‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 3 sur 82 · M. DCCC. XXII · texte numérisé non relu

M. DCCC. XXII

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Tom. 11, caldéron. | 1

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En 1437, les deux infans de Portugal , Fernand , grand-maitre de l’ordre d'Ayis, et Henri, grand-maítre de celui de Christ, décidèrent le roi don Édouard, leur frère, à porter la guerre en Afrique, malgré Popinion de la plupart des hommes sages du conseil, malgré l’état de faiblesse où se trouvait la nation, les craintes qu’elle avait de la Castille et la détresse du trésor. On assure même que la cour de Rome, consultée, décida que cette guerre n’était pas juste. Mais les infans étaient jeunes, ambitieux, vaillans, désireux de gloire; et une flotte puissante porta sur les côtes africaines une armée qui devait être de quatorze mille hommes, et qui atteignait à peine la moitié de ce nombre. Après des escarmouches brillantes en campagne, les infans assiégèrent Tanger. Les Mores,

qui fuyaient en plem champ, se défendirent derrière leurs murs. Ils soutinrent trois assauts.

Cependant la population entière de Fez et de Maroc vint secourir la place. Des inasses prodigieuses d'infanterie et de cavalerie se dispersaient d’abord devant les troupes portugaises, mais finirent par les envelopper. Les Portugais mourant de faim , de fatigue et de soif, eurent la perniissión de se rembarquer, à la charge de rendre Ceuta. L’infant don Ferdmand, premier auteur de la guérre., demeura en otage comme garant de cette paix.

On convoqua les cortés pour savoirsi l’on devait ratifier ce traité. Les députés des villes (le tiers-état ) étaient d'avis de racheter au prix d’un rocher la liberté et la vie d’un prince du sang. Les grands, les autres princes, le roi lui-même furent d’une opinion différente , et le clergé prouva qu’il valait beaucoup mieux procurer au prince, dont on était sûr, la couronne immortelle du martyre, que d'exposer les habitans de Ceuta à chaneeler dans leur foi.

Ferdinand resta en prison; ce fut en vain qu'Édouard, par son testament, ordonna en 1438 de le racheter en donnant Ceuta. Son fils

était mineur, et le testament ne fut pas exécuté L’infant mourut en 1443 après six ans de captivité, de tourmens et de misère. Son frère Henri n’osa jamais reparaitre à la cour, et mourut dans la retraite.

Vingt-neufans après, son neveu , le roi Alfonse, ayant pris Arzille et Tanger, et fait tine assez brillante campagne contre les Africains, échangea un de ses prisonniers, fils de Muley- Xèque, contre le corps du prince. Il fut transporté au monastère de la Batailla, où il Sopéra, par son intercession , de nombreux miracles consignés dans un livre imprimé.

Telle est l’histoire dont Caldéron a emprunté quelques circonstances pour faire son Prince Constant. Il paraît que Lope de Vega avait traité le même sujet ; du moins La Huerta, dans son catalogue, cite une pièce sous le titre d'4dversa fortuna del infante don Fernando de Portugal. |

Caldéron a voulu faire un héros de son prince, aussi est-il pris les armes à la main ; aussi se refuse-t-1l, comme Régulus, à l'échange qu’il croit nuisible à sa patrie. De même que celui du général romain, son dévouement est d'invention ;

6 NOTICE mais cela n'empêche ni l’un ni l’autre d’être dramatique.

M. Schlegel a traduit ce drame en allemand, et il a été joué avec succès sur les théâtres de la Germanie. C’est une des pièces de Caldéron qu’il trouve les meilleures, et le respect que nous devons au savant critique qui , de tous les étrangers , connaît le mieux la littérature espagnole , n’a pas peu contribué à nous engager à lPinsérer dans notre collection , de préférence à d’autres qui, selon notre humble opinion, valent autant.

