‹ Caldéron (volume 3)Chapitre 52 sur 79 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

La maison de dona Séraphine.

DON A SÉRAPHINE, BRITO et GILETTE.

GILETTE.

C'est moi qui veux le raconter.

BRITO

Je le dirai mieux que toi.

DONA SÉKAPHINE.

Dites-moi le fait , au lieu de vous disputer.

BRITO

Je suivais mon ànesse , et je chantais , che faisant

GILETTE.

Je chantais en suivant mon ânesse

BRiTO.

Quand tout à coup voilà ton cousin , furieux.

GILETTE.

Et tout à coup, arrivant furieux, ton cousin

BRITO

Qui vient à nous, en disant...

JOURNÉE III, SCÈNE IL 4o3

GILEfTE. '

S'écrie en venant à nous...

BRITO

C'était une chose terrible de le voir...

GILÇTTE.

Sa vue était effrayante...

BRITO

De qui tenez- vous cette chanson ?

GILETTE.

Cette chanson , de qui la tenez-vous ?

BRITO

Après nous avoir maltraités de coups ^ et courant tout hors de lui-même..,

^ GILETTE.

Il nous maltraite; et^ courant tout essoufflé...

BRITO

Il rentre dans la ville, et se jette sur je ne sais quel individu.

GILETTE.

Il attaque je ne sais quel homme , dont je ne conaais pas le nom.

BRITO

Au bruit des estocades, viennent deux chevaliers..^

GILETTE.

A ce bruit, deux chevaliers arrivent...

BRITO

Cela est-il bien comme ça ? cela doit-il être autrement ?

4o4 LE DERMER DUEL EN ESPAGNE,

GILETTE.

C est-il autrement ? c'est-il comme ca ?

BRITO

Comme la chose devait être secrète...

GILETTE.

Comme il devait garder le secret...

BRITO

Il allégua je ne sais quelle loi...

GILETTE.

Que l'empereur même a reconnue.

BRITO

De sorte que l'affaire va se vider à Valladolid...

GILETTE.

Si bien que c'est à Valladolid que tout va se terminer...

BRITO

Par la mort de l'un ou de l'autre.

GILETTE.

Ou par la mort de tous les deux.

DONA SÉRAPHINE

Ah ! que le ciel vous maudisse !

GILETTE ET BRITO.

Ainsi soit-il.

DONA SÉRAPHINE

Quelle patience il m'a fallu pour les écouter! L'un racontait mal , et l'autre de'fîgurait ce qu'il re'pétait. Mais , helas ! quelque confus que soit leur récit, je ne l'ai que trop bien entendu. Ces nou-

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velles me remplissent de confusion. Sans doute don Pèdre ignorant que ce rustre a vu , du lieu oîi il était caché , tout ce qui s'e$t passé dans le combat , croit que son adversaire l'a publié lui-même par vanité ; et, pour en obtenir la réparation , à titre de gentilhomme, il le défie en champ clos. Oh ! que je n'aie pas su réprimer ma colère ! Il avait bien raison celui qui disait que tu étais , ô langue ! plus cruelle, plus indocile, plus dangereuse qu'une bête féroce ! C'est à cause de cela que la nature a voulu t'enfermer sous un double cadenas. Vaine précaution ! rien ne peut te retenir ; pour tromper tes gardiens , il ne faut qu'un souffle.

Comment ferai-je donc pour que la vérité soit connue, et que ce duel n'ait pas lieu ; pour que don Pèdre sache que son rival est incapable d'une bassesse ? J'hésite !... Et la vipère qui a lancé le poison ne pourrait-elle en offrir le remède? Mes paroles imprudentes , furieuses , ont fait le mal ; elles sauront le réparer. {A Brito et Gilette. ) Allons, vous deux, venez avec moi.

GILETTE ET BRITO.

Madame > où nous emmenez-vous ?

DONA SÉRÀPHINE.

Là où l'un et l'autre vous déclarerez la vérité... Dieu veuille que mes pressentimens ne se confirment pas , et que nous arrivions à temps ! Ah ! colère de femme, que de mal tu fais dans ce monde !

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