CRE8P
Il n'y a donc plus de remède ?
LE CAPITAINE
Pas d'autre pour toi que de te taire»
GRESPO.
Pas d'autre ?
LE CAPITAINE
, Non.
GRESPO.
Eh bien ! ( // se lès^e. ) Je jure que vous me paierez.
(U ffvpreod le Utoo d'akade.) LE GREFFIER, daos U coulisse.
Seigneur alcade !
LE CAPITAINE
Qu oseraient faire ces vilains ?
(Les alguaiUs et les payww entreot.)
LE GREFFIER
Seigneur alcade y qu'ordonnez-y ous ?
CRESPO
Arrêtez le capitaine.
JOURNÉE m, SCÈNE II. Sa;
LE CAPITAINE
Quelle insolence ! un homme tel que moi I un officier du i^i ! C'est impossible.
GRESPO.
Nous essaierons : vous ne sortirez d'ici que prisonnier ou mort.
LE CAPITAINE
Je VOUS déclare que je suis capitaine en actiyité.
GRESPO.
Et moi, suis^je un alcade en retraite? Rendez- Tous prisonnier sur-le-champ
LE GAPITAII^E.
Je ne puis lutter contre la violence. Je me rends. Le roi recevra ma plainte.
GRESPO.
Et la mienne aussi. Fort heureusement sa majesté n'est pas loin^ Elle nous écoutera tous les deux. Remettez cette épée
Il n'est pas convenable que....
GRESPO.
Comment non? Vous êtes prisonnier.
LE CAPITAINE
Traitez-moi avec plus de respect.. •.
GRESPO.
Oh! cela est juste. ( Aux alguazils. ) Conduisez-le respectueusement à la prison delà ville , et, toujours avec le même respect , mettez-lui les fers aux pieds
5a8 L'ALCADE D£ ZALAMÉA,
et une chaîne au cou; ayez paiement soin, sans manquer au respect qui lui est dû, d'empêcher qu il ne parle à aucun de ses soldats : mettez ceux-ci au cachot , parce qu'il sera bientôt nécessaire de recevoir leurs déclarations. (S^adressant au capitaine. )ïil, ceci entre nous, si je trouve les charges suffisamment prouvées , je jure, très-respectueusement, que i. ,ous ferai p.oa«. |
LE GAPITAII^E.
Le pouvoir dans les mains d'un yilain !
(Les alguasilt emminent 1« capiUis*. ) LE GREFFIER.
€e page et ce soldat sont les seuls qu'il a été pos^ sible d'arrêter ; l'autre s'est sauvé.
Celui-ci est le drôle qui chante ! Avec un certain tour de gosier que je lui prépare, il ne chantera plus de sa vie.
REBOLLEDO.
Mais, seigneur, est-ce un crime de chanter?
CRESPO
Non , c'est un talent. J'ai un instrument qui te fera chanter encore mieux. Déclare la vérité, ou....
REBOLLEDO.
Que voulez-vous que je déclare ?
CRESPO
Tout ce qui s'est passé hier.
REBOLLEDO.
Votrr fillo le sait mieux que moi.
GRESPO.
Déclare, ou tu vas mourir.
L'ÉTINCELLE
ReboUedo, courage; nie tout, et ta valeur sera le sujet d'un couplet que je chanterai éternellement.
CRESPO, à rEtincelle.
Ton tour viendra, ne sois pas si pressée.
L'ÉTINCELLE
Je ne crains pas la torture.
CRESPO
Pourquoi non, dis?
L'ÉTINCELLE
La loi le défend.
• * CRÉSPO.
Et la raison ?
L'ÉTINCELLE
Elle est positive.
CRESPO
Voyons.
Y'ÉTINCELLE
Je suis enceinte.
CRESPO
A-t-on vu TefFronlerie ! Mais modérons- nous. Vous décidez-vous à déclarer? persistez-vous à nier?
L'ÉTINCELLE
Ah ! nous déclarerons , et plus qu'on ne voudra ; le pis ce serait de mourir.