On ne trouve ici ni des déguisemens, ni des changemens de nom , ni même de lamour; car la passion de Fénix et de Muley disparaît devant les grands intérêts qui s'agitent dans la pièce. Le rôle de Fernand est très-beau , et tous les autres lui sont à peu pres sacrifiés. Au reste , la plus grande source d’intérét, la curiosité, n’est nullement excitée dans cetouvrage. Dès que Fernand a considéré sous le point de vue religieux la cession de Ceuta, il ne peut plus y avoir de doute sur sa résolution. Qu’a-t-il à craindre après tout ? Des maux physiques , et toutes les peines du corps sont telle-

ment incommensurables avec les passions, qu'il: n'ya point de combat à établir entre elles. On ne pouvait faire lutter contre les sentimens de dévotion qu’une autre passion telle que l'ambition ou Pamour, et Caldéron ne pouvait prêter l’une ou l'autre à Fernand qu’en affaiblissant cette perfection chrétienne qu'il a voulu peindre en lui.

Il est cependant à remarquer que, malgré la disposition du poëte à Pexagération , il n’a point donné à son héros cette impassibilité qu’un auteur moins habile eût cru peut-être nécessaire à la peinture de ce caractère. Fernand est sensible , et très-sensible à ses maux, et loin d'affablir Pintérét, il en inspire davantage lorsqu'il se plaint de la fatigue et de la faim. Caldéron connaissait le cœur humain, et savait que l’insensibilité du malheureux pour ses souffrances excite un moment l'admiration , mais ne laisse bientôt que l'indifférence.

Il est inutile de vouloir justifier notre auteur de ses fautes contre le costume; de cet esprit chevaleresque prêté à des Mores ; de ces rodomontades sans résultat d'Alfonse et de Tarudant; de ces entretiens particuliers entre une

princesse et un général : lorsqu'on le lit, il faut prendre son parti là-dessus comme sur les fautes de géographie et sur les anachronismes. Un reproche plus grave, parce qu’il tient au nœud de la pièce etqu'on aurait pu Péviter, c’est l'autorité dont l’infant se trouve revêtu pour refuser léchange de Ceuta contre sa personne. Il ne le veut pas, à la bonne heure; mais quelle puissance , quel droit a-t-il d'empêcher linfant don Henri d'exécuter les ordres des rois, ses frère et neveu? Régulus parle au sénat contre lechange des prisonniers, mais si le sénat Pavait ordonné, il eùt bien fallu que Régulas restát à Rome. On pouvait sauver cette invraisemblance en supposant (ce n’était qu’une inexactitude de plus ) que Ceuta appartenait en propre à l’ordre d'Avis, et que l'autorité du grand-maître était nécessaire pour la céder.

Il y a un rôle de bouffon dans la piéee, mais on voit que l’auteur lui-même sentait qu’il y était déplacé. À peine prononce-t-il quarante vers, et il n'entre pour rien dans l’action.

Le style de Caldéron est plus pompeux encore que dans ses autres pièces : quelquefois même à force d'esprit, il arrive au cultisme. J'ai noté

un passage où il semble que lenvie de briller Jui ait fait faire un contre-sens.

Le poéte a mêlé Pemploi du tu à celui du

vous, n'ayant pas pu apercevoir quelles sont les règles qu'il a suivies, j'ai constamment imité les formes de dialogue qu’il a employées.

Les mètres de versification sont variés, mais le grand nombre de récits et de descriptions fait que celui de romance y domine. Les deux couplets de Fernand et de Fénix sur les fleurs et les étoiles, sont des sonnets.

A, La BEAUMELLE.

Le: ARLON S LORD VER LR LE AU

PERSONNAGES

DON FERNAND, infant de Portugal , et grand-maître de l'ordre d'Avis (1),

DON HENRI, son frère. infant de Portugal, et grand-maître de l’ordre de Christ (2,

DON ALFONSE, leur neveu, roi de Portugal.

DON JUAN COUTIGNO 6), seigneur portugais,

BRITO , bouffon.

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