‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 47 sur 79 · FLOR · texte numérisé non relu

FLOR

Chut ! écoute. ^.

DO>A VIOLANTE

Qu'est-ce?

FLORE

Bonne nouvelle , madame; c'est le signal. L'explication arrive à propos pour dissiper vos chagrins. Cest lui... J'espère que vos larmes vont cesser; tous vos vœux seront satisfaits.

DON A VIOLANTE

Va te mettre auprès de cette porte; je me charge de déplacer le tableau.

( Elle le pousse en effet, et don Pèdre entre dans rapparlemcnt.)

DON PÈDRE

Belle Violante, ne profère pas de plaintes; ne doute ni de ma foi , ni de mon tendre attachement ; écoute-moi d'abord.

DONA VIOLANTE

Ingrat, emporté, homme imprudent!

ToM. I, Caldéron. qA

Bno LE DERNIER DUEL EN ESPAGNE,

DON PÈDRB.

Écoute. {A part.) Je ne sais que lui dire! mentir pour la première fois ! (Haut,) Une cruelle affliction déchirait mon cœur ; tu ne seras pas insensible , tu m'excuseras. Tu sais que j'ai un oncle^ don Alonzo^ à Barcelone. Un courrier qui venait dépasser avait^ dit-on , raconte' à l'auberge qu'il venait d'être assassine de la manière la plus perfide. J'ai couru après ce com'rier afin de savoir ce qui en était ; voilà pourquoi tu as vu qu'on m'amenait un cheval. J'ai eu le bonheur de l'atteindre , et j'ai appris de lui....

VOIX CONFUSES dans la rue.

Arrête , arrête ! mf

( Bruit dans toute la maison ; Flore entre dans Tappartement , don Pèdre veut se etcher derrière le laLleau , Violante le conduit vers une autre porte. }

DONA VIOLANTE

Quel est ce bruit? ^

FLORE

Madame ^ nous y sommes accoutumés. C'est dona Séraphine qui, suivant son usage, vient descendre chez vous.

DON PÈDRE

Il faut donc que je me retire?

DONA VIOLANTE

Oui, de Fappartement, mais non de la maison.

Tu ne t'en iras pas que je n'aie entendu ce q^e tu as à me dire.

DON PÈDRE

C'est bien. Mais puisque Se'raphine n'a aucune méfiance de toi, et qu'elle se plaît à te faire toutes ses confidences, parle-lui de moi; tu verras que.

JOURNÉE II, SCÈNE Ht 371

puisque lu crois avoir deux motifs de plainte , tu seras doublement satisfaite.

DONA VIOLANTE

Sans doute. Je vais lui parler j et je veux même le faire de manière que tu puisses l'entendre.

{ Dona Stfraphine entre. )

DONA SÉRAPHINS

Que mon carrosse ne s'en aille pas : je vais sortir à Finstant.

DONA VIOLANTE

Comment, ma belle amie, si peu de temps à rester! tu commences par me donner cette mauvaise nouvelle. Les choses fâcheuses sont toujours les premières qu'on annonce chez moi.

DONA SÉRAPHINE

Ah! Violante! ma chère amie! c'est un chagrin mortel qui m'amène ici, un chagrin dont je voudrais mourir; je viens implorer ton secours, te confier ma vie, mon honneur, mon âme.

DONA VIOLANTE

Je n'ai pas besoin que tu m'en dises tant. Tu sais q^e tu peux disposer de moi en toute sûreté. Tranquillise-toi , mon amie, respire un moment, vois ce que tu veux que je fasse.

DONA SÉjaAPHINE.

Je veux seulement....

DONA VIOLANTE

Dis.

DONA SÉRAPHINE

Que tu aies la complaisance de permettre que je dise

théâtre j à don Pèdre , qui est caché. ) Venez, suivez-moi.

(Elle sort avec lui.) DON A. VIOLANTE, èpart.

Très-bien. J'aurai le plaisir de lui voir dire devant moi qu'on l'abhorre. Je serai vengée^ don Pèdre.

DONÂ. SÉRAPHINS, è paru

Qu'elle est contenté ! Elle oublie que le jour du plaisir est la veille de la douleur.

