TOUS QUATRE ENSEMBLE
Adieu. — Nous nous verrons bientôt.
(Ils sortent.) G INES seul.
Trouvera-t-on sur toute la terre deux fous de cette force ? — Il leur en coûte plus de soins , plus de préparatifs , plus de démarches pour savoir de quelle manière ûs doivent se couper la gorge ^ qu il n'en coûte à beaucoup de gens d'esprit pour savoir comment ils pourront vivre ! Je parierais qu'ils ne coureM si vite au danger, qtie pour hâter le dénoûment de la comédie ; il faut donc précipiter la marche de la journée ^'^\ L'expression ne gâte point la métaphore , car le mot journée signî-
DON PÈDAE.
Que disent-ils entre eux ?
LE CONNÉTABLE, au marquis de Brandebourg et à lamiral.
Si je ne me trompe, seigneurs, je crois m' être aperçu que vous aviez ici , <;hacun de vous , vos affections particulières ; car vous , marquis , vous avez engagé l'un de ces nobles rivaux à remettre son ëpée dans le fourreau; et vous, amiral, vous avez fait retirer l'autre à l'approche de sa majesté.
LE MAKQUIS ET L AMIRAL, ensemble.
Oui, seigneur, cela est vrai.
LE CONNETABLE
Alors , seigneurs , avant que le combat à outrance soit engagé, je vous supplie de vous joindre à moi pour tâcher de les concilier.
L'AMIRAL
Je m'engage au nom de don Pèdre. ( S^adressant à celui-ci;) approchez; il est juste que vous m'entendiez. Je m'engage à le faire désister , pourvu qu'il obtienne une satisfaction honorable.
DON PÈDRE
Tout ce que don Fadrique Henriquez ^"^ (je supprime vos titres, il s'agit ici moins du grand seigneur que du noble chevalier) pourra me conseiller, nul doute que je ne sois prêt à le trouver juste et convenable.
LE MARQUIS, à lamiral
Seigneur, vous connaissez les prétentions de votre partie ; elles sont publiques : vous pouvez parler en
son nom. Quant à moi, don Jérôme n'a rien pu me dire des siennes ; je ne saurais parler avec connaissance de cause.
(Don Jérôme arrive.)
DON JEBOME.
Ayant appris, seigneur, ce que don Fèdre a dit en mon absence , je viens non--seulement répondre au cartel que je l'accepte , mais soutenir aussi qu'en m'imputant que j'ai trahi le secret promis , Û est dans l'erreur ; ce secret n'est jamais sorti de mes lèvres.
JuE MAR(^UIS.
A présent je puis parler à mon tour ; je connais ses sentimens. — Quelle plus grande satisfaction peut donner un chevalier qu'en déclarant qu'il n'a pas dit la chose dont on l'accuse ? '
DON JÉRÔME
Un moment, seigneur: avant desavoir que, pendant mon absence, vous aviez parlé en ma faveur, je viens de déclarer ailleurs que le secret n'était pas sorti de ma bouche ; — mais c'était pour ma propre satisfaction que j'en ai fait l'aveu, — non pour celle d'autrui. Je n'en donne jamais quand il y a défi, et qu'on est au moment de se battre. — Ainsi , ce que j'ai pu dire comme un fait que je n'avais pas de répugnance à cacher, je le nie si on l'interprète d'une autre manière.
LE MARQUIS
Cette satisfaction est plus positive , puisqu'elle est donnée sans l'intention de la donner.
UÂMIRAL.
Non, elle ne suffit pas ; — il faut la donner avec rintention formelle de la donner, et encore
LE MARQUIS
Quoi ?
L AMIRAL
Ajouter des preuves.
LE MARQUIS
Des preuves ! Comment?
UAMIRAL.
En amenant ici la personne à laquelle on la dit.
LE MARQUIS
Il n'est pas facile de savoir qui a vu ce qui se passait au fond d'un bois écarté.
L'AMIRAL
Ni de croire sans avoir
LE MARQUIS
Quelle autre satisfaction que de la donner sans le vouloir ?
UAMIRAL.
Oui , marquis , si cela pouvait suffire pour rectifier des bruits répandus dans toute une capitale ; sans doute don Pèdre n'aurait rien de plus à désirer. Mais le public, toujours prêt à croire le pis, pourra s'imaginer, si on ne lui donne des preuves évidentes, qu'il y a eu condescendance des deux côtés ; que l'un a eu l'air de se dédire , et l'autre s'est contenté de cette apparence j et tous les deux seront blâmés.
JOURNÉE m, SCÈME I. SgS
Ainsi, don Pèdre, si l'on ne présente pas de témoins , n'acceptez pas de satisfaction.
LE MARQUIS
Ni vous, don Jérôme ; quand vous auriez les témoins à votre disposition , ne les produisez pas : il serait hors de propos de s'en rapporter au dire d'un autre, plutôt qu'à ce que vous dites vous-même.
LE COKNÉTABLE.
J'ai choisi de bous parrains; personne ne veut céder ?
DON JÉRÔME
Je persiste à repousser une odieuse imputation , et j'accepte le combat.
LE MARQUIS
Tenez-vous-en là.
DON PÈDRE
Et moi, pour ne pas le différer, je n'admets aucune espèce de composition.
L'ÂMIRÂL.
Vous aussi, don Pèdre, tenez-vous-en là.
LE MARQUIS
C'est voijiloir absolument qu'il n'y ait plus de moyens de conciliation.
L'AMIRAL
C'est vouloir vous-même qu on ne puisse s'entendre.
LE MARQUIS
C'est ce qui est juste.
4oa LE DERNIER DUEL EN ESPAGNE,
Mais fallût-il risquer ta \ie qui est la mienne, je sais bon gré de ne vouloir reparaître devant n qu'après avoir venge' ton honneur que je préfeii tout.
(Elles s^en vont.)