‹ Caldéron (volume 4)Chapitre 5 sur 82 · SCÈNE IL Rivage de la mer, , près de Tanger · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Rivage de la mer, , près de Tanger

DON FERNAND, DÓN HENRI, DON JUAN COU- TIGNO, Soldats portugais , débarquant. |

DON FERNAND

Je serai le cp ‘ernier, belle Afrique , Qui marcherai sur les sables de tes rivages, afin que, foulée

par mes pieds, tu sentes quelle est la force à laquelle tu dois te soumettre.

yor?

,: DON HENRI

Je mettrai le pied. lé second | sur k tertitoire e africain. (11 iombe. ) Dieu me soit en aida! de sinistres augures nous poursuivent Jusque s Sur ce rivage. :

‘ » DON' FERNAND: LE | Écarte de ton esprit: de tels ¿bupcons ! Meir; si tu.es: tombé, cest que Pt cette terre, te recon-

pressassent en signe de possession. CU,

DON HENRI. ne Y

Les Mores en nous voyant ont abandonné cette plaine et les coteaux voisins.

cuy. DON JUAN.

Tanger a fermé ses portés, Tous cherchent des asiles contre notre valeur.

Don Juan Coutigno, comte de Miralva, reconnaissez ce pays avec soin, avant que le soleil dégagé des va peurs du matin nous frappe avec plus de violence;approchez-vous de la ville ; faites-lui la première Sommation ; dites à ses habitans qu'ils ne cherchent point à se défendre, s'ils ne veulent que je fasse couler des torrens de leur sangau milieu de leurs demeu-

res embrasées.

DON JUAN

J'arriverai à ses portes, dût ce volcan de fer et de flamme, obscurcir le soleil d’un nuage de fumée. (1 sort.)

( Brito entre. ) BRITO.

Gráces á Dieu, je marche sur de la terre. Je vais où je veux, et je puis, s’il me plaît, imaginer que je foule aux pieds des fleurs. Je vai ni craintes, ni nausées, ni maux de cœur; je ne suis plus sur cette vilaine mer, où tout dépend d'une machine qui n'est après tout qu’un morceau de bois, et où, s’il lui mésarrive, le plus leste ne peut échapper à la mort. Dieu me fasse la grâce de ne pas mourir sur mer, et de ne pas non plus mourir sur terre jusques

au dernier j jour.

DON HENRI

Tu te plais à écouter ce fou.

Es-tu plus raisonnable , toi, que des soucis continuels absorbent; qu'ils laissent sans raison, sans liberté, sans consolation ?

DON HENRI

Mon cœur est rempli d'alarmes; il me semble « que,

JOURNÉE I, SCÈNE II. 29 le sort est déclaré contre moi. Depuis notre départ de Lisbonne, nous n'avons vu que des images de mort. À peine avions-nous commencé cette expédition , que le soleil lui-même, s'enveloppant de nuages, cacha sa face dorée, et que l'Océan irrité dispersa notre flotte pam d'horribles orages “”. Si je regarde la mer, des fantômes me semblent sortir du milieu des vagues ; si je regarde le ciel, son voile d'azur me paraît ensanglanté. L'air ne m'offre que le chant lugubre des oiseaux nocturnes, et la terre enfin me présente un sépulcre, où dèsle premier pas .je tombe, comme s’il devait se refermer sur moi.

DON FERNAND

Mon amitié veut interpréter à son tour ce qui cause ta sombre mélancolie. Si la tempête à abimé l’un de nos vaisseaux, c'est un signe que nous avons: plus de soldats qu'il n’en fallait pour la noble:entreprise dont nous sommes chargés. Le ciel se couvre d'un voile écarlate ; ils’ embellit pour nous faire fête. Des monstres marins, de tristes oiseaux affligent les ondes et les airs; mais ce n’est point notre flotte qui les a conduits en ces lieux ; ils leshabitaient avant nous ; et s'ils annoncent une fin funeste et sanglante, c’est à ceux qui résident en ces contrées. Ces vils augures, ces vaines terreurs ne peuvent menacer que les Mores qui les redoutent, et non les chrétiens qui n’y ajoutent pas foi. Nous sommes chrétiens, mon frère ; nous ne combattons pas pour une vaine renommée, pour que les hommes lisent avec admiration le récit de nos victoires immortalisées par Part des écrivains; nous venons pour

étendre la foi de Dieu : à Ini seul sera 'honneur, à lui la gloire, si nous sommes heureux dans nos travaux. Nous devons, il est vrai, redouter ses chátimens, mais ce n'est pas dans des craintes vagues qu’il enveloppe ses menaces; soumettons-nous à sa volonté avec une douce canfiance. Nous venons pour le servir, et non pour l’offenser : chrétiens, conduisons-nous comme des soldats du Christ. Mais don Juan paraît. | (Don Juan entre.)

DON JUAN

Seigneur, en m'approchant de la ville pour to= béir, j'ai vu sur le penchant de cette montagne une troupe de cavaliers; ils se dirigent vers nous ; leur course est si rapide, qu'on croirait qu'ils ont des ailes : ce n'est point l'air qui les soutient ; la terre sent à peine l'empreinte de leurs pas, et la terre et les airs doutent s'ils courent ou s'ils volent !

DON FERNAND

Préparons-nous à ‘les recevoir. Que d’abord les arquebusiers fassent front pour les arrêter, et qu'ensuite les cavaliers montés les poursuivent avec la lance. Allons, mon frère, cette occasion nous promet un début heureux ; courage!

DON HENRI

Je suis ton frère. Les événemens que le temps peut amener ne m épouvantent pas, et l'aspect même de la mort ne me ferait pas sourciller.

(Us sortent.) BRITO seul.

Pour moi, mon poste est toujours à l'ambulance ;

JOURNÉE I, SCÈNE IIL. 31 il faut que je garde ma santé (*). Comme ils se battent! Bien! Les nótres attaquent à à leur tour. Voilà, j'espère, un joli tournois ; mais il est dangereux de le regarder d'aussi près; je vais me mettre à l'abri.

( Il sort. )

Page 1