‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 48 sur 79 · DON PÈDRE , GINÈS · texte numérisé non relu

DON PÈDRE , GINÈS

G INÈS

Il était temps de vous trouver.

Tu viens fort à propos , si tu crois que j'ai besoin de tes boufTonneries.

GINÈS

Allez-vous me maltraiter d'abord pour en avoir du regret un moment après? Seigneur, raisonnons amicalement; quelle idée de sortir de la ville avec cet air soucieux, mélancolique^ dansc^ moment où nobles et plébéiens , attirés par le bruit du départ du roi, assiègent les avenues du palais! — Et vous qui tantôt vous êtes présenté le premier à sa majesté , vous n'êtes pas même le dernier aujourd'hui !

DON PÈDRE

C'est précisément parce que tous sont contens ;

JOURNÉE III, SCÈNE t. 38i

>arce que le roi les traite tous avec honneur , que éTÎte de parler à qui que ce soit , et que je fuis ans ces lieux solitaires.... (^ part.) En effet , deais que je suis sorti de la maison de Violante , je 'ose regarder ceux que je rencontre, je tremble u'ils ne soient instruits de mon malheur ; la honte l'accable; ainsi , je viens dans ces solitudes pour Imiter sur les moyens de me rétablir dans lopînion lablique. Allons ; voyons d'abord que dira toute la 'ille de moi quand on racontera partout que...

BRITO, cbantant derrière la toile, an fond du tliëâtre.

« Deux chcTaliers se battaient à outrance ; l'un I d'enx laisse échapper son épée.... »

DON PEDRE.

Infortuné que jç suis! mes peines sont au-dessus de mes forces. — Ce que je crains de me dire à moimême , je l'entends publier de tous côtés. Le bruit ie mon infamie retentit dans les airs.

B R I T G , tonjoars derrière la toile , continoe « chanter.

« Marche donc, ânesse du diable. — Voyez comme » elle va de côté. — Deux chevaliers se battaient » ensemble^ l'un d'eux laisse échapper son épée... »

GJNÈS.

Holà y gredin! comme il fredonne I et son âne fait chorus avec lui. Mon maître , cessez donc un moment de penser à cette dame ; écoutez la chanson de ce vilain qui porte des provfeions au marché : Elle vous amusera.

G IL ET TE, de Tautre coltf du thëfttre, de^ière la toile, chantant.

« Deux chevaliers se battaient à outrance. — Voilà » que Tun d'eux laisse échapper son épée. »

38â l^f: I>ERNIER DUEL EN ESPAGNE,

GINÉS.

Et la paysanne aussi chante le même refrain; l'air est assez gai. — On ne tardera pas à le re'péter 'partout.

GILETTE, chantant.

« L'un d'eux laisse échapper son ëpee. »

GINES, ÀdonPèdre^

Qu'en dites-vous, mon maître? l'air et les paroles, comment les trouvez-vous ?

DON PEDRE.

Il ne me manquait plus que ce nouveau àupplice... Enfin, me voilà devenu la fable de la lie du peuple... on n entend plus que....

GILETTE ET BRITO, entrent chacun de leur é6t^, et chantent.

« Deux chevaliers se battaient à outrance. . • »

DON PÈDRE

Taisez- VOUS, rustres.

BRITO

Juste Dieu !

GILETTE.

Dominus tecum !

DON PÈDRE

Ou vous allez mourir de ma main.

GINES.

Le délire lui revient à propos; ce n'est pas moi qui en souffrirai.

GILETTE ET BRITO.

En quoi vous avons-nous ofTensë, seigneur? Pour dire : « L'un d'eux laisse échapper son ëpée... »

DON PEDRE.

Votre chanson xn'assassine, et tous continuez!

(Il «e jette fur eux et les frappe de son épée») GILETTE ET BRITO.

Nous sommes perdus, morts !

GINE5.

Amis y ce n'est rien , cet accès lui passe bientôt: tout à l'heure il va vous combler d'amitié après vous avoir brise les os.

DON PÈDRE

Dites, misérables, vils rustres, grossiers, qui vous a enseigne ces couplets?

BRITO

Que vois-je, ciel! je suis mort si Gilette dit que c'est moi qui l'ai vu.

GILETTE,

Je n'en sais autre chose sinon que partout ou les cihante. Brito vous le dira ; il sait, lui, toute TafTaire.

BRITO

Tout ce que j'en sais, c'est que vieux, jeunes, Eemmes, tout le monde chante;.... « Deux cheva- I» liers se battaient à outrance , etc. »

GILETTE.

C'est ce que Je dis,.... <c l'un d'eux laisse échapper son épée. >>

DON PÈDRE

Vive Dieu!.... mais hélas! que va-t-on dire de moi ! que je laisse vivre le coupable , et que je me venge sur de pauvres paysans !... Amis, allez eu paix, suivez votre chemin.

GIIÏÈS.

Je vous l'aTais bien dit ; dès que Taccès est passé, c'est un ange.

BRITO ET GILETTE.

Oh ! certainement , nous nous en allons.

BRira Puisque cela vous fâche , je jure de ne plus dire...

GILETTE.

Je promets de ne plus dire.*..

TOUS DEUX ENSEMBLE chantent.

c« Deux chevaliers se battaient à outrance... »

( Us s'en Toot.) DON PÈDRF.

Allez-vous-en , ne me poussez pas à bout.

GINÈS

Mais , seigneur , qu est-ce que cela vous fait , à vous, que ces deux rustres s'en aillent en chantant?...

GILETTE ET BRITO reviennent sur leurs pai, et disent ens«ml>lo.

Je jure de 1 ne plus dire de ma vie : ccrun d'eux Je promets de j laisse échapper son épée. j»

DON PÈDRE

Le sort on est jeté : il n'y a point à réfléchir sur les moyens j je n'ai plus de ménagement à garder.^— Partout où je le trouve, il est mort.

( II s^en va. ) GINÈS.

Où va-t-il d'un air si résolu? Il rentre en ville. — Je vais le suivre.

Dis donc. ...

JOURNÉE Itl, SCÈNE I. 385

(Gilette etBrito reparaissenl. )

GILETTE.

Qu'^est-ce donc cela , Brito ?

BRITO

C'est cela même....

GILETTE.

f BRITO.

C'est que ce pauvre gentilhomme laisse traîner son épée, comme d'autres leur manteau ^"^

GILETTE.

Âh ! si je l'eusse su plus tôt !

BRITO

Qu'aurais-tu fait ?

GILETTE.

Pour t'apprendre à bavarder , et te faire punir par lui, j aurais...

BRITO

Et moi aussi , je lui aurais dit que je n'ëtais caché dans le taillis qu'à cause de toi, et «[ue tu étais la cause première de l'indiscrétion; qu'ainsi*. •

GILETTE.

Eh bien ! nous sommes coupables tous les deux ; tais-toi , et taisons-nous.

BRITO

Il ne me reste plus qu'une petite maladie....

GILETTE.

Laquelle ?

ToM, I. Caldéron. ^5

386 LE DERNIER DUEL Eli ESPAGffE,

BtlTO.

UeoTie de parler , par cela même qoe je devrais me taire ; jVo suffoque.

Allons, disons-le tout bas. (ilr ckmUatL} c Deux gentilshommes se battaient à ontranoe : Toilà que fnn d*eax laisse édia|^ier son épée. m

DOS PSDaK. "" - - • ' -

Vire IMen ! il laot que fe me irenge !

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