est pas ainsi, et quelques essais qu'aient tenté Galdéron et ses successeurs, ils ne sont point encore parvenus à être difficiles à suivre dans leurs développcmens.
Le nœud de toutes les pièces de Galdéron tient à un système particulier de mœurs. Voiciles principaux articles qu'il
POÉTIQUE DE CALDÉéON: aS
kut croîrepour admettre la vraisemblance de ses ouvrages. I**. Que toutes les fois qu'un homine , hors qu'il ne soît poursuivi par la justice, se trouve chez une femme, il îxiste entre eux une liaison criminelle ;
a®. Que dans ce cas le père ou le frère doivent extemporanément tuer la coupable d'un coup de poignard;
3®. Qu'une femme voilée, ne doit point être démasquée , et que pour empêcher qu'on ne l'arrête , qu'on ne la dévoile, qu'on ne la suive, elle peut demander secours au premier venu qui , soit qu'il la connaisse ou non , est obligé d'arrêter l'indiscret au péril de sa vie ;
^. Que quand on parle à une femme à. son balcon on doit tuer tous ceux qui passent dans la rué. Ajoutez à cela le3 lois sur le duel , les appels^ et vous aurez à peu près les dpnnées des pièces de Caldéron.
Ce qui le distingue le plus de Lope de Vega , c'est l'emploi qu'il a fait du voile des femmes. N'était-il pas en usage dans les temps antérieurs à Philippe III ? Et si l'on s'en servait alors pour se cacher , pourquoi Lope qui emploie si souveiit les déguisemens n'a-t-ilpas eu recours plus fréquemment à celui-là ? A présent l'usage du voile ou manto est à peu près confiné dans la ville de Yéjer en Andalousie. Encore , en fait de modes, ne peut-on répondre de rien après sept ans. Quant aux autres usages , il en a existé quelque chose non pas du temps de Caldéron , mais avant Charles-Quint. Tuer sa fille , sa femme ou sa sœur, était devenu, à mesure que la société s'était policée , un délit plus grave et qui sortait des attributions de la juridiction de famille. On doit remarquer que Caldéron , qui fait sentir l'amélioration des mœurs sous le rapport de la chasteté , ne semble pas avoir reconnu leur adoucissement sous le rapport de la férocité. L'un et l'autre sont cependant inséparables des progrès de la civilisation.
I^'usage de défendre la rue où l'on se trouvait s'est con-
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POÉTIQBE DE CALDÉROK. 27
Tels sooU : La Vie est un Songe , Le Meilleur est toujours de se taire , Il faut capter au pire , Gardez-yous de VEau qui dort y etc.
Je range dans }a troisième classe les pièces d^imagi-p nation , non - seulement celles appelées Fiestas , que M. ScUegel a fort bien caractérisées 9 mais encore toutes celles qui sont tirées de l'histoire ancienne ou des traditions chevaleresques du moyen âge. « La mythologie grecque n'a été , pour Galdéron , qu'uii^ fable charmante , et lliiatoire romaine qu'une hyperbole majestueuse. »
Je ne piûs partager entièrement cette opinion. M. Schlegel semble dire que , comme Coi*neiUe , 'Caldéron a vu dans les Komains des êtres plus grands que nature , et qull leur a prêté des sentimens d'une élévation exagérée. Il n'en est point tout-à-fait ainsi : si , dans Le second Scipion^ il a peânt son héros avec la dignité romaine, ^ Fa entouré d'accessoires tout-à-fait semblables à ses don Juan et à ses don Pëdre. Dans la plupart de ses pièces , il s'est contenté d'emprunter à l'histoire les noms de ses personnages ; et la maiûëre dont il les a peints n'indique nullement qu'ils se soient présenté^ à ngm esprit sous les traits d'une majesté excessive. ,
Les Armes delà Beauté ^ tel est le titre d'une pièce dont les principaux personnages sont Coriolan et Yéturie : celleci n'est plus la mère , elle est l'amante de l'orgueiUeux vainqueur de Corioles \ ils sont prêts à se marier lorsqu'on annonce que la guerre va se rallumer. Suit une exposition asseat longue , mais indispensable , parce que , quelle que fût la connaissance de Tite-Live qu'on supposât aux auditeurs , encore fallaitr-il leur apprendre que c'était immédiatement après la mort de Numa , successeur de Romulus , que les Romains avaient établi la république ^ qu'il existait , an temps de Coriolan , un Sabinius , roi de Sabinie , qui venait venger les outrages faits aux Sabines , et. récla-
38 POÉTIQUE DE €ALDfiR09.
mer celles qui étaient encore i Rome contre leur gre ; qae RcMne était goaremée par deux premiers sénateors; que le père de Coriolan était Fnn d'eux.
