D05 AL05ZE
Montre à tes maîtresses leur appartement.
BBIGITTE.
Tout est prêt , orné , arrangé : il doit serrir de demeure à deux anges , il faut bien que cet appartement soit comme un petit paradis ''^\
JOURSÉE I, SCÈNE T. 5i
€LARÂ, en sortant « Eugénie.
Je suis heureuse d'avoir vu ce jour, quoique je regrette rheui*euse tranquillité de notre couvent.
EUGÉNIE, à Clara.
Je suis heureuse d'avoir vu le jour où je pourrai sortir sans en être empêchée par des grilles.
(Elles sortent avec Brigitte.) MARIE 2)UGNE.
Je n ai pas voulu interrompre le plaisir que vous aviez à voir vos filles ; mais permettez à présent que je vous baise la main.
DON ALONZO
Mes bras vous sont ouverts , Marie Nugne : vous avez remplacé leur mère auprès d'elles ; et puis- ^'elles sont sorties , puisque nous nous trouvons seuls , dites-moi , je vous prie , quel est leur caractère : elles étaient si jeunes quand je les quittai, que je ne pourrais former sur elles que des jugeineus téméraires ; et , pour que je puisse avec sagesse remplir la charge de les conduire, que le ciel m'a imposée, je dois connaître leurs inclinations.
MARIE NUGNE.
Ce sont vos dignes filles , monsieur , et c'est assez faire leur éloge ; mais , pour que vous ne pensiez pas que je veuille vous flatter , quoique la conduite de chacune d'elles soit irréprochable , quoique leurs principes soient solides , je vais parler de ce qui les tsdngue l'une de l'autre. Mademoiselle Clara , ma
maîtresse , l'aînée par Tâge et par la raison , est la
DON JUAN
Je puis à présent le dire. Je faisais la cour ^ dans l'intention de me marier avec elle 9 à une jeune personne , belle et riche , et j'avais eu assez de bonheur pour pouvoir penser que mes espérances étaient fondées. Seulement j'étais forcé d'attçndre , parce que le père de ma maîtresse était absent y et que sa mère ne voulait pas la marier avant son retour. J'appris dans ce temps-là que le cavalier avec qui j'eus cette affaire, était mon rival ; et ainsi , sous le prétexte de la dispute que nous eûmes au jeu , je me vengeai et satisfis ma jalousie. Mais , hélas f ce fut tout perdre ; car je me confierais aussi par trop à mon étoile, si je pensais qu'après plusieurs années ma belle se rappelle encore de moi.
Soyez bien persuadé, mon cher , que, chez les dames de Madrid , la mémoire loge quelquefois tout à côté de l'oubli. Il ne faut jamais compter sur leur dédain, comme il ne faut jamais compter sur leurs faveurs. Moi seul ai été heureux, en ma vie je n'ai aimé personne.
DON JUAN
Vous conservez toujours la même humeur.
DON FELIX
Sans doute, les femmes sont belles, je l'avoue, mais je m'aime encore mieux que leur beauté ; aussi ai-je pour principe de tromper le premier celle qui me tromperait bientôt après. Je préfère de beaucoup le plaisir à la peine. Mais afin que mes goûts ne vous offensent pas , et que vous ne pensiez pas
[}ae les TÔtres me déplaisent , parlons d'autre chose. Comment aTez*yons fait votre voyage.
DON JU4N
Comme un homme qui a eu Tinexprimable ayan^ tage d'être témoin de la pompe, de l'appareil, de la richesse, qu'ont déployés deuxpuissans souverains, lorsque la fille charniante de l'aigle impérial, abandonnant le Nord pour l'étoile favorable à l'Espagne, échangeant l'aire de l'aigle pour le lit du lion , montrait avec orgueil unejoie que tempéraient ses pleurs.
DON FÉLIX
Vous aurez là de quoi me faire d'amples récits ^'^K
(Don Pèdre entre.)
Don Félix , je vous baise les mains.
DON FÉLIX
Soyez le bienvenu , don Pèdre ; tous les biens aujourd'hui m'arrivent à la fois. Mais qui vous amène : tu ces lieux. Votre cours est-il fini.
DON PÈDRE
Non.
DON FÉLIX
Pourquoi êtes-vous venu ?
DON p|:dre.
Je vous le dirai.
don JUAN.
Si je vous gêne....
DON PÈDRE
Vous pouvez rester. Je vous vois chez don Félix , [ttrt assez pour avoir en vous toute confiance ; et ,
62 GARDEZ-VOUS DE L'EAU QUI DORT, pour vous ni belles, ni admirables. Vous êtes par trop tendres pour que dans ma juridiction je vous confie. les beautés qui l'habitent; vous êtes tous les deux amoureux ailleurs , ne venez pas louer ici les charmes, ni les attraits de mes voisines; elles doivent être pour vous sacrées comme le bien d'un ami»
DON JUAN
Ma joie a été courte ; elles ont déjà quitté la fenêtre et je vais pleurer leur absence. ( A pari. ) La première chose qne mes chagrins ont aperçu, c'est la belle qui les cause. Que je suis malheureux !
DON PÉDRE, à part.
La première femme que je vois est celle pour qui je suis venu.
(Hernand entre. %
HBRNAND.
Votre dîner est servi.
DON FÉLIX
Allons dîner ^ quelque amoureux que je sois, j'ai encore plus de faim que de tendresse.
DON JUAN, àdon Félix.
Vous plaisantez, tttais apprenez que l'une des deux est la cause de toutes mes infortunes.
( Il sort. ) DON FÉLIX.
Et d'une de perdue.
DON PÈDBE, à don Félix.
Vous êtes de bonne humeur, mais à tout hasard
je dois vous dire que l'une des deux est celle que j'ai suiyieici.
(11 sort.) DON FÉLIX.
Et de deux , c'est avoir du malheur ; à moins cependant que ce ne soit la même qu'ils chérissent tous les deux ; ce serait encore bien pis. Fasse le ciel que mon honneur ne se trouve pas engagé dans les intrigues de mes amis^ et que^ sans avoir ni anK)ur ni jalousie , je ne sois pas obligé de souffrir de leur jalousie et de leur amour !