CRESPO
Cela vous sauvera de la torture.
TOM. I. Caidérofi. 34'
53a VALCADE DE ZÀLAMEA,
CRESPO
C'est assez, dis'^je ; qu'on le mène aussi en prison. C'est de cette manière .que vous traitez votre fils!
GBESPO.
Je n'épargnerais pas ipon propre père. {.j4 part) J'assure sa vie, et l'on dira que c'est une singulière manière de rendre la justice.
JUAN
Écoutez-moi^ j'ai blesse un traître, et je voulais aussi tuer ma sœur. . . .
CRESPO
Je le sais ; mais il ne sufi&t pas de le savoir comme Pierre Crespo, il faut que je le sache comme alcade, et par la voie de l'enquête judiciaire. Tu dois aller en prison. ( j4 part. ) Il sera facile de le justifier.
JUAN
On ne conçoit rien à vos motifs. Votre honneur est perdu; vous faites arrêter celui qui veut vous le rendre ; vous gardez auprès de vous celle qui est la cause de votre malheur.
( Oa rein;pèae tn prison.} CRESPO.
Viens , Isabelle ; signe ta plaipte contre celui qui t^ outragée.
Quoi ! vous, mon père , vous allez publier ainsi ce que vous vouliez ensevelir dans le silence ! Puisque vous ne pouvez venger notre injure, lâchez au moins
de la (aire... Dispensez-^moi d'une foi'Inalitë si pénible... je sais le moyen de re'parer mon honneur.
CRESPO
Voîci Ferablème de la justice. — Elle ne veut pas ie'der aux moyens de douceur, je saurai la consTaindre par force*
(H prend son ba(on<)
D O N L OP E ,. dan» U oculiste^
Arrête, <:ocher.
CRESPO
Qui nous arrive ? qui entre chez moi ?
(Don Lope entre.).
DOI^f^OPE.
O Pierre Crespot me reconnaissez-vous? Je re*viens de loin ; je sais qu'il y a ici une mauvaise affaire : j'ai voulu descendre chez vous ; et non ailleurs , parce que je compte sur votre amitié.
CRESPO
Soyez le bienvenu ; vous me faites toujours beaucoup d'honnem\
Votre fils n'a pas paru....
CRESPO
VouS^ saurez bientôt le motif : mais veuillez bien me dire celui qui vous amène ; vous avez l'air totft agité....
DON LOPE
La plus haute insolence qu'on ait jamais ima-- ►inée; la plus insigne témérité qu'on puisse eomnettre; un soldat est venu me prévenir ^u miliisu
534 L'ALCADE DE ZALAMÉA,
de la route que.... Je vous l'avoue, Crespo , la c(h
1ère me suffoque.
CRESPO
Voyons , seigneur , de quoi s'agit-il ?
DON LOPE
Qu'un misérable alcade de ce village a fait mettW en prison l'un de mes capitaines ; et vive Dieu ! que jamais ma jambe ne m'a fait souffrir comme aujourd'hui, car elle m'a empêché d'arriver plastôtici pour punir cet insolent. Vive Dieu ! que je le ferai périr à coups de bâton.
CRESPO
Seigneur don Lope, vous avez fait une course inutile ; je pense que l'alcade ne se les laissera pas donner.
DON LOPE
Je les lui donnerai sans qu'il veuille les recevoir.
Je ne vois pas la chose si claire... Je ne conçois pas même qu'on ait pu vous donner un conseil aussi hasardé. Savez-vous pourquoi l'alcade a fait arrêter lé capitaine?
DON LOPE
Non : mais^quel que soit le motif, que la partie intéressée me demande justice, je sais très-bien faire couper des têtes, s'il est nécessaire.
CRESPO
Je ne crois pas, seigneur , que vous compreniez bien ce qu'est un alcade dans son village.
DOn LOPE.
Sera-t-il autre chose qu'un vilain, au bout du compte?