Enfin, ce dernier est nommé goiéral. H est Tainqoenr deSabinios^ fait prismmière la reine Astrée sa fiemme, et la renvoie sans rançon : il revient triomphant à Rome ;
mais il ne voit pas les dames i lears fenêtres il s*est
passé bien des événemens en son absence : on a rendu nne loi qni défend a«x femmes de porter les armes , de parler en pnUic ; qni leor interdit les pamres , la firî» sore , le fard et les antres armes de la beaaUé. Y étnrie vient se ^aindre a Corfolan de cet attmtat : il soulève son armée pour qu'on rapporte la loi ; et , dans le tumulte , le premier sénateur, cdlègue de son père , est tué.
Le ccmpable a pour juges son père, pour Tordre des sénateurs ; le^rère du mort , pour la noblesse , et le tSribun Ennius , pour le peiqple : le |»emicr , après un à-^ parte j le seul morceau tragique de la pièce, condamne son fils a mort ^ le second, en <Jievalier , non pas romain, mais espagnol, Facquitle pour pouvoir se battre avec lui ; le troisième , vote pour le banniasei^kit : c'est cette dernière sentence qui est confirmée par le peuple.
Coriolan se retire chez Sabinius, qui le reçoit i la demande d'Astrée : il est fait général cks armées de Sabinie ; mardie (xmtre Rome , qui est bientôt aux abois. Bfattre de traiter de la paix ou de la refuser, il résiste aux prières des trois ordres , et cède à Yéturie qui vient avec les antres Romaines. Il est vaincu par les armes de la beauté; mais il stipule dans le traité que les femmes pourront dorénavant paraître i Tarmée et au Forum, sliabiller , se firiser , se parer à leur guise.
Si l'on trouve de l'exagération ^dans ce tableau des anciens Romains , il n'est pas évident qu'elle soit majestueuse.
Il iaut, cependant , faire la part du temps. Peu après Tépocpie oùGddéron écrivait , Scudéry, La Gilprenède , etc. , nous peignaient des mêmes traits Ics.Cyru^, les JuLa ^ et Horatius Coclès , faisnt des madrigaux pour Clélie , vaut bien Coriolan stipulant dans un traité de paix les papillotes de sa maîtresse.
Dans cette sorte d'ouvrages le poëte s'est laissé entraîner i toute la fougue de son imagination. Il a surtout visé à Feffet théâtral. Presque tous commencent par un combat , une chasse , une fête , un naufrage , ou tout au moins un cheval qi^ se précipite avec son cavalier. Les apparitions magiques , les piétamoi*phoses n'y sont pas épargnées ; mais, au milieu de cette confusion , on reconnaît encore le grand poëte à l'art avec lequel sont disposés les effets de la scèpe et aux sentimens qu'il met dans la bouche de ses personnages. Au reste, si ces pièces, intitulées Fiestas^ sont . les plus faibles de Gildéron , il faut en attribuer la faute , non pas à lui , mais à ceux qui lui donnaient des sujets, qu'il était obligé de traiter lors même qu'ils n'étaient pas dramatiques. Il est même assez probable que le roi Philippe lY , qui s'occupait aussi de dramaturgie , a parfois imposé à l'auteur non-seulement les titres, les sujets, mais la marche de ses poëmes ; si bien qu'on doit tout au jj^n être surpris qu'ils ne soient pas plus mauvais. Le géi de la liberté*
Cervantes prétendait avoir le premier, dans sa Z>4l de Nitnumcej introduit deSpersonuages allégorit^ ^ théâtre. Lope de Yega n'a fait faute de l'imiter. Gudëron a été plus réservé : si, dans quelques^ièces, par tKemple dans Le Prince de Fez, il nous montre son bon et son mauvais Génie, la Religion, l'Espagne, l'Italie, etc. , il ne présente guère ces figures que dans des apparences magiques ou re- Ûgieuses, qui transportent le spectateur dans un auti^e ordre d'idées.
poésie , de montrer qu'il a fait du mètre de romance, kj plus facile de tous , un usage bien plus étendu qae Lo^'ij qui en avait borné Temploi aux récits.
Il s'est parfois moqué du cukisme ou du jargon qui s'était introduit dans la littérature. Cependant sesne sont point exempts de ce ton précieux. Mais telle eni l'influence que ceux-là même qui le blâmaient eary sentaient l'impression , et tel était son décri que Goi même, le plus culto des poëtes de son temps , ne croyait pouvoir se dispenser de faire des plaisanteries sur le tisme*
Caldéron a suivi en général les usages établis l'emploi des divers modes de poésie , en donnant dant aux rimes assonantes plus d'étendue que ses pi seurs. Dans les pièces d'imagination dont le sujet est toral , il a prodigué avec beaucoup de grâces les vi cinq et de six syllabes. ( Six et sept suivant le calcul gnol. )
Il aimait à raconter et à décrire. Ses descriptions
brillantes de poésie , mais ne sont pas toujours à leur plac
Ses récits sont souvent un peu longs , et il ne se cont
pas seulement de ceux qu'amenait le développement dei
sujet , il racontait encore les événemens contemporaii
étrangers à la pièce \ les fêtes , les combats , etc. ^ ces na
rations sans doute fort agréables pour ses premiers s]
tateurs , ont J)eaucoup perdu de leur intérêt. \
Son dialogue est en général moins vif que celui de Lop(|
n se plait quelquefo^ ^ montrer son esprit dans des conto
bats de dixaïns que se livrent ses personnages auxquels S
fait soutenir des opinions opposées. C'était alors la mod(
dans leftocîétés où l'on se piquait d'avoir de l'esprit , et j
faut remarquer que c'est presque toujours dans cette po9
tion qu'il les a introduits.
