‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 39 sur 82 · IL NE FAUT PAS · texte numérisé non relu

IL NE FAUT PAS

Siempre lo peor es cierto. Le pire est toujours vrai. Telle est la traduction littérale d'un proverbe espagnol qui n'est pas trés-encourageant , et qui devait être inventé par un peuple dont une des premières qualités est la constance dans Vadverse fortune. Caldéron a fait une comédie sous ce titre ; mais, pour sedonner à lui-même et au dicton populaire .un démenti formel , il a compose celle-ci, sous le titre contraire , ÎVo siempre lo: peor es cierto. Je ne Vai pas traduit littéralement, parce que J'ai pensé que ma version serait. plus exacte, si je remplaçais un proverbe par une: locution proverbiale.

Les apparences sont trompeuses : c'est une vérité triviale, s’ilen fut , et surtout au théatre,

et il n’est pas une comédie d'intrigue qui ne le prouve pour sa part; aussi ne faut-il pas chercher dans cette pièce la démonstration de la vérité qui en fait le titre; c’est tout simplement un drame d'intrigue assez compliqué , noué avec art, et dénoué avec facilité. Les carac» tères ne sont pas tracés d’une manière très-fort#; cependant la générosité de don Carlos amène une très-belle scène. |

Les comédies d’intrigue forment , comme je Pai dit ailleurs, la plus grande partie du théàtre de Caldéron. Si dans notre collection nous ne leur avons pas donné une plus grande place, ce n’est pas que nous méconnaissions leur mérite, mais c’est que toutes les traductions de cet auteur, par Duperron de Castera { le Sage, et Linguet , toutes les imitations qu’on en a: faites , excepté , La vie est un songe ; et Le Paysan magistrat, ont transporté en français des ouvrages de ce genre, de sorte que Caldéron était presque inconnu en France comme peintre de mœurs. Nous n'avons pas dû cependant écarter tous les. drames d'intrigue', et

nous en donnons un des plus remarquables par la conduite.

L'action dure à peu près trois jours. Mais on verra aisément que ce n’est que par respect pour la vraisemblance , que l’auteur a marqué les intervalles de temps; qu'il est peu de nos comédies où Pon ne trouve plus d’événemens, et qu’au besoin ilest tel faiseur de vaudevilles qi mettrait en un acte les trois Journées de Caldéron. |

La scène se passe à Valence, et presque toujours dans la même maison. Mais Caldéron ne s’est pas fait scrupule parfois de supposer que la même décoration représentát suecessivement deux chambres différentes.

Une grande partie de l’ouvrage est en mètre de romance , le reste en redondilles ; il n’y a qu’une seule scène, au second acte, qui soit écrite en mètre de sylves. Le style , en général, est simple ; cependant l'auteur a cédé un moment, au troisième acte , au désir de faire de l'esprit, uniquement pour le plaisir de le montrer. À cela près son dialogue est toujours élégant et naturel.

On remarquera que, tout comme dans ses pièces historiques, l’auteur espagnol emploie volontiers les idées de fortune, d'étoile, de

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- destinée, enfin tout ce qui tient au système de la fatalité chez les païens , à celui de l'action continuelle et irrésistible de la Providence chez les musulmans. Sont-ce les Mores qui ont laissé en Espagne cette opinion , dont on retrotive en: core aujourd'hui de fréquentes traces dans les, discours et méme dans les actions des Espa gnols ? Je Pignore, mais aucun poéte , y compris les tragiques grecs , n’a plus fréquemment présenté que Caldéron l'idée d'une destinée toute-puissante.

Si yaimais les classifications , je diviserais les dramáturges en deux classes; ceux qui peignent l’action de la Providence, ceux qui retracent les résultats de la volonté et de Pindustrie humaines. Sophocle , Racine et Caldéron ; seraient d'un côté; Aristophane , Corneille, Molière , Shakspeare de l’autre ; et cette division serait aussi raisonnable qu'aucune autre qu’on ait inventée. |

A. La BEAUMELLE. .

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PERSONNAGES

DON CARLOS, amant de Léonor. o Ñ

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