SCÈNE PREMIÈRE
Une chambre de la maison de don Alonze»
DON ALONZE, OTAGNÈS.
OTAGNES.
Daigsez^ seigneur, me permettre de vous baiser encore mille fois la main.
DON ALONZE
Je femhrasserai mille fois, mon cher Otagnès.
OTAGNES.
Que je suis heureux d'avoir vécu assez long-temps pour vous revoir dans cette capitale !
DON ALONZE
Tu le désirais moins que moi» Meâ deux filles, les deux moitié de mon cœur, m'y rappelaient sans <^€sse,etmon amour ne cessait de hâter mon départe
43 GARDEZ-VOrS DE UEAU QZl DORT.
Que sera-ce quand toos les embrasserez'^ Ah ! si ma pauvre maîtresse avait tu ce lieau jour !
Ne renouTcUe pas mes douleurs^ en rappelant des souTcnirs qui ne s^eSaceront jamais de mon âme. Que Dieu Tait reçue en sa ^oire ! Hélas ! le jour où le roi , daignant récompenser mes serrices anté- ^ rieurs , Toulut bien me donner au Mexique la charge que jj ai occupée , je Ini fis un adieu qui devait être éternel. Elle refusa de passer avec moi dans le NouTCau-M onde , moins à cause des dangers du . ▼ojrage, que par la difficulté que [H-ésentait la traTcrsée pour mes filles encore enfans : elle resta pour les élever ; et Dieu , après tant d^années , a touIu la rappeler à lui. C est pour cela que j'ai mis ordre à mes affaires , et quitté mon emploi , afin de la remplacer auprès de nos enfans. A Tàge où elles sont , elles ne peuvent vivre convenablement loin de la protection de leur père ou de leur mère.
OTAGNÈS.
Ce souci était bien naturel ; cependant , personne là-dessus n'avait moins à craindre que vous. Dès le jour où elles perdirent leur mère , mes jeunes maîtresses se renfermèrent comme pensionnaires dans un couvent , où , sans autres domestiques que Marie Nugne et moi , elles ont ëlë auprès de leurs tantes. Aujourd'hui , d après vos ordres , elles reviennent ; ci moi^ ne pouvant souffrir la lenteur de leur Toi« ture^ j'ai pris les devans pour vous présenter le prenûer mes hommages.
DON ALONZE
Les dépêches que j'ai eues à remettre au gouvernement , les dispositions qu'il m'a fallu faire pour arranger cette maison , m'ont empêché d'aller les prendre moi-même : d'ailleurs le voyage est si court, que c'est presque comme si elles venaient d'un autre qoaHier. Comment se portent-elles ?
( On crie au dehors : AtTéte , cocher 1 c'est ici. ) OTAGNÈS.
Elles vous le diront mieux elles-mêmes ; elles arrivent.
DON ALONZE
Allons au-devant d'elles.
OTAGNÈS.
Les voici.
(Clara, Eugénie et Marie Nugne , entrent en habit de voyage. ) CLARA, aux genoux de son père.
Mon père et seigneur , puisque le ciel , touché de mes larmes^ a permis que j'eusse le bonheur de vous iaiser la main , tous les jours qu'il m'accordera encore sont un excès de faveur, car je n'ai plus rien à demander à sa bonté qu'un éternel repos.
EUGENIE, à genoux.
Pour moi, mon père et seigneur, quoique je goûte en ce moment le bien que j'ai le plus ardemment dé- ^é , j'ai encore à demander à Dieu de m'en faire y>aîr des siècles avec vous ^ parce que la vie m'est trop agréable près de mon père pour que je yeuille \a quitter.
Ton. I. Caldéron, 4
Z<, GARDEZ-YOCS DE L'EAC QUI DORT,