Il y a des formes de style qu'il paraissait affectionnp
NOTICE
SUR
GARDEZ-VOUS
DE L'EAU QUI Dt)RT,
Guardate del agua mansa^ est le proverbe, espagnol qui correspond au nôtre : // n'est pire, eau que celle qui dort. La Fontaine en a fait une fable que tout le monde sait par cœur.
Quelquefois les Castillans mettent ce proverbe en forijie de prière : Guardame del agua mansa! que de la braira me guardaré yo (c Préservez-moi de l'eau tranquille 5 je me préserverai de celle qui est impétueuse. »
Forcé pour justifier son titre d établir une comparaison 9 Ç^déron a dû avoir deux héroïnes , et i^ne double intrigue. Mais il a conservé Tunité d'intention depuis le commencement jusqu a la fin.
Sa Clara est , sous une apparence de tran-
NOTICE
SUR
GARDEZ-VOUS
DE L'EAU QUI Dt)RT,
Guardate delagua mansa^ est le proverbe, espagnol qui correspond au nôtre : Il n'est pire, eau que celle qui dort. La Fontaine en a fait une fable que tout le monde sait par cœur.
Qujelquefois les Castillans mettent ce proverbe en forpie de prière : Guardame del agua ïiiansn! que de la brassa me guardaré jo w Préservez-moi de leau tranquille 5 je me prejserverai de celle qui est impétueuse. »
Forcé pour justifier son titre d'établir une comparaison 9 G^déron a dû lavoir deux héroïnes y et i^ne double intrigue. Mais il a conservé Tunité d'intention depuis le commencement jusqu'à la fin.
Sa Clara est , sous une apparence de tran-
4a NOTICE
tout le monde; sa v^pîtë, sa poltronnerie, son ignorance paraissent dans toutes les occasions, et tout arrive naturellement par le seul développement de la pièce , sans qu'il soit la victime d une intrigue ourdie contre lui.
L'ouvrage est en gënér$tl parfaitement conduit. J'ai remarqué dans les notes up oubli que Galdéron me semble avoir commis à la dernière scène.
Je nVme pas les'mutijktions^ Cependant je m'en suis rendu coupable, ou, pour mieux dire, j'ai réuni après les notes I4 traduction de trois grands fragmens qui forment ensemble une re?
lation des fêtes relatives au mariage de Phi-t lippe IV^ en 1649* Caldéroii avait été chargé par le duc d'Albe de les décrire , et il est probable qu'il intercala d?ins cette pièce un extrait de son travail. Ces relations sont tellement un ' hors-d œuvre^ qu'après avoir , darjs la seconde scène y lié la liberté de dom Juan à l'induit à pur blier au mariage du roi ^ le ppete l'a complètement oublié à la fin , et qu'il ne ra^ppelle nulle part que cette grâce ait été accordée.
Ce n'est point la seule pièce ou Caldéron se soit amusé à raconter des événemens çontem-r
SUR GARDEZ-VOtJS DE L'EAU QUI DORT. 43
porains parfaitement étrangers à Tintrigue de ses compositioDjS. Dans La banday lafior (Le rahan et la fLeur ) ^ entre autres , il raconte eu quelques centaines de vers la prestation de serment faite jsiu prince des Asturies, doa Baltaj^ar, frère dîne de ChaHes II,
Je répèt9 qu'on trouvera ces récits traduits tout entiers a la j^n. Cette transposition permettra de les lire avec tout rintérêt qu'ils méritent comme relation ^ et 1^ marche ^ la pièce n j perd rieU;.
L'action dure à peu près trentersi^ heures et 86 passe dans deux miaisons voisines l'une d$ l'autre ; et daus 1* rue cjui les sépare,
GARDEZ-VOUS
DE L'EAU QUI DORT
GARDEZ-VOUS
£ L'EAU QUI DORT
PERSONNAGES
UoN XlonZè quadraoilies.
CLARA y > - EUGÉNIE, / »««fi"«s-
DON TORRIÈIO QUADKADttLES, aon néveti-
OTAGNÉS, ëcuyerCO.
MARIE NUGNE, daëgne ) , ^ ,.^ , .
BRIGITTE , snivaiïte / ^^ ^^'* ^^ ^ ^"6^"^^'
DON ï^ÉLIX, cavalier d« Madrid.
DON JUAN DE MÈNDOCE, l ami» de don Félix et ain«os
DON PÈDRE, j d'Eugénie.
HERNAND ^ domestique de don Félix.
La seine esfà Madrîds
GARDEZ-VOUS
DE L'EAU QUI DORT
JOURNEE PREMIERE