DONA VIOLANTE

Enfin , ma belle Séraphine , le chagrin que travail causé l'indifférence de ton cousin s'est converti en haine déclarée ?

DONA SÉRAPHINE, Àpart.

Elle aime à me l'entendre répéter, et je ne vçux pas lui en faire faute. (Haut.) Oui, ma chère; quelle femme dédaignée n'en dira pas autant?

DONA VIOLANTE

11 a tort de ne pas être sensible à tant de charmes.

DONA SÉRAPHINE

Ah ! ton cœur est trop bon ; je sais que je puis compter sur toi.

DONA VIOLANTE

Tu le peux bien certainement; je mérite toute ta confiance.

( Don Pèdre el Flore reviennent par la porte d eiirrtie derapparlemenl.)W

FLORE

Avais -je raison, madame? Voici le seigneur don Pèdre.

DON PÈDRE

Je suis confus , mesdames ; je ne sai9à qui je dois le bonheur d'être appelé dans cette maison. Est-ce à vous, céleste Violante, qui m*en donnez la permission; ou à vous, bette Séraphine, qui m'en fournissez le motif? Enfiri, 'puisque TunQ et l'autre vous avez toute sorte de droits sur mon âme et ma vie, en quoi puis-je m'em ployer à votre service?

DONA SERAPHINS.

• Se^neur don Pèdre, laissons^là leâ complimens; aUonsau fait qui nous intéresse tons deux.

Vous pensez probablement qu'à la faveur d'une amitié dont j'abuse peut-être, j'ai pris la liberté de vous faire appeler ici pour me plaindre de l'indifférence avec laquelle vous^avez regardé votre conquête , et méprisé xians maL^^ersonné le sang ,«l' éclat, l'avantage de notre famille : non, seigneur, je nài pas la sottes prétention dé in'ériger en juge de votre conduite ; je ne demande vpas compte aux astres de leurs influences secrètes. Voyez combien j'ai d'autres pensée%: loin de vous adresse*» des ^reproches, ce sont des remercîmens que je vous 'fais ; mais puisque vous avez eu la gloire de me refuser, laissezmoi toute entière celle de souffrir généreusement une injure. Vous avez fait le premier pas; vous avez eommencéi la querelle ; poursuivez, épargnez-moi le regret de m'être fâchée à mon tour. Il est trop pénible pour une femme qui se respecte de faire succéder de l'aigreur à des sentimens d'une autre nature.... Pïe croyez pas que ce soit ici une résolution légèrement conçue. Écoutez mes niotifs. Au«

376 LE DËRMER DLEL EN ESPAGNE,

jonrd'hui même on m'a parlé de toos. Nos parens, jaloux de conserver les anciens majorais de la famille , craignent toujours quils ne passent , par TOUS ou par moi , à quelque ligne transTersale , et que les armes de Torrettas ne soient confondues parmi celles d*une maison étrangère ; niais ce n est pas moi qui me suis refusée à les rassurer par notre mariage ; c'est donc à tous naturellement qu'ils ont dû s'adresser, à tous qui le ]M*emier aTCz tànoigné delà répugnance ponrcerapprodiement de famille; aussi ai-je pensé que leurs nouTdles instances pouvaient Tenir de votre part. Anries-vons par luisard fait un retour sur youfr-mémey àcauae des rigueurs d'une certaine dame pour laquelle tous ayex tiré fépée aujourd'hui ?

Ceci est peut-être un jugement téniérairey et dans ce cas 1^ malheur n'est pas grand : mais si j'ai defi^ né y il est bon que tous sachiez que je ne suis pas faite pour servir de pis aller. Pnisqut les péïik auxquels vous expose celle dont je laisse a d'autres le soin de publier le nom , tous ont fait rentrer en vous-même et changer de disposition à^non ^ard, c'est une raison de plus qu'à mon tour je n'en tienne nul compte ; ainsi, je le répète et ne cesserai de le répéter , don Pèdre , je vous supplie de soutenir votre caractère , de vous refuser à tout arrangement avec moi. Je suis toute consolée de vos mépris , et vous n'aurez pas besoin de consolation , vous qni avez débuté par être un ingrat. % on venait à remettre la question sur le tapis , et que je me visse daîis la nécessité d'exj^quer à mon tour pourquoi je ne veux plus en entendre parler , quels que soient

les moyens de persuasion ou êk violence qu'on you-* lût employer , voici ma réponse : Je ne donnerai jamais ma main à un homme qui , dans une affaire d'honneur , ne sait pas tenir son épée : je ne m'associerai jamais k Texistence d'un homme qui ne doit sa vie qu'à la pitië de son adversaire.

(Elle sort.)

Écoute!

DOWA VIOLANTE.

Attends!

DON PEDRE.

Ah ! malheureux que je suis !

DONA VIOLANTE

Et moi !

DON PÂDRE.

Quelle défaillance mortelle !

DONA VIOLANTE

Quel frisson !

DON PÈDRE

Quelle terreur subite ! Sort cruel !

DONA VIOLANTE

O fatale destinée !

DON PÈDRE

Mon cœur à cessé de battre I

DONA VIOLANTE

La parole expire sur ma bouche !

DON PÈDRE

Qievalîer déloyal , c'est donc pour la fausser indignement que tu m'avais donné ta parole !

B05A TIOLA3ITK.

Plus de doute : mais c^est au creuset de TomÊrwfjs que sVpnre la sséoérasite. Don Pèdre , si toaftrfois la graTité des affaires qui tous occupent tous laisse la faculté de penser , tous croircK pieut-être que je Tais me liTrer à ma douleur et tous accabler de reproches pour aToir trahi notre secret, compttmiis mon honneur y foulé aux pieds toutes les considÀations. — Rassorez-Tous. Ma tendresse Temporte sur ma colère. Je ne me souTiens fins de mon injure , je ne me plains ni de Totre emporteiBent ni de t(h tre fitale imprudence. Xadmets Texcuse de la jalousie ; Toulez-Tous plus encore? je consens a regarder un fol «Rarement conune une preuTC (TauBOur; mais n^aTons qu*une seule pensée; oublions ce qui me touche , et ne songeons plis qn*à tous. Un aecidcnt fatal , j*en ju§e d'après ce que cette femme cruelle Tient de donner a entendre , un acrcideot fatal « dis-je, a trompé Toire Taleur; TOtre répafatîon est compn>aiLse — Cen est assez pour que '^otre delovil jdTersiîn? se Tante in^lemment de TOUS aTOLT drnaè ILoaneur et la TÎe, et qu'une fr-nirae le rjc?nte sans mena^ment. — Dans des atulres aussi dcHcates un seul témoin suffirait, et quoique roas puissiez récuser celui-ci qui est un enuecii déclare, cepeulint , le public une fois instruit, riea ne peut retenir la didamation qui court et g3£:ne de proche en proche comme une maladie eocttiieuse. — Vous conaiLs5>e2 ras dcToirs , don ïWre : Toici le mien. — Tout ce que je puis , tout ce que «e possède tous ap|nrtient — DisposeK-en,—

Ne vous attendrissez pas sur mon sort. — Je saurai cacher mes larmes au fond d'un cloître^ sans autre espoir que celui de vous être toujours fidèle. — Il faut absolument, et à quelque prix que ce soit, que votre honneur soit sauvé. Je vous aime, don Pèdre, je vous adore, je vous idolâtre; mais j'aîme^ j'adore, j'idolâtre encore plus votre honneur. — Adieu, jusqu'à ce que je vous revoie vengé , ou adieu pour toujours.

( Elle s'en Ta. ] DON PÈDRE.

Écoute, attends.... Elle a fermé la porte sur elle. — Hélas ! je n'ai pas eu le temps de lui dire que son conseil sera suivi de point en point. — Oh ! sans doute, je ne la verrai qu'après m'être vengé, ou elle ne me verra plus.

FIN DE LA DEUXIÈME JOURNÉE

38o LE DERNIER DUEL EN ESPAGNE,

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JOURNÉE TROISIÈME

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