‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 17 sur 82 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

Rivage de la mer 4%),

LE ROI DON ALFONSE; L'INFANT DON HENRI; Soldats.

(Il est nuit.)

ALFONSE

Laissez sur les flots inconstans ces vaisseaux que la mer porte sur son dos blanchi par les vagues, pour épouvanter le ciel ; et que chacun de mes navires, comme le cheval: que les Grecs introduisirent dans Troie, jette sur ces bords tous les hommes qu’il recèle dans son sein. . | | | n

- DON HENRI. | Seigneur , tu n’as pas voulu que nos troupes débarquassent sur les rivages de Fez. Tu as préféré prendre ce point; ton choix a été malheureux. Une armée nombreuse vient de ce côté; la rapidité de sa marche ébranle Pair, et ses masses élèvent encore les sommets de ces collines. Tarudant vient avec toutes ses troupes , conduisant de Fez à Maroc, son épouse, l’heureuse princesse de Fez: le bruit

des échos suffit pour t'en avertir.

ALFONSE

Henri, c'est pour cela que je suis venu l’attendre dans ce passage. Ce n'est point au hasard que je me suis déterminé ; la réflexion a conduit mon choix. Si j'avais débarqué à Fez, py aurais trouvé l’armée du roi réunie à celle que nous allons combattre, et en les attaquant séparément, il nous sera plus aisé de les vaincre. Pour qu'ils n'aient point le temps d’être prévenus, fais sonner la charge.

DON HENRI

Songe, seigneur, que cette attaque est hors de saison.

ALFONSE

Ma juste colère n'écoute aucune considération : je ne veux pas retarder d'un moment le combat qui doit venger l'honneur du Portugal. Mon bras est pour l’Afrique le fléau de la mort. |

DON HENRI

Déjà la nuit, couverte de voiles, a éteint les derniers rayons du Char brillant du soleil.

ALFONSE

Nous combattrons dans l'obscurité. Plein de la foi qui m'encourage , le temps, ni le pouvoir de. l'ennemi , ne peuvent m'ébranler. O Fernand! si tu offres au Dieu pour qui tu souffres, les peines de ton martyre, la victoire est certaine : l'honneur et la gloire seront mon partage.

DON HENRI

Ta confiance t'égare , seigneur.

L'OMBRE DE FERNAND, derrière le théâtre. :

Attaque, grand Alfonse : Guerre! guerre!

( On entend des trompettes. ) ALFONSE.

N'entends-tu pas des voix confüses remplir les airs ?

DON HENRI

Oui; et parmi elles des trompettes donnaient le signal de l'attaque. |

ALFONSE

Eh bien ! attaquons, Henri. Soyons-en súrs, le ciel nous favorise.

(L'ombre de Fernand entre en manteau capitulaire, une torche à la main. ) L'OMBRE.

Qui, il te favorise. Ce ciel qui voit ta foi, ton zèle, ta piété, défend aujourd hui ta causé. Délivremoi de l'esclavage; pour me récompenser de l'exemple que j'ai donné, Dieu m'offre un temple. Il paye ainsi ceux que J'ai élevés à Sa majesté suprême. Avec ce brillant flambeau allumé aux clartés célestes , je marcherai toujours devant tá brave armée;

JOURNÉE III, SCENE IV. 95 je te conduirai jusques à Fez, non pour t'y couronner , mais pour que mon couchant soit délivré par ton aurore.

DON HENRI

Je doute, Alfonse, de ce que je vois.

ALFONSE, Moi je crois tout ; et puisqu'il s’agit de la cause de Dieu, ne crions plus guerre! mais victoire !

(Ils sortent. )

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