GRES PO
Il ne sera qu'un vilain, sans doute, mais ce viain , s'il se met en tête de faire e'trangler le capi- :aine, rien ne pourra l'en empêcher.
DON LOPE
Vive Dieu! qu'on l'en empêchera ! et si vous valiez vous convaincre de ce que je vous en dis, Crespo, faites-moi savoir où je le trouverai.
GRESPO.
Tout près d'ici.
Venez me le montrer, cet insolent...
GRESPO.
C'est moi !
DON LOPE
Vive Dieu! je m'en doutais.
GRESPO.
Vive Dieu! que c'est comme je vous le dis.
DON LOPE
Eh bien ! Crespo , ce qui est dit est dit.
GRESPO.
Eh bien ! seigneur, ce qui est fait est fait.
DON LOPE
Je suis venu chercher le prisonnier et punir l'attentat commis sur sa personne.
536 L'ALCADE DE ZALAMÉA, '
CRESPO
Eh bien, moi, seigneur, je le tiens ici en prison pour ce qu'il a fait ici.
DON LOPE
Vous devez savoir qull est au service du roi, et, que c'est moi qui suis son juge.
CRESPO
Savez- VOUS qu'il m'a enlevé ma fille?
Siavez-vous que je suis le maître de cette affaire?
CRESPO
Savez-vous qu'il a outragé mon honneur dans cette forêt qui est là?
DON LOPE
Savez-vous les privilèges de ma dignité militaire?
CRESPO
Savez-vous que je l'ai supplié dé terminer paisiblement^ et qu'il a rejeté ma prière?
DON LOPE
Vous usurpez une juridiction qui n'est pas la vôtre ?
CRESPO
Il a usurpé mon honneur qui ne lui devait rien.
DON LOPE
Je le forcerai à vous satisfaire. Je répondrai pour lui.
GRESPa
Je ne prie jamais un autre de faire pour moi*ce que je puis faire moi-m^me.
JOURNÉE III, SCÈNE lit 537
DOW LOPE
Je veux emmener le prisonnier ; je m'y suis engage'.
CRESPO
Et moi , j'ai fini ma procédure.
DON LOPE
Qu'est-ce que c'est? une procédure!
CRESPO
Quelques feuilles de papier que je couds l'une à l'autre à mesure que j'ai écrit les déclarations des témoins.
DON LOPE
J'irai l'enlever dans sa prison.
CRESPO
Vous pouvez y aller. Je vous préviens seulement que j'ai donné ordre de tirer sur quiconque s'en approchera.
DON LOPE
Je suis accoutumé aux balles. Mais cette action ne sera pas meurtrière.» ( A ses gardes. ) Courez : que toutes les compagnies qui sont en marche s'arrêtent, et, formées en bataillons, qu'elles renti'ent dans le village , tambour battant et les mèches